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	<title>Histoire pénitentiaire et Justice militaire</title>
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	<description>Blog de Jacky Tronel</description>
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		<title>Détention de Madame Steinheil à la prison Saint-Lazare et procès aux Assises de la Seine</title>
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		<pubDate>Sat, 26 May 2012 16:58:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jacky Tronel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Marguerite Jeanne Japy, épouse Steinheil, est connue pour sa liaison avec le Président Félix Faure, décédé à l&#8217;Elysée le 16 février 1899, en sa galante compagnie. Une dizaine d&#8217;années plus tard, Madame Steinheil se trouve sur le banc des accusés de la Cour d&#8217;Assises de la Seine, inculpée dans une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a></p>
<p><a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/05/saint-lazare-chambre-de-la-pistole.jpg" rel='prettyPhoto[gallery1]'><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/05/st-lazare-chambre-de-la-pistole.jpg" alt="Prison Saint-Lazare, chambre de la pistole. Fin du 19e siècle." title="st-lazare-chambre-de-la-pistole" width="350" height="350" class="alignright size-full wp-image-11990" /></a></p>
<blockquote><p><strong>Marguerite Jeanne Japy, épouse Steinheil, est connue pour sa liaison avec le Président Félix Faure</strong>, décédé à l&#8217;Elysée le 16 février 1899, en sa galante compagnie. Une dizaine d&#8217;années plus tard, Madame Steinheil se trouve sur le banc des accusés de la Cour d&#8217;Assises de la Seine, inculpée dans une ténébreuse affaire d&#8217;homicide. <strong>Le 31 mai 1908, sa mère et son mari sont trouvés morts dans leur logis de l&#8217;impasse Ronsin, à Paris.</strong></p>
<p><strong>Le 4 novembre 1908, sur la base d&#8217;une inculpation de complicité de meurtre, Marguerite Steinheil est écrouée au quartier de la pistole, à la prison Saint-Lazare.</strong></p>
<p><strong>Le 14 novembre 1909</strong>, après une plaidoirie de plus de sept heures de son avocat, maître Antony Aubin, <strong>Madame Steinheil est acquittée</strong> par le jury d&#8217;assises de la Seine… bien que le juge ait qualifié son discours de &laquo;&nbsp;tissus de mensonges&nbsp;&raquo;.</p>
</blockquote>
<h3>Détenue à Saint-Lazare, Madame Steinheil loge « à la pistole »</h3>
<p>Les détenues sont soumises au « décret du 11 novembre 1885 portant règlement du service et du régime des prisons de courtes peines ». Après un séjour au Dépôt, condamnées, accusées ou prévenues sont astreintes, selon leur catégorie, à la vie en commun, travaillent à l’atelier, mangent au réfectoire, dorment soit dans des dortoirs en commun, soit dans des cellules contenant de cinq à dix lits. Les prisonnières sont obligées de prendre part aux travaux organisés dans la prison. Si leur condamnation dépasse un mois, elles sont tenues au port du costume pénal : la robe grise et le bonnet noir.</p>
<p>Les prévenues et les accusées ont droit, <strong>en payant une redevance de vingt-cinq centimes par jour</strong>, de rester en pistole, au lieu de travailler à l’atelier et de coucher au dortoir. <strong>La pistole est une cellule moins étroite, mieux située, plus confortablement installée que les autres et chauffée en hiver, où le nombre de détenues enfermées ne peut s’élever au-dessus de dix.</strong></p>
<p><a></p>
<p><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/05/cellule-madame-steinheil-saint-lazare.jpg" alt="La cellule de Madame Steinheil au quartier de la Pistiole à la Prison Saint-Lazare, 1909." title="cellule-madame-steinheil-saint-lazare" width="615" height="383" class="aligncenter size-full wp-image-11994" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: x-small;">La cellule de Mme Steinheil à Saint-Lazare, au quartier de la Pistole. Photo <em>Dimanche illustré</em> du 14 novembre 1909.</span></p>
<h3>Récit de la détention de Marguerite Steinheil à la prison Saint-Lazare</h3>
