Juin 1944 : Mouleydier, un Oradour-sur-Glane en Périgord…
Par Jacky Tronel | Dimanche 13 juin 2010 | Catégorie : Dernières parutions, VARIA | 15 commentairesL’incendie du village d’Oradour-sur-Glane par une colonne de la division Das Reich, le 10 juin 1944, n’est pas sans rappeler le martyr d’un autre village, situé plus au Sud, en bordure de la rivière Dordogne, en Périgord : le village paisible de Mouleydier. Le 21 juin 1944, au terme d’une lutte acharnée, le village est pillé puis incendié par les hommes de la 11e Panzer Division.

Toutes les photos de cet article proviennent des archives du résistant Émile Guet, © Photos Bondier, Bergerac.
Elles ont été publiées dans une monographie réalisée par Yves Fressignac :
« Mouleydier 1944 – De la Résistance à l’an 2000 », Éditions La Lauze, Périgueux, avril 2004.
Il n’est pas question ici d’associer dans un même martyrologe les deux tragédies, celle d’Oradour-sur-Glane, d’une part, celle de mouleydier, d’autre part. Elles ne sont ni comparables, ni opposables. Les auteurs ne sont pas les mêmes (division SS d’un côté, division blindée de la Wehrmacht de l’autre), le nombre de victimes est beaucoup plus important en Haute-Vienne (123 maisons détruites et 642 victimes, fusillées et brûlées) qu’il n’est en Dordogne (175 maisons détruites et 65 morts probables, selon l’estimation de l’historien Jean-Jacques Gillot, en totalisant les morts des combats des 11, 18 et 21 juin, tant à Mouleydier qu’à Saint-Germain et Mons). À Oradour, les victimes sont civiles, tandis qu’à Mouleydier, ce sont des hommes qui meurent au combat ou qui, fait prisonniers, sont exécutés sauvagement. Si les circonstances qui conduisent au drame sont différentes, le ressenti est le même pour les populations endeuillées, spoliées, à qui l’on a tout volé, ravi, brûlé…

Les causes de la tragédie
L’événement qui est à la genèse de la tragédie de Mouleydier, aussi curieux que cela puisse paraître, c’est le débarquement allié du 6 juin 1944… En Bergeracois, l’annonce du débarquement en Normandie fait naître un incroyable enthousiasme et suscite des vocations parmi la population locale. Par centaines des Périgourdins vont venir grossir les rangs clairsemés des maquis. Les mouvements de Résistance, se sentant pousser des ailes, entreprennent alors des actions spectaculaires, à l’exemple de la libération des prisonniers politiques de la prison militaire de Mauzac, dès le lendemain, le 7 juin.
Dans la région de Mouleydier, sur le territoire de la commune voisine de Saint-Sauveur, on attend le parachutage d’hommes, d’armes et de matériel. Le message de la BBC devant alerter les résistants et les inviter à se tenir prêts en vue des parachutages, tombe le 31 mai 1944 :
« La fée a un joli sourire »… L’homme de contact avec Londres se nomme Philippe de Gunzbourg, alias « Philibert », puis « Edgard ». C’est l’un des responsables du réseau
« Hilaire ». Dans le même temps, le commandement allemand ordonne aux Panzers Divisions stationnées dans le Sud-Ouest de remonter vers la Normandie, avec pour mission de stopper la progression des Alliés.
La Résistance en Bergeracois, impatiente d’en découdre et sentant la Victoire à portée de fusils, entreprend par tous les moyens de freiner la remontée des troupes allemandes vers le Nord-Ouest de la France : actions de harcèlement de type guérilla, sabotages des voies ferrées, mise en place de barrages sur les routes…
Ces trois facteurs conjugués : 1. l’accroissement de l’activité de la Résistance après le 6 juin, avec notamment « l’attaque » de la prison de Mauzac, 2. le projet d’aménagement puis de surveillance d’une zone voisine de Mouleydier en vue de parachutages et 3. la remontée vers la Normandie des divisions de la SS stationnées dans le Sud-Ouest, conjuguée à la volonté des Allemands d’écraser la résistance en Sarladais… expliquent pourquoi Mouleydier, foyer de Résistance situé sur l’axe Bergerac-Sarlat, fait l’objet d’une attaque violente suivie d’un pillage en règle puis d’un incendie meurtrier…
Quelques photos et documents, issus du fonds d’archives de l’ancien résistant Émile Guet (groupe Ponton-Martin), témoignent de la tragédie vécue par les habitants du village martyr de Mouleydier.





