La Poudrerie nationale de Bergerac d’une guerre à l’autre
Par Jacky Tronel | Mercredi 15 septembre 2010 | Catégorie : Dernières parutions, VARIA | 7 commentaires
Le 13 septembre 1939, Raoul Dautry est nommé à la tête du tout nouveau ministère de l’Armement. Le 31 décembre, il se rend en Dordogne pour visiter la poudrerie nationale de Bergerac et son annexe de Mauzac. Au livre d’or de l’hôtel Le Londres, il confie son bel optimisme : « L’année prochaine sera l’année de la victoire. Tous à la Poudrerie devront travailler pour la gagner ».
La suite est connue…
La Poudrerie de Bergerac pendant la Grande Guerre
La décision ministérielle n° 47093/6, du 1er novembre 1915, charge l’ingénieur militaire Prangey de trouver, au sud de la Loire, un lieu où construire une fabrique de coton-poudre.
Le site de Bergerac est retenu. Dès la fin du mois de novembre, les crédits sont octroyés, la construction peut commencer. Deux mille ouvriers arrivent entre le 13 et le 20 décembre 1915. Les premiers essais de nitration ont lieu le 4 octobre 1916. Les essais de fabrication de poudre commencent le 15 mai 1917. En juillet, la production atteint 10 tonnes/jour. Début 1917, la direction des Poudres envisage la construction d’une unité d’oléum. À l’armistice, les travaux sont arrêtés, alors que la production est de 60 tonnes/jour. En août 1918, la construction d’une usine de chlore est lancée, avant d’être stoppée à son tour.
Le domaine s’étend sur 230 hectares. L’usine de coton-poudre comprend douze hangars à coton de 100 mètres sur 16,
quatre terrasses à acides, les silos à nitrate, les séchoirs à coton, trois ateliers de nitration, les ateliers de stabilisation, deux ateliers de finissage, les ateliers d’emballage et les hangars de stockage de coton-poudre. L’usine de poudre B réunit trois groupes organisés chacun autour de deux presses à filer, avec les ateliers d’égrugeage, de déshydratation, de malaxage, d’essorage, de trempage, de découpage, de séchage, de mélange, d’emballage et de récupération des solvants, sans compter les distilleries et l’usine d’éther.

L’énergie est fournie par l’usine hydroélectrique de Tuilières. Une centrale thermique est construite en secours. Une station de pompage d’une capacité de 9 400 m3/h. alimente un réseau comportant plusieurs réservoirs, une station de filtration et une station d’eau potable. La vapeur est produite par une chaufferie équipée de huit chaudières. Selon certaines sources, pour pallier l’insuffisance de vapeur, on aurait réquisitionné et fait stationner des locomotives près des séchoirs à poudre, bielles démontées et branchées sur le réseau de distribution. De plus, un important réseau ferroviaire de voies Decauville, sur lesquelles circulent de nombreux wagonnets à traction humaine, couvre le site.

Côté logement, cinq cantonnements totalisent 4 200 lits pour les ouvrières, des appartements pour 150 ménages, 6 000 lits pour les hommes, avec des cuisines pouvant fournir 8 000 repas, un hôpital de 700 lits, trois crèches, une garderie et une école primaire pour 400 enfants, un magasin de vente, une boulangerie, sans compter les villas pour l’encadrement. Côté personnel, les effectifs ne cessent de croître, atteignant 10 200 ouvriers en janvier 1917 et près de 25 000 en 1918. Parmi eux, 5 000 femmes, principalement des Bretonnes recrutées par la poudrerie de Pont-de-Buis (Finistère) ainsi que des jeunes âgés de 16 à 18 ans, des hommes du service auxiliaire, des mutilés et blessés de guerre, des ouvriers poudriers provenant d’autres usines, des réfugiés français et belges, dix détachements de tirailleurs algériens, des Sénégalais et des Annamites, quelques Chinois, des Grecs, des Serbes et des Portugais, plus quelques prisonniers de guerre allemands. Il semble même que l’on ait tenté, sans succès, d’employer une centaine de détenus de la prison Saint-Lazare (Paris).