<p>… d&#8217;après le journal <em>Le Petit Parisien</em> (Paris) du samedi 28 novembre 1908 :</p>
<p><em>« Comment Mme Steinheil a été installée dans la vieille prison… On lui a donné une compagne de cellule. Bien que M. Pons, directeur de la prison Saint-Lazare, soit un homme fort aimable, nous ne pouvions songer à lui demander des détails sur l&#8217;existence de sa nouvelle pensionnaire, la discrétion professionnelle s&#8217;imposant plus que jamais à ce fonctionnaire, en cette circonstance. Nous avons pu, néanmoins, puiser à bonne source les renseignements concernant Mme Steinheil depuis l&#8217;heure de son incarcération.<br />
En arrivant, vers neuf heures et demie, jeudi soir, à la maison d&#8217;arrêt du faubourg Saint-Denis, <strong>la détenue fut conduite à la Pistole des prévenues faisant partie du quartier judiciaire et pénitentiaire, distinct du quartier administratif, réservé aux filles publiques</strong>.<br />
En général, les prévenues de droit commun couchent dans des chambres assez spacieuses où elles sont au nombre de trois, six et même huit détenues. Mais, faisant suite à ces dortoirs, se trouve <strong>“la Pistole”, composée d&#8217;une huitaine de cellules réservées aux personnes qui veulent être isolées et qui ont les moyens de payer cette faveur</strong>, du reste fort peu onéreuse, puisque la pension comprenant la location de la chambre pistolière, le chauffage et l&#8217;éclairage, ne s&#8217;élève pas à plus d&#8217;un franc par jour.</p>
<p><a rel='prettyPhoto[gallery1]'><a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/05/marguerite-steineil.jpg" rel='prettyPhoto[gallery1]'><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/05/marguerite-steineil.jpg" alt="Marguerite Jeanne Japy, épouse Steinheil, inculpée de complicité de meurtres et écrouée à la prison Saint-Lazare" title="marguerite-steineil" width="253" height="406" class="alignleft size-full wp-image-11999" /></a></p>
<p>Les prévenues sont exemptes du costume pénal et gardent leurs vêtements personnels. Elles peuvent recevoir des vivres du dehors ou s&#8217;approvisionner à la cantine. Le travail est facultatif.</p>
<p><strong>Mme Steinheil occupe la cellule n° 4.</strong> Le mobilier comprend un lit en fer et sa fourniture, une table de nuit, une chaise, une table de travail, un poêle ; l&#8217;éclairage est assuré au moyen d&#8217;un bec de gaz hors de portée des détenues. La femme du malheureux peintre assassiné n&#8217;est pas seule dans sa cellule ; elle a comme compagne de détention une autre prévenue. Il vaut mieux, en effet, ne pas laisser seule Mme Steinheil, une assistante pouvant, au besoin, prévenir un suicide ou recueillir des aveux.<br />
Le règlement concernant les détenues fixe le lever à sept heures du matin, en cette saison, et le coucher à sept heures et demie du soir. Les repas ont lieu à neuf heures et à quatre heures. Quant aux sorties dans les préaux, les prévenues ne les effectuent, généralement, qu&#8217;en dehors des heures désignées pour la promenade des prisonnières et quand ces dernières ont quitté les cours pour rentrer dans les ateliers.<br />
Mme Steinheil, en prenant possession de sa cellule, prépara elle-même son lit et, brisée physiquement par les multiples événements qui s&#8217;étaient passés dans la journée, ne tarda pas à se coucher. Mais agitée par les émotions ressenties au cours de l&#8217;instruction, elle ne put dormir. Sa respiration était haletante, par moments elle se retournait nerveusement sur sa couche étroite, cependant elle garda le mutisme le plus complet et n&#8217;adressa pas la parole à la prévenue qui partage sa cellule.</p>
<p><strong>La visite de Me Antony Aubin</strong><br />
Vers neuf heures et demie, sa femme de chambre, Fanny, se présenta au greffe de Saint-Lazare, comme nous l&#8217;annonçons plus haut, apportant des vêtements et du linge de corps à la prisonnière. Quelques instants plus tard, vers dix heures, <strong>Me Antony Aubin, défenseur de Mme Steinheil, accompagné de son secrétaire, Me Steinhardt, vint rendre visite à sa cliente. L&#8217;entrevue eut lieu au parloir des avocats</strong> et, à dix heures trois quarts, elle prenait fin.<br />