Prisonniers de guerre allemands réquisitionnés pour les travaux de déblaiement. © Photo Bondier, coll. J. Tronel.
Mouleydier a fait l’objet de plusieurs attaques, les 11, 18 et 21 juin 1944. Les différents groupes de résistants présents lors de la bataille de Mouleydier sont les suivants : Groupe Soleil, Alexis (Lot), Cerisier (Lalinde), Marsouin (Belvès), Loiseau (Prigonrieux), Bertrand (Eymet), Leduc (Beaumont), Pistolet (Bergerac), ainsi que celui de St-Germin-et-Mons.
Le village a finalement été incendié le 21 juin. Le même jour, le village voisin de Pressignac subissait un sort identique.
Propagande allemande

Dès le lendemain, la propagande allemande diffuse le tract ci-dessus dans les rues de Bergerac, coll. J. Tronel.
La presse en parle…


Petite erreur dans le texte sur Mouleydier. La 11° Panzer Division n’était pas une unité SS. En outre, en juin 1944 elle n’avait pas reçu pour mission de gagner la Normandie, mais de remplacer le division SS « Das Reich » qui, elle, devait gagner la Normandie.
Effectivement, les incendiaires de Mouleydier n’étaient pas membres de la SS. Ils faisaient partie d’une division blindée de la Wehrmacht, la 11e Panzer Division, surnommée la Gespensterdivision (« Division fantôme ») dont l’une des colonnes, dirigée par le Major Karl Bode, est à l’origine des événements tragiques du 21 juin 1944 à Mouleydier, Saint-Germain et Mons, Pressignac, Vicq et Grand-Castang.
À quand une publication sur la 11e Panzer Division… en prolongement de vos deux ouvrages (publiés en 2004 et 2005 aux Éditions La Lauze) sur Les crimes de la division Brehmer et sur La Das Reich ?…
Bonjour,
Le texte d’une rédaction rédigée par un jeune témoin de la destruction de Mouleydier m’a été confié pour insertion dans le magazine en ligne de ce site:
http://www.39-45.org/index.php
L’Histomag ici:
http://www.39-45.org/portailv2/download/download.php
Pouvez-vous m’autoriser à reprendre certaines photos et documents de votre blog afin de complêter ma documentation.
Toutes insertions sera bien sûr référencées.
Cordialement,
Pierre
Le récit de ce « jeune témoin de la destruction de Mouleydier » pique ma curiosité !… Concernant votre demande relative aux photos et documents publiés sur mon blog, je vais y répondre sur votre adresse de messagerie…
Bonjour,
J’avais lancé une question sur un forum concernant la 11e Panzer et son appartenance ou non à la SS. J’ai obtenu une précision qui me semble intéressante de garder en mémoire.
La 11e Panzer appartient à la HEER, donc l’Armée, qui est une des composantes de la WEHRMACHT( Forces Armées), tout comme les divisions SS, la KRIEGMARINE ou la LUFTWAFFE
Cordialement,
Pierre
Le 21 juin, les groupes François Premier et Carnot tentent de porter secours à Cerisier (alias Léontine) en se postant en embuscade sur la route de Bergerac (sources « Historique du groupe François Premier » et article de M. Vedrenne).
Monsieur, recherchant des données sur Mouleydier et Pressignac, je suis tombé sur votre blog où j’ai appris beaucoup de choses sur cette année 1944. À cette date je me trouvais à St Félix de Villadeix. J’avais 9 ans. Nous étions réfugiés avec ma mère et nous venions de Bordeaux. Native de Ste Foy de Longas, ma mère avait des cousins à Mouleydier. Elle ma emmenée sur place. J’ai été très impressionné car les charpentes des maisons incendiées brûlaient encore. Dans ces parages (je ne me souviens plus des dates), un jeudi à midi, une colonne allemande a investi le village de St Félix. Ils ont demandé de la nourriture. Le village était envahi de soldats, de voitures et de chars. Nous avons eu très peur. J’ai même été mis en joue par un soldat. Heureusement, les résistants du village qui la veille voulaient faire sauter le pont sur la Louyre avaient abandonné leur projet (conversation que j’ai entendue quelques jours après). Je fais des recherches sur Pressignac (berceau de ma famille maternelle), car je trouve que l’on ne parle pas assez de ce village incendié avec plus de 30 morts. Merci à vous pour votre blog. Jean-Gérard Daulouet