À l’armistice, production et travaux sont arrêtés, le personnel est démobilisé ou licencié et la poudrerie est mise en sommeil, après immersion des stocks dans la ballastière. Administrativement, Bergerac devient une annexe de la Poudrerie de Saint-Médard-en-Jalles (Gironde).
De la Grande Guerre à la Drôle de Guerre…
La situation internationale se dégradant, la poudrerie de Bergerac reprend du service.
Le 4 décembre 1936, puis le 16 février 1937, deux unités d’acide nitrique concentré sont commandés aux établissements Schneider, ainsi que deux ateliers de dénitration et concentration sulfurique, plus un atelier de nitration n° 4, avec 72 turbines Selwig. Le personnel provient des 3 700 hommes de la 95e compagnie d’ouvriers de renforcement, des 1500 hommes des compagnies de travailleurs militaires, auxquels se rajoutent les affectés spéciaux, les civils, les réfugiés alsaciens, la 2e légion indochinoise, les femmes, soit un total de 12 000 personnes.
Pendant la période de l’occupation allemande, la résistance est active. Charles Garaud, directeur de la poudrerie, est arrêté sur dénonciation le 10 octobre 1943.
Il meurt en déportation à Flossenbürg (Bavière), le 14 mars 1944.

On enregistre de nombreux sabotages, des actions du maquis ainsi qu’un bombardement effectué dans la nuit du 18 au 19 mars 1944 par 17 Lancaster du 617 squadron de la RAF, commandé par le jeune colonel Leonard Cheshire, 27 ans.
Sources : « L’industrie des poudres et explosifs face aux grandes crises : la Poudrerie nationale de Bergerac, 1915-1960 » de Paul Rigail et Jacques Plazanet in Deux siècles d’histoire de l’armement en France – De Gribeauval à la force de frappe, sous la direction de Dominique Pestre, CNRS éditions, Paris, 2005 ; Eddy Florentin, Quand les Alliés bombardaient la France, 1940-1945, Perrin, Paris, 1997, p. 259-261.

Vue aérienne de la Poudrerie nationale de Bergerac en 1965.
Crédit photos : Association A3P (Amis du patrimoine poudrier et pyrotechnique).
Le 13 septembre 1939, Raoul Dautry est nommé à la tête du tout nouveau ministère de l’Armement. Le 31 décembre, il se rend en Dordogne pour visiter la poudrerie nationale de Bergerac et son annexe de Mauzac. Au livre d’or de l’hôtel Le Londres, il confie son bel optimisme : « L’année prochaine sera l’année de la victoire. Tous à la Poudrerie devront travailler pour la gagner ».
Très bon documentaire.
Il me semble, en qualité d’ancien délégué syndical CGT de l’entreprise, qu’il y a au Comité d’entreprise une série de 150 ou plus de plaques photos en verre, sur la vie à la poudrerie avant et après guerre. Cordialement.
Je recherche des renseignements sur DELPLACE Jean Baptiste qui aurait été mobilisé à la Poudrerie de Bergerac en 1917. Merci de me répondre. Cordialement. G. OLIVE
Je vous suggère de vous adresser à l’Association des Amis du Patrimoine Poudrier et Pyrotechnique : 38 rue Keller, 75011 Paris, association.a3p@free.fr qui saura vous guider dans votre recherche. Cordialement, JT
j’aimerais savoir comment avoir des renseignements sur la maternité de la poudrerie, ma mère étant née dans cet établissement car ma grand-mère y était ouvrière. Je fais des recherche pour mon arbre généalogique. L’année de naissance de ma mère est 1917, le 1/10. Merci.
Je ne dispose malheureusement pas d’éléments susceptibles de vous aider dans votre recherche, excepté une photo montrant les enfants de l’école de la Poudrerie de Bergerac, en 1917… l’année de naissance de votre mère. Je vous la fait suivre sur votre adresse de messagerie…
Je suis jeune retraitée et je viens de découvrir en triant les reliques de mes parents décédés, hélas, que mon père a séjourné et travaillé contre son gré, il n’a pas eu le choix, à la poudrerie de Mauzac en Dordogne, de Septembre 39 à Juillet 40. Il a réussi à fuir, au risque de sa vie, pour rejoindre sa famille dans le Poitou. Je lui tire ma révérence ! Quel courage.
Bravo pour ce beau travail.
J’ai mis sur notre site (www.afpyro.org) un lien vers cette page à l’attention de nos adhérents de l’A3P (Association des Amis du Patrimoine Poudrier et Pyrotechnique), dont beaucoup ont eu l’occasion de travailler à la Poudrerie. Nous sommes toujours intéressés par toute image, document ou autre souvenir relatif aux Poudreries et autres établissements pyrotechniques.
Cordialement,
H. ZANTE, Président de l’A3P