À la sortie de la prison, Me Antony Aubin se contenta de dire aux journalistes qui l&#8217;assaillaient de questions : “Mme Steinheil est venue me rejoindre dans le parloir vitré où les visiteurs sont admis à s&#8217;entretenir avec les détenues. Elle avait passé la nuit que vous pensez, une nuit de larmes. Pendant près de deux heures j&#8217;ai pu causer avec elle. Mais ne me demandez pas la moindre confidence sur notre conversation, le devoir professionnel m&#8217;oblige à une réserve absolue.”<br />
Ma cliente est devenue inculpée et, à partir de oe moment, toutes les confidences, incidents, interrogatoires concernant cette affaire ne doivent pas sortir du cabinet du juge d&#8217;instruction. C&#8217;est une cause extrêmement tragique, conclut Me Antony Aubin, et bien pénible, surtout pour la pauvre jeune fille qu&#8217;est Mlle Steinheil.<br />
Nous avons pu apprendre, d&#8217;autre part, que Mme Steinheil n&#8217;avait pas, paraît-il, compris qu&#8217;elle était inculpée de complicité de meurtre. Elle pensait, a-t-elle dit à Me Aubin, qu&#8217;elle avait été arrêtée simplement pour mensonges. “Oh s&#8217;écria-t-elle, si on ne relève à ma charge que le crime, je ne resterai pas longtemps ici, car j&#8217;aurai vite établi mon innocence !” »</em></p>
<p><a></p>
<p><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/05/prison-saint-lazare-quartier-judiciaire.jpg" alt="Prison Saint-Lazare, prison de femmes." title="prison-saint-lazare-quartier-judiciaire" width="615" height="403" class="aligncenter size-full wp-image-12009" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: x-small;">La prison Saint-Lazare, cour intérieure et accès au « quartier judiciaire ». <a href="https://vincentiancollections.depaul.edu/saintlazare/Pages/default.aspx" target="_blank">Source</a></span></p>
<h3>Le procès devant la cour d&#8217;assises de la Seine</h3>
<p><strong>Pendant la durée du procès, Madame Steinheil est logée au quartier des femmes du Dépôt, dont voici la description faite par le journal <em>L&#8217;Illustration</em> :</strong> <em>« C&#8217;est un lieu à la vérité mélancolique, davantage sans doute que bien d&#8217;autres geôles. Les cellules s&#8217;y alignent sur trois étages, s&#8217;ouvrant sur des balcons en encorbellement, le long d&#8217;un spacieux corridor où les baies, hautes et larges pourtant, ne versent qu&#8217;un demi-jour gris et froid. Dans cette triste antichambre de prison, seul le va-et-vient des gardiens et des religieuses de Saint-Joseph-de-Cluny aux longs voiles bleu de ciel, met quelque animation. <br />
<strong>Le dépôt communique avec le Palais de justice par un passage souterrain. Si le procureur a décidé d&#8217;y transférer Marguerite Steinheil, c&#8217;est pour éviter des manifestations sur son passage dans les rues de Paris&#8230; Car l&#8217;affaire est à la fois crapuleuse et mystérieuse…</strong> ».</em><br />
<a></p>
<p><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/05/affaire-steinheil-cour-assises-seine.jpg" alt="Marguerite Steinheil, devant la cour d&#039;assises de la Seine, en novembre 1909." title="affaire-steinheil-cour-assises-seine" width="615" height="352" class="aligncenter size-full wp-image-12001" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: x-small;">Mme Marguerite Steinheil comparaît devant la cour d&#8217;assises de la Seine. Extrait du journal <em>Dimanche Illustré</em> du 14 novembre 1909.</span></p>
<p><a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/05/dimanche-illustre-steinheil.jpg" rel='prettyPhoto[gallery1]'><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/05/dimanche-illustre-crime-impasse-ronsin.jpg" alt="En couverture du journal &quot;Dimanche Illustré&quot; du 14 novembre 1909 : &quot;Le crime de l&#039;impasse Ronsin. Madame Steinheil, au banc des accusés, à la cour d&#039;assises&quot;." title="dimanche-illustre-crime-impasse-ronsin" width="250" height="338" class="alignright size-full wp-image-12008" /></a></p>
