Daumier et l’emprisonnement cellulaire pour enfants

Album des « Professeurs et Moutards », 1845-1846, Honoré Daumier « Comme quoi l'emprisonnement cellulaire ne produit pas toujours d'excellents résultats ». Lithographie publiée dans « Le Charivari » du 20 mars 1846.

Graveur, caricaturiste, peintre et sculpteur français, Honoré Daumier (1808 – 1879) est surtout connu pour ses caricatures d’hommes politiques et ses satires du comportement des Français. De 1845 à 1846, le célèbre journal satirique Le Charivari publie une série de 32 planches dessinées par Daumier : « Professeurs et moutards ».
L’une de ces lithographies, datée du 20 mars 1846, est ainsi légendée : « Comme quoi l’emprisonnement cellulaire ne produit pas toujours d’excellents résultats ».

Portrait d'Honoré Daumier, collection de la BNF

Album des « Professeurs et Moutards », 1845-1846, lithographie (251 mm x 197 mm), publiée dans Le Charivari du 20 mars 1846.

La scène représente un enfant, puni après avoir déchiré ses feuilles et dessiné sur le mur, tirant la langue à son professeur…

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Cette gravure sert de prétexte à l’évocation des lieux de détention des mineurs délinquants aux XIXe et XXe siècles, sur un texte de Jean-Claude Vimont publié le 17 décembre 2014, sur le site Criminocorpus [lien].

Jean-Claude Vimont, maître de conférence (histoire contemporaine) à l’Université de Rouen, est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’histoire de la justice et les univers carcéraux

Les lieux de détention des mineurs délinquants

Pendant près d’un demi-siècle après la loi de 1791 – qui crée le premier code pénal – des mineurs sont enfermés dans des maisons de détention avec les adultes.

Une volonté de réformer les prisons…

Une volonté de réformer les prisons apparaît lors de la Restauration et de la Monarchie de Juillet (1814-1848).

La Société Royale pour l’amélioration des Prisons prône notamment la création de quartiers distincts, ce qui conduit à la séparation des adultes et des jeunes. Ce sera le cas à la prison de Strasbourg en 1824, à Rouen en 1826 et à Paris en 1830. C’est encore sous la Monarchie de Juillet que les hommes politiques, afin d’éviter la propagation de la criminalité organisée, décident de créer des prisons réservées aux mineurs. C’est ainsi que voit le jour à Paris, en 1836, la toute première maison d’éducation correctionnelle, relevant de la Correction paternelle (droit reconnu au père de famille par l’article 376 du code civil de 1804 de demander l’enfermement de son enfant pour une durée d’un mois ou de six mois, lorsqu’il a respectivement moins ou plus de 16 ans) : la Petite Roquette.

Album des « Professeurs et Moutards », 1845-1846, Honoré Daumier « Comme quoi l'emprisonnement cellulaire ne produit pas toujours d'excellents résultats ». Lithographie publiée dans « Le Charivari » du 20 mars 1846.

Cet établissement, pouvant accueillir jusqu’à quatre cent cinquante détenus, se veut être un lieu d’éducation, ou plutôt de rééducation pour les jeunes, en leur permettant d’apprendre un métier – on peut trouver dans les cellules des métiers à tisser par exemple. Il n’en reste pas moins une prison, construite selon le modèle du panoptique des frères Jeremy et Samuel Bentham. Ce type d’architecture carcérale repose sur un plan cellulaire : un anneau constitué de cellules grillagées entoure une cour centrale dans laquelle se trouve la tour du gardien, qui peut observer les détenus sans être vu grâce à un système de volets. La Petite Roquette ambitionne toutefois d’être une prison modèle, appliquant les principes de l’« utopie cellulaire » qui veut que l’isolement permette de méditer ses crimes et que la rigueur soit un vecteur de moralisation. Ce régime de séparation ne va cependant pas tarder à faire polémique tant il rappelle les cachots d’Ancien Régime.

Une alternative à cet enfermement cellulaire voit le jour en 1839, avec la fondation, de la première colonie pénitentiaire agricole pour enfants à Mettray, près de Tours (Indre-et-Loire), par le magistrat philanthrope Frédéric-Auguste Demetz. Cette initiative, d’origine privée, a pour but d’éloigner « de la corruption des villes » et de la société industrielle en plein essor, les enfants vagabonds et les petits voleurs, de les redresser moralement et de les rapprocher de Dieu en les faisant travailler la terre.

Dans son Nouveau dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire, Ferdinand Buisson, philosophe et éducateur français, précise que « le but [du transfert de l’éducation des enfants des parents à l’autorité publique] est toujours le redressement du mineur, pour son bien et pour la sécurité commune »…

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Sources iconographiques : portrait d’Honré Daumier par Étienne Carjat, 1864 (site de la BNF), lithographie (coll. de l’auteur).

La question des lieux de détention pour mineurs a été plusieurs fois abordée au fil des quelques 280 articles publiés sur ce blog…

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