L’habillement du personnel de garde des centres de séjour surveillé et les insignes de grades

Garde armé surveillant le camp de séjour surveillé de Saint-Paul d'Eyjeaux, janvier 1942

« Il y aurait le plus grand intérêt à donner une tenue à l’ensemble du personnel des camps. En effet, cette question de l’uniforme présente une importance capitale tant pour le moral du personnel que pour son autorité sur les internés et le maintien de la discipline dans le camp. » 

La circulaire n° 2010 du 15 décembre 1943 définit l’habillement du personnel des camps, les insignes de grades et attributs de service.

Photo : Vue d’ensemble du centre de séjour surveillé de Saint-Paul d’Eyjeaux (Haute-Vienne), montrant un garde armé, de dos, surveillant le camp depuis le mirador n° 3. Source : Rapport d’inspection du camp du 15 janvier 1942, A.N. F/7/15110.

Question évoquée en novembre 1940, réglée en décembre 1943

Le 24 novembre 1940, le ministre secrétaire d’État à l’Intérieur adresse un courrier au Général d’Armée, secrétaire d’État à la Guerre l’informant que « la prise en charge, par le Ministère de l’Intérieur, du gardiennage des camps de surveillance des internés français et étrangers, pose un certain nombre de problèmes au premier plan desquels se situent ceux de l’habillement, de l’équipement et de l’armement des gardiens civils destinés à remplacer le personnel militaire. » Il appelle son attention « sur l’absolue nécessité, sur laquelle insiste d’ailleurs l’État-major de l’Armée, de doter d’uniformes le personnel civil de surveillance des camps. » En attendant l’arrivage de ces uniformes, le ministre de l’Intérieur déclare qu’il lui « paraît indispensable de doter ce personnel civil de brassards tricolores (bleu, blanc et rouge) de préférence et aussi de le munir de coiffure (casques ou bonnets de police)… »

Il faudra attendre décembre 1943 pour que soit réglée la question de l’habillement du personnel d’encadrement et de garde des centres de séjour surveillé.

Projets d’insignes

Le 28 juillet 1943, le directeur du Personnel, du Budget et du Contentieux de la Police fait parvenir au directeur des Services Techniques de la Direction régionale de la Police nationale plusieurs projets d’insignes avec les lettres C.S.S. entrelacées. Il précise que le N° 1 et 2 (avec le numéro du camp) ont ses préférences :

Projet n°1 d'insigne pour le personnel d'encadrement d'un centre de séjour surveillé, juillet 1943.Projet n° Projet n°1 d'insigne pour le personnel d'encadrement d'un centre de séjour surveillé, juillet 1943. Archives nationales, F/7/15089.2 d'insigne pour le personnel de garde d'un centre de séjour surveillé, juillet 1943.

Projet n° 3 d'insigne pour le personnel d'encadrement d'un centre de séjour surveillé, juillet 1943.Projet n° 4 d'insigne pour le personnel d'encadrement d'un centre de séjour surveillé, juillet 1943.

Finalement, aucune de ces quatre propositions ne sera retenue.

Projet d'insigne pour personnel de garde des camps d'internement français à l'été 1943Projet d'insigne avec rameau d'olivier pour personnel de garde des camps d'internement français à l'été 1943

Un 5e projet avec l’ajout d’un rameau d’olivier associé aux lettres C.S.S. ne verra pas davantage le jour.

La pertinence des lettres « C.S.S. » fait également débat. Par une note en date du 12 août 1943, la direction des Camps fait remarquer : « On peut d’ailleurs épiloguer sur les lettres C.S.S. car si le terme de “Centre de Séjour Surveillé” est très officiel pour les camps d’internement, il existe aussi des centres d’hébergement pour étrangers en surnombre dans l’économie nationale. Or, il y a intérêt, dans un but de simplification, à posséder un attribut unique pour l’ensemble des camps ».

Circulaire du 15 décembre 1943 sur l’habillement, les insignes et les attributs de service

I – ATTRIBUTS DE SERVICE

A – Description et destinataires – Les écussons de drap bleu noir, portant les lettres C.S.S., brodées en cannetille argent pour le personnel gradé et en soie jonquille pour le personnel non gradé, seront portés par la totalité du personnel du camp (voir répartition détaillé sur ce tableau).