<p><strong>Le 14 novembre 1909, maître Antony Aubin obtient l&#8217;acquittement de Marguerite Steinheil…</strong></p>
<h3>Pour aller plus loin :</h3>
<p>Site avec <strong>journaux d&#8217;époque</strong> : <a href="https://vincentiancollections.depaul.edu/saintlazare/bibliography/Pages/magazines.aspx" target="_blank">DePaul University</a>.<br />
<strong>Vidéo </strong>sur le sujet : <a href="https://vincentiancollections.depaul.edu/saintlazare/footnotes/Pages/steinheil.aspx" target="_blank">lien</a><br />
<strong>Photo</strong> de Mme Steinheil : <a href="http://www.parisenimages.fr/Export450/16000/15066-19.jpg" target="_blank" rel='prettyPhoto[gallery1]'>source</a></p>
<p>La prison Saint-Lazare sur le site <strong><em>Criminocorpus</em></strong> : <a href="http://www.criminocorpus.cnrs.fr/article677.html" target="_blank">lien</a></p>
<p><em><strong>Arrivage de « filles publiques » en voitures cellulaires à la prison Saint-Lazare</strong></em> : <a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/des-prisons/des-femmes-publiques-a-la-prison-saint-lazare-10520" target="_blank">lien</a></p>
<p><strong><em>« Saint-Lago » aura vécu ! Dans ces cellules, les femmes ne pleureront plus leur passé…</em></strong> : <a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/des-prisons/saint-lago-aura-vecu-dans-ces-cellules-les-femmes-ne-pleureront-plus-leur-passe-9679" target="_blank">lien</a></p>
<p><strong><em>La prison Saint-Lazare au début des années vingt : le témoignage de Jeanne Humbert à &laquo;&nbsp;Saint-Lago&nbsp;&raquo;</em></strong> : <a href="http://www.criminocorpus.cnrs.fr/article728.html" target="_blank">lien</a></p>
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		<item>
		<title>&#171;&#160;Des poètes derrière les barreaux : F. Villon, J. Genet, A. Sarrazin…&#160;&#187;</title>
		<link>http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/actualites/des-poetes-derriere-les-barreaux-f-villon-j-genet-a-sarrazin%e2%80%a6-etude-litteraire-de-franck-balandier-11959</link>
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		<pubDate>Sun, 20 May 2012 16:32:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jacky Tronel</dc:creator>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉS]]></category>
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		<category><![CDATA[Guillaume Apollinaire]]></category>
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		<description><![CDATA[« Dire la prison. Comment la dire ? C&#8217;est une question de distance. De géographie. D&#8217;espace à occuper. Comment occuper la prison ? Comment s&#8217;en occuper ? Lui régler son compte ? La décrire, certes, mais de quelle manière ? La prison, dans son essence même, refuse l&#8217;objectivité. Que l&#8217;on y [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a></p>
<p><a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/05/des-poetes-derriere-les-barreaux-franck-balandier1.jpg" rel='prettyPhoto[gallery1]'><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/05/des-poetes-derriere-les-barreaux-franck-balandier-couv.jpg" alt="&quot;Des poètes derrière les barreaux&quot; de Franck Balandier." title="des-poetes-derriere-les-barreaux-franck-balandier-couv" width="350" height="350" class="alignright size-full wp-image-11960" /></a></p>
<blockquote><p>« <strong>Dire la prison.</strong> Comment la dire ? C&#8217;est une question de distance. De géographie. D&#8217;espace à occuper. Comment occuper la prison ? Comment s&#8217;en occuper ? Lui régler son compte ? <strong>La décrire,</strong> certes, mais de quelle manière ? La prison, dans son essence même, refuse l&#8217;objectivité. Que l&#8217;on y soit enfermé ou que l&#8217;on y travaille, ou bien que l&#8217;on observe l&#8217;immuabilité apparente de ses murailles de l&#8217;extérieur, elle oblige à prendre position. Objet de tous les fantasmes, elle permet toutes les dérives et bien des approximations. <strong>La pénétrer,</strong> y pénétrer, ne constitue pas le sésame indispensable pour prétendre en parler.<br />