Connaissez-vous la monographie : « Mouleydier 1944 – De la Résistance à l’an 2000″, Yves Fressignac, Éditions La Lauze, Périgueux, 2004 ? Merci pour votre message, cordialement, JT
Bonjour,
Je suis originaire de Lalinde, j’ai 56 ans. Je n’ai donc pas connu tous ces évènements tragiques. Mais j’en ai entendu parler par ma marraine hélas disparue aujourd’hui.
Quelqu’un parmi vous accepterait-il de me parler de ces tristes évènements?
Je ne réside plus en métropole et j’ai beaucoup de difficultés à obtenir des infos sur ma région d’origine que j’adore.
J’ai vu Oradour à l’age de 2 ans, je m’en souviens encore, j’ai fait des cauchemards pendant des années. Mon père était militaire, nous habitions Limoges…
Y-a-t-il quelqu’un qui pourrait me parler et peut-être m’aider à comprendre cette horreur? Je précise que j’ai vécu en Allemagne, FFA, j’y ai vu des « personnes normales » qui aussi avaient souffert. Je ne comprends pas que des individus puissent faire « ÇA ».
S’il vous plait, ne me taxez pas d’une quelconque opinion politique, je voudrai seulement savoir ce qui s’est passé…
Merci d’avance
Bonjour Marie-Christine,
La revue d’histoire Arkheia prépare un dossier spécial sur les « villages martyrs » du Sud-Ouest, victimes de « la peste brune »… Cette thématique sera abordée d’ici à quelques mois. Quand ce numéro sera prêt à être publié, j’en ferai un article sur mon blog… Très bonne journée et cordialement, JT.
Bonjour Jacky,
Merci pour votre réponse. Je ne connais pas la revue d’histoire Arkheia. Je vous remercie de l’information. Je vais chercher sur internet, car elle n’est pas diffusée ici.
Puis-je poser une autre question : entre Bergerac et Lalinde, y a-t-il eu d’autres drames? Je crois me souvenir de St Capraise mais mes souvenirs d’enfant…
Je me souviens d’une prise d’otages à Lalinde : le mari de ma marraine faisait partie des otages, heureusement libérés en fin de journée. Si je « recoupe » bien, c’était à la suite de l’attaque d’un camion de la Wermacht dans lequel se trouvaient des officiers. Est-ce en rapport avec le drame de Mouleydier?
Comprendre quand j’écris « je me souviens », je ne parle que de souvenirs racontés pas de vécu!
Bien cordialement.
MCB
Bonjour, Un ami vient de me donner votre lien. J’habite à Limoges, 20 km d’Oradour sur Glane où mon père comme d’autres habitants de la région ont participé au déblaiement des ruines et à la recherche des habitants morts brûlés, assassinés, dans les ruines. Je ne connaissais pas l’existence de Mouleydier jusqu’à aujourd’hui et j’ai 60 ans. Je vais y revenir pour mieux connaître ce drame. Je gère un petit site pour la mémoire des hommes 1939/1945 et je ferai un album pour faire connaître Mouleydier. Merci à tous de sauvegarder la mémoire de ceux qui sont morts pour que nous respirions un air de liberté. Cordialement. Nadia la Limougeaude
Bonjour,
Je fais des recherches sur les oeuvres d’art disparues pendant la guerre.
Il semblerait que, comme beaucoup d’autres demeures, une maison dénommée l’Oasis ait été pillée de sa collection asiatique avant d’être incendiée le 21 juin. L’un de vous sait-il où elle était située ?
Merci par avance, Florence Saragoza
Bonjour,
En réponse à Mme Saragoza, je connais cette maison, et ce qu’elle contenait par ma Mère. Je me tiens à votre disposition pour vous rencontrer, vous la montrer et vous raconter. Cordialement.
Bonjour,
Mon grand père, décédé, s’est battu à Mouleydier. Je n’ai que quelques souvenirs de ses propos, rares, à ce sujet… Il était de Saint-Laurent des Bâtons, et je pense qu’il devait appartenir au maquis de Lalinde (il était FTP)? Il m’a parlé d’un jeune homme de seize ou dix sept ans qui était venu les rejoindre contre leur avis et celui de ses parents. Le jeune y est resté. Je n’ai aucune connaissance sur le sujet, mais j’aimerai savoir s’il existe une liste des résistants ayant participé à cette action, et si vous connaissez le nom de ce jeune.
Cordialement,
PG