Ecussons du personnel d'encadrement et de garde des Centres de séjour surveillé. Circulaire du 15 décembre 1943.

B – Place et pose des écussons –
1 – Personnel masculin doté d’un uniforme.
L’insigne sera placé aux extrémités du col (col droit ou demi-saxe) ou sur le haut des revers (col ouvert) suivant les règles admises dans les corps de police. Il devra être cousu solidement, au fil noir, sur la veste et le manteau.
2 – Surveillantes.
Comme pour le personnel masculin, l’insigne sera cousu sur les revers de la veste. Il sera, en outre, porté sur le brassard, ainsi qu’il est dit ci-après, sur les blouses ou vêtements d’intérieur.
3 – Infirmières.
L’écusson sera porté sur un brassard (voir ci-dessous).
4 – Personnel masculin sans uniforme – Brassards.
En raison de la nécessité de le distinguer des internés, le personnel sans uniforme devra porter obligatoirement et constamment, à l’intérieur du camp, un brassard portant l’attribut de service, et le cas échéant, un insigne de grade. Les brassards étant actuellement en cours de fabrication, ils vous seront envoyés à une date ultérieure. Ils seront constitués par une bande de drap bleu noir fermée par une boucle et se placeront sur le bras gauche.

Pose de l’écusson sur le brassard.
Il conviendra, en découpant le drap sur le pourtour d’un écusson normal, d’obtenir un insigne circulaire qui devra être cousu sur la partie médiane supérieure du brassard (voir tableau annexé).

II – INSIGNES DE GRADE

A – Description – Ainsi que le montre le tableau ci-joint, les insignes de grades sont constitués par des barrettes
– de velours grenat, pour le personnel médical (médecins et infirmières)
– de velours vert foncé, pour les pharmaciens
– de faille bleu de France, pour les autres personnels
Ces barrettes sont traversées dans le sens vertical suivant les grades d’une ou de deux bandes de cannetillle argent, et portent ensuite pour le personnel de direction des étoiles brodées argent.

B – Place et pose des barrettes
1 – Personnel en uniforme. – Cette barrette sera portée :
– au-dessus de la poche de poitrine gauche sur les vareuses d’hommes et vestes de femmes.
– sur la poitrine, à gauche également, sur les capotes, manteaux et capes d’infirmières.
2 – Personnel sans uniforme. – La barrette sera portée :
– sur la poitrine à gauche sur les blouses des médecins et des infirmières.
– sur le brassard pour les autres catégories de personnel ; la barrette sera alors cousue au-dessous de l’écusson.
Remarque : il conviendrait, pour coudre plus facilement la barrette sur le brassard, d’ôter au préalable la plaque de celluloïd qui en assure la rigidité.

III – CASQUETTES

Casquette et brassard du personnel d'encadrement et de garde des Centres de séjour surveillé. Circulaire du 15 décembre 1943. Source AN F/7/15089

A – Description – Les casquettes destinées au personnel de direction sont de forme à plateau rigide et confectionnées en drap bleu-noir (voir tableau annexé).
La casquette comporte notamment un bandeau uni de couleur bleu noir, bordé à la partie supérieure d’un double liseré argent, et une jugulaire en cordonnet d’argent torsadé.
Le macaron de forme ovale bordé d’un liseré argent porte une francisque brodée en cannetille argent.

B – Expédition – Les casquettes sont actuellement en cours de fabrication et vous seront expédiées nominativement dans un très proche délai.

IV – CEINTURONS – BAUDRIERS ET GANTS

« Par lettre N° 2878 Pol.Tec. 5 du 10 décembre 1943 expédiée sous le timbre de la Direction des Services Techniques, sous-direction de l’Habillement, les Intendances de Police ont été priées de mettre à la disposition des Chefs de Camps et gestionnaires : 1 ceinturon-baudrier – 1 paire de gants.

Vous voudrez donc bien vous mettre en rapport avec le Service Technique Régional de l’Intendance de Police, afin de prendre livraison de ce matériel. Je vous prie de bien vouloir me retourner, avec mention de prise en charge, la liste ci-jointe des insignes et écussons que je vous expédie par ce même courrier.

Pour le Secrétaire Général à la Police, le Directeur des Services Techniques. »

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La circulaire du 15 décembre 1943, les différents rapports, les notes ainsi que les dessins proviennent de la cote F/7/15089 des Archives Nationales à Paris.

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