Alors, ne pas en parler. <strong>La penser.</strong> À partir de ce qu&#8217;elle nous accorde de ses histoires, de ses architectures et de ses règlements. <strong>Abandonner aux poètes le soin de la juger et de la décrire avec toute la mauvaise foi dont ils sont capables quand ils se mettent en peine</strong> (c&#8217;est bien le cas de le dire) <strong>de la vivre avant de l&#8217;incarcérer, la réduire en quelques phrases définitives.</strong><br />
Ceux-là se nomment <strong>François Villon, André Chénier, Arthur Rimbaud, Guillaume Apollinaire, Jean Genet, Albertine Sarrazin&#8230;</strong> »</p>
</blockquote>
<p>« Au XIVe siècle, un siècle avant Villon, la capitale comptait une vingtaine de prisons en activité. Elle n&#8217;en compte plus qu&#8217;une seule aujourd&#8217;hui : la Maison d&#8217;arrêt de la Santé.<br />
<strong>L&#8217;heure est à l&#8217;éloignement. À la distance.</strong> Auparavant, la ville revendiquait ses murs et ses enfermements. À présent, elle en a honte. La ville cache ses plaies et ses gourmes. Comme ses pauvres dont elle tente de se débarrasser maladroitement, <strong>la ville pousse aux périphéries sa délinquance et ses prisons.</strong></p>
<p>Voici la <strong>chronique d&#8217;un Paris méconnu</strong> qui, du moyen-âge au vingtième siècle, nous accorde le <strong>privilège d&#8217;une exploration inédite au cœur de ses lieux interdits : Le Châtelet, Saint-Lazare, La Conciergerie, Mazas, La Santé, La Petite Roquette…</strong> »</p>
<p>Extrait de l&#8217;introduction à l&#8217;étude littéraire <strong><em>Des poètes derrière les barreaux…</em></strong> que vient de publier <strong>Franck Balandier</strong>, chez <em>L&#8217;Harmattan</em> (février 2012).</p>
<p><a></p>
<p><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/05/prison-saint-lazare.jpg" alt="Prison Saint-Lazare, n° 107 de la rue du Faubourg Saint-Denis, Paris 10e arrondissement" title="prison-saint-lazare" width="615" height="393" class="aligncenter size-full wp-image-11968" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: x-small;">Saint-Lazare, l&#8217;une des prisons parisiennes… au n° 107 de la rue du Faubourg Saint-Denis. Coll. J. Tronel</span></p>
<h3>Synopsis</h3>
<p>« Protégée par de hauts murs et des siècles de silence, la prison hésite toujours au bord de notre présent. Il faut, pour la raconter, y être en quelque sorte introduit et l&#8217;avoir vécue de l&#8217;intérieur. Mais il faut aussi un regard pour oser la décrire et trouver les mots justes pour la maintenir à distance raisonnable.</p>
<p><strong>Partant de l&#8217;expérience douloureuse qu&#8217;en rapportent plusieurs poètes (Villon, Chénier, Rimbaud, Apollinaire, Genet, Sarrazin), l&#8217;auteur nous invite à pénétrer au coeur des prisons parisiennes. Du Châtelet à la Santé, en passant par la Conciergerie, Saint-Lazare, Mazas et la Petite Roquette, il s&#8217;agit d&#8217;un voyage intérieur, d&#8217;une exploration à la fois géographique, historique et littéraire.</strong></p>
<p>Dans la confrontation des témoignages poétiques, des archives pénitentiaires et des règlements, dans la distance imaginaire des lieux et des hommes, Franck Balandier propose ainsi une lecture inédite du monde carcéral. »</p>
<p><a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/05/des-poetes-derriere-les-barreaux-franck-balandier1.jpg" rel='prettyPhoto[gallery1]'><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/05/des-poetes-derriere-les-barreaux-franck-balandier1.jpg" alt="&quot;Des poètes derrière les barreaux : F. Villon, J. Genet, A. Sarrazin…&quot; étude littéraire de Franck Balandier. Édition L&#039;Harmattan." title="des-poetes-derriere-les-barreaux-franck-balandier" width="300" height="482" class="alignleft size-full wp-image-11962" /></a></p>
<h3>Balandier et balade s&#8217;écrivent avec un seul &laquo;&nbsp;l&nbsp;&raquo;</h3>
<p>À la <em>ballade</em> des poètes (<em>« la ballade des pendus de François Villon »</em> et autres poésies…), <strong>Franck Balandier</strong> préfère la <em>balade</em> des prisons. L&#8217;auteur nous transporte au cœur des geôles parisiennes et nous conduit de <em>cul de basse-fosse</em> en <em>oubliette royale</em>, de <em>boucherie</em> en <em>réduit aux géhennes</em>, de <em>tortures en sous-sol</em> en <em>montres corporatives</em> et autres <em>cavalcades</em>…<br />
Au royaume de Carcer, <strong>cette balade nous mène du Châtelet à Saint-Lazare, de La Conciergerie à Mazas, et de La Santé à La Petite Roquette…</strong> En fin connaisseur de la pénitentiaire, Franck Balandier explore ces prisons parisiennes et les explique. Du monde carcéral, il nous fournit quelques-unes des clés et nous livre quelques-uns des codes.</p>
<p><strong>Toutefois, le « poète » n&#8217;est pas le véritable sujet de l&#8217;étude… il n&#8217;en est que le prétexte.</strong> En cela le titre est trompeur : il est davantage question ici des barrreaux et des murs, que des poètes derrière les barreaux… <strong>De ce parti-pris on ne peut en vouloir à l&#8217;auteur qui nous entraîne dans une remontée du temps pénitentiaire, d&#8217;où nous resterons captifs, longtemps avoir refermé le livre…</strong></p>
<h3>L&#8217;auteur</h3>
<p>Né à Paris en 1952, <strong>Franck Balandier</strong> est cadre supérieur au ministère de la Justice, en charge de la culture, du sport, de la formation professionnelle et du travail pour les personnes détenues, à la direction interrégionale des services pénitentiaires d’Île-de-France.</p>
<p>Il est par ailleurs <strong>auteur de plusieurs romans et essais :</strong> « Désaxé » (éd. Première chance, 1968), « Les Nuits périphériques » (roman, 1988, Michel de Maule), « L’Homme à la voiture rouge » (roman, 2000, éditions Fayard), « Les Prisons d’Apollinaire » (essai, éditions L’Harmattan, 2001), Ankylose (Le Serpent à plumes, 2005).</p>
<p>Retrouvez le texte de l&#8217;essai <strong>« <a href="http://www.criminocorpus.cnrs.fr/article668.html#nb2-1" target="_blank">Les prisons d’Apollinaire</a> »</strong> sur le site <em>Criminocorpus</em>. Franck Balandier présente ici le résultat d’une enquête aux multiples rebondissements qui, par les investigations menées et la vérité trouvée, renseigne autant le chercheur que le curieux sur les conditions d’incarcération du poète Guillaume Apollinaire.</p>
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		<title>Walter Benjamin ou les tribulations d&#8217;un philosophe allemand exilé en France (1933-1940)</title>
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		<pubDate>Fri, 11 May 2012 19:44:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jacky Tronel</dc:creator>
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		<category><![CDATA[DES HOMMES…]]></category>
		<category><![CDATA[camp des travailleurs volontaires du Clos Saint-Joseph]]></category>
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		<description><![CDATA[Né à Berlin en 1892, dans une famille juive, le philosophe et critique d&#8217;art allemand Walter Benjamin s&#8217;exile à Paris en mars 1933. Le 13 juin 1940, à la veille de l&#8217;entrée des troupes allemandes dans Paris, il fuit vers Lourdes avec sa sœur Dora, puis gagne Marseille où il [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a><img class="alignright size-full wp-image-11895" title="walter-benjamin-photo-joel-heinzelmann" src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/05/walter-benjamin-photo-joel-heinzelmann.jpg" alt="Walter Benjamin, philosophe allemand antifasciste." width="350" height="350" /></a></p>
<blockquote><p>Né à Berlin en 1892, dans une famille juive, le philosophe et critique d&#8217;art allemand <strong>Walter Benjamin</strong> s&#8217;exile à Paris en mars 1933. Le 13 juin 1940, à la veille de l&#8217;entrée des troupes allemandes dans Paris, il fuit vers Lourdes avec sa sœur Dora, puis gagne Marseille où il obtient un visa pour les États-Unis. En septembre, il décide de franchir les Pyrénées pour passer en Espagne en compagnie d&#8217;autres réfugiés allemands. Le 26 septembre 1940, <strong>face au refus des policiers espagnols de leur laisser passer la frontière </strong>(à Port-Bou)<strong> et devant la menace d’être livré aux nazis, il se suicide en absorbant une dose mortelle de morphine</strong>. <br />
