La mutinerie du 11 juin 1944 à la Maison centrale de Poissy

Poissy, vue de la Maison centrale.

La mutinerie du 11 juin 1944 à la Maison centrale de Poissy s’est soldée par deux morts et deux blessés. Elle est à l’origine de la Note du 6 juillet 1944 pour M. Clemoz, secrétaire général au maintien de l’ordre à Vichy :

« Il semble urgent de faire une note aux Préfets leur interdisant de faire ouvrir les portes des prisons sous quelque prétexte que ce soit même sous des bombardements violents. Il y a de multiples exemples ou des Sous-Préfets ont perdu tout leur sang-froid et ont fait ouvrir des prisons alors que rien ne s’y serait passé si tout le monde était resté à son poste. »

Rapport du 29 juin 1944 au sujet de la mutinerie à la prison de Poissy

« Rapport N° 6.338 du 29 juin 1944 de l’intendant du Maintien de l’ordre, Intendance de Police de Seine-et-Oise et de Seine-et-Marne :

Objet : La mutinerie du 11 juin 1944 à la Maison Centrale de Poissy

J’ai l’honneur de vous faire connaître que le 11 juin 1944 à 0 heure 20′ au cours d’une alerte aérienne, un mouvement insurrectionnel important a eu lieu dans la Prison Centrale de Poissy.

Environ 250 détenus parqués dans les cours intérieures de la Prison se sont mutinés, ont bousculé leurs gardiens et ouvert une porte donnant accès au chemin de ronde, puis ont forcé une porte permettant d’accéder dans la cour intérieure dite de la vidange, laquelle donne directement sur la rue.

À l’aide de poutres et de matériaux provenant d’un précédant bombardement, ils ont enfoncé la grande porte donnant accès à la rue et sans l’intervention rapide de fonctionnaires de la Police d’État et de la Gendarmerie qui avaient été prévenus, les détenus se seraient répandus dans la ville, occasionnant un réel danger pour la population. »

Vue aérienne de la Maison centrale de Poissy. Source : carte postale.

Vue aérienne de la Maison centrale de Poissy (Yvelines), ancien couvent des Ursulines. Coll. J. Tronel

Malgré les sommations réitérées, les prisonniers ont refusé de se retirer et les forces du Maintien de l’Ordre furent obligées de faire usage de leurs armes. Deux détenus furent tués et deux autres blessés.

La Maison Centrale de Poissy est constituée par un bâtiment central de forme rectangulaire, dans lequel sont disposés les différents bâtiments intérieurs et quatre cours intérieures, le tout entouré d’un chemin de ronde. Actuellement la Maison Centrale héberge environ 850 détenus. Pendant la nuit, ceux-ci sont logés par 80-100 dans les dortoirs, subdivisés eux-mêmes en cellules séparées par des cloisons de briques et fermées par des portes légères dont le panneau inférieur est plein et le supérieur constitué par un grillage.

À la date du 30 avril 1944, vers minuit, une bombe était tombée sur un des bâtiments de la Maison Centrale et avait fait 44 victimes, 23 morts et 21 blessés. Depuis lors, à chaque alerte, les détenus sont en effervescence et à plusieurs reprises ils avaient détérioré les ports des cellules et par suite le Directeur de la Prison avait donné des ordres pour qu’ils soient descendus et parqués dans les quatre cours intérieures en nombre variable.

Le 11 juin 1944, les détenus placés dans la cour N° 16, au nombre de 180 environ, ont bousculé les deux gardiens non armés placés devant la porte, ont ouvert celle-ci à l’aide d’une fausse clé, sont sortis dans le couloir conduisant au chemin de ronde où une centaine d’autres condamnés provenant de la salle 12 se sont joints au premier groupe, ce qui portait le nombre des mutins à environ 250.

Le gardien muni d’un fusil modèle 1874 et de six cartouches, se trouvant dans le chemin de ronde, n’a pu les empêcher de forcer la porte donnant sur la cour « de la vidange » où ils ont trouvé des matériaux provenant du bombardement du 30 avril dernier, dont ils se sont servis pour défoncer la grande porte à deux battants donnant directement sur la rue.

Cependant, la Police avait été alertée et un peloton de 15 gardiens de la Paix et de 8 gendarmes, dont deux armés de mitraillettes, sont arrivés immédiatement sur les lieux où, après plusieurs sommations, ils furent obligés de tirer, les prisonniers refusant absolument de regagner leur cellule.

Au cours de cet engagement, deux de ces derniers ont été blessés et deux autres tués. Il s’agit des nommés :

R. André, 28 ans, venant de Pontoise, 5 ans de réclusion pour vol qualifié, détenu N° 541. Mort.

D. Fernand, né le 27 juillet 1919 à Paris, 18 mois de prison pour vol, détenu N° 1006. Mort.

G. Gaston, né le 20 janvier 1920 à Bougunais (Loire-Inférieure), 4 ans de prison pour vol. Blessé. N° 9659.

– V. Charles, né le 17 août 1913 à Paris (2e), 15 mois de prison pour vol, détenu N° 1033. Blessé.

L’enquête sommaire effectuée par le Commissaire de Police de la Circonscription de Poissy (S.&.Oise) et l’enquête administrative n’ont pas encore permis d’établir quel étaient les responsables de la mutinerie. Toutefois, 47 détenus se trouvent actuellement en cellule et il y a lieu de supposer que l’on arrivera à découvrir les promoteurs de cette insurrection.

Dans l’état actuel de l’enquête, il est permis d’affirmer que cette mutinerie a été fomentée seulement par les détenus sans aucun concours extérieur. En effet, ceux-ci ayant à plusieurs reprises été placés dans les cours intérieures ont été à même de se concerter et de décider la mutinerie qui a eu lieu le 11 juin 1944, d’autant plus que ce jour-là une rumeur avait, paraît-il, couru dans la prison, selon laquelle les gardiens et gendarmes avaient été désarmés par les autorités allemandes. D’autre part, tous les individus actuellement incarcérés à la Maison Centrale de Poissy, sont des condamnés de droit commun, ce qui exclut toute présomption d’insurrection fomentée de concert et avec l’appui d’un groupement politique quelconque.

Tout fait nouveau qui parviendrait à ma connaissance au sujet de cette affaire vous sera immédiatement communiqué.

L’Intendant du Maintien de l’Ordre. »

« Note pour Monsieur CLEMOZ, VICHY »

Raymond Clemoz était alors secrétaire général au maintien de l’ordre à Vichy

Note pour Monsieur Clemoz, secrétaire général au maintien de l'ordre à Vichy, le 6 juillet 1944.

Source Archives nationales, Paris, cote F 7/14902.

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« Note pour Monsieur CLEMOZ, VICHY. Il semble urgent de faire une note aux Préfets leur interdisant de faire ouvrir les portes des prisons sous quelque prétexte que ce soit même sous des bombardements violents. Il y a de multiples exemples ou des Sous-Préfets ont perdu tout leur sang-froid et ont fait ouvrir des prisons alors que rien ne s’y serait passé si tout le monde était resté à son poste. »

Note MK/MB Cab. N° 4949 du 6 juillet 1944.

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Source : Dossier « Évasions et complicités d’évasions » – Archives Nationales, Paris, F 7/14902

1 Commentaire de l'article “La mutinerie du 11 juin 1944 à la Maison centrale de Poissy”

  1. Merci pour cet article que je cite en lien dans « Une brève histoire des Prisons mutines… » : http://brunodesbaumettes.overblog.com/prisons-mutines#ancre22

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