C’est à l’un des philosophes et critiques les plus importants du XXe siècle que cet article est consacré. Il a été publié par <strong>Alain Paire</strong> sous le titre : <em><a href="http://www.galerie-alain-paire.com/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=162:automne-1939-walter-benjamin-dans-un-camp-proche-de-nevers&amp;catid=3&amp;Itemid=4" target="_blank">Automne 1939, Walter Benjamin, dans un camp proche de Nevers</a></em>.</p>
</blockquote>
<h3>Au départ de Paris</h3>
<p>« Septembre 1939, la seconde guerre mondiale est déclarée. A Paris, des affiches dans les rues, des placards dans les journaux font savoir aux ressortissants étrangers, principalement aux exilés allemands et autrichiens venus chercher refuge dans <em>la patrie des droits de l&#8217;homme</em>, qu&#8217;ils doivent se rendre dans des camps de <em>rassemblement</em>.<br />
Walter Benjamin quitte la chambre du 10 de la rue Dombasle qu&#8217;il sous-loue à son vieil ami le <strong>Docteur Fraënkel</strong>. Il ramasse des vivres et des vêtements, bourre une petite valise avec des papiers et des manuscrits personnels. <strong>La République française n&#8217;a pas répondu à ses démarches</strong>, les demandes de naturalisation qu&#8217;il effectue depuis plusieurs années sont inefficaces. <strong>Il n&#8217;est plus allemand, le régime hitlérien l&#8217;a déchu de sa nationalité d&#8217;origine.</strong> Il fait partie des éventuels <em>ennemis de la République</em> que l&#8217;administration prétend pouvoir identifier. <strong>En compagnie d&#8217;antinazis qui ont quitté comme lui l&#8217;Allemagne, au moins depuis 1933, Benjamin se rend le 4 septembre au stade de Colombes ; les conditions d&#8217;hébergement vont se révéler humiliantes et anxiogènes pour sa santé, depuis longtemps fléchissante</strong>. »</p>
<p><a><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/05/walter-benjamin-bibliotheque-nationale-19371.jpg" alt="Walter Benjamin à la Bibliothèque nationale, Paris, 1937" title="walter-benjamin-bibliotheque-nationale-1937" width="482" height="301" class="aligncenter size-full wp-image-11954" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: x-small;">Walter Benjamin (à droite) à la Bibliothèque nationale, Paris, 1937. © IMEC / Fonds MCCWalter</span></p>
<p>« Faute d&#8217;argent, Walter Benjamin n&#8217;a pas passé cet été de 1939 ailleurs que dans la grande salle de lecture de la Bibliothèque Nationale. Pendant l&#8217;année précédente, depuis juillet jusqu&#8217;à octobre 1938, il séjournait au Danemark, <strong>Berthold Brecht</strong> l&#8217;avait convié, ce fut son dernier grand voyage. Sa plus récente escapade de cette année 1939, c&#8217;est un court passage en Bourgogne, sous les arcades de l&#8217;Abbaye de Pontigny. <strong>Paul Desjardins</strong> l&#8217;invite pendant la seconde quinzaine de mai, Benjamin donne une conférence à propos des Tableaux parisiens de Baudelaire ; il indique à <strong>Max Horkheimer</strong> (1895-1973) que la nourriture est <em>infecte</em>, raconte avoir passionnément découvert le style des Pensées de Joubert parmi les quinze mille volumes de la bibliothèque du Centre culturel. Maintes fois reproduite, <strong>une photographie de Gisèle Freund évoque un ultime interlude</strong>. Walter Benjamin marche près d&#8217;un plan d&#8217;eau ; en fond d&#8217;image, le verger et les bâtiments qui abritent les Décades. Sa silhouette manque d&#8217;aisance, son torse s&#8217;épaissit. Benjamin regarde la tige d&#8217;un bouton d&#8217;or qu&#8217;il vient de ramasser.<br />
<strong>Charles Baudelaire est son grand travail.</strong> Le 26 juin 1939, il écrit à <strong>Gretel Adorno</strong> : <em>Tu me ferais une grande joie si pour une bonne heure tu ouvrais un exemplaire des Fleurs du mal, si tu t&#8217;y cherchais avec mes yeux. Comme mes pensées jour et nuit sont à présent fixées sur ce texte, on se rencontrerait sûrement</em> &#8230; <em>l&#8217;époque de la lente élaboration est derrière moi et il ne se passe pas de jour sans écriture</em>. Il envoie fin juillet, à New-York chez Max Horkheimer, pour publication en revue, un chapitre de son opus baudelairien. Quelques semaines plus tard, la certitude de cette parution et la correction des épreuves redonneront vigueur à son moral. »</p>
<h3>Stade Yves-du-Manoir, et puis le Nivernais</h3>
<p>« <strong>Avec toutes sortes de compagnons d&#8217;infortune, Walter Benjamin endure pendant neuf jours l&#8217;atmosphère exténuante du stade-vélodrome d&#8217;Yves-du-Manoir, à Colombes.</strong> Les bancs des gradins sont en pierre, Benjamin trouve place parmi des tas de paille pourrissante déversés sur la pelouse. <strong>Les gens se lavent avec des boites de conserve vides, des tonneaux de fer blanc font office de latrines.</strong> Pas d&#8217;ombre, du soleil sans merci. On leur sert un infâme pâté de foie qu&#8217;ils étalent sur des tranches de pain. Les montées d&#8217;angoisse, les incertitudes sont irrépressibles ; quelques-uns se suicident. Walter Benjamin renoue relations avec deux connaissances qui lui sont chères : <strong>Heinz Blûcher, le compagnon d&#8217;Hannah Arendt, et le critique de théâtre et traducteur Hans Sahl</strong> (1902-1993), un poète dont les textes furent accompagnés par des gravures de <strong>Franz Mazereel</strong> et dont le témoignage écrit évoque les péripéties de cet automne.</p>
<p>Le 14 septembre, les prévenus prennent l&#8217;autobus sous surveillance militaire. On dirige trois cents hommes vers un train de wagons plombés qui attend en gare d&#8217;Austerlitz. <strong>Hans Sahl et Max Aron, un jeune homme qui s&#8217;est pris d&#8217;amitié pour Benjamin se sont débrouillés pour rester en compagnie du philosophe</strong> : <em>Nous étions convenus, écrira Hans Sahl, de nous efforcer à n&#8217;importe quel prix, de rester ensemble</em>. Le voyage est terriblement lent. Ils atteignent Nevers pendant la tombée de la nuit. <strong>Max Aron porte la valise de Walter Benjamin</strong>, il faut deux heures de marche pour rejoindre un nouveau non-lieu : <strong>le château de Vernuches</strong>, une bâtisse et un domaine à l&#8217;intérieur duquel les autorités viennent de créer <strong>le Camp des travailleurs volontaires du Clos Saint Joseph</strong>. <br />
L&#8217;absurdité continue, tout est improvisé : point de lits, pas de tables ni de chaises. Max Aron prend l&#8217;initiative de loger Benjamin dans la soupente d&#8217;un escalier qu&#8217;il masque avec des sacs de toile.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-11900" title="walter_benjamin_vers_1928" src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/05/walter_benjamin_vers_1928.jpg" alt="Photographie du passeport de Walter Benjamin, vers 1928 Berlin." width="300" height="370" /></p>
<p>Dans une lettre rédigée en français à son ami <strong>Pierre Missac</strong> (1910-1986), Walter Benjamin explique sobrement que <em>la maison de maître où nous sommes logés (au nombre d&#8217;environ trois cents) est située dans un petit parc. L&#8217;installation est évidemment des plus réduites, mais le paysage n&#8217;est pas sans agréments. Malheureusement c&#8217;est la saison des pluies et elles tombent abondamment dans le département</em>. </p>
<p>Dans une autre lettre adressée le 21 septembre à <strong>Adrienne Monnier</strong> (1892-1955), il fait le point de la situation : <em>Je me porte passablement. La nourriture est très large. Nous attendons avec impatience d&#8217;être fixés sur notre sort &#8230; Quant à mes forces physiques elles ne valent rien. Je me suis affaissé au cours de la marche qui nous a conduits de Nevers à notre camp. Les médecins du camp m&#8217;ont mis</em> &#8216;au repos&#8217;. »</p>
<p style="text-align: right;"><span style="font-size: x-small;">Photographie du passeport de Walter Benjamin, vers 1928, Berlin, © Akademie der Künste, Archives Walter Benjamin</span></p>
<h3>Projet de revue : le <em>Bulletin de Vernuches</em></h3>
<p>« Walter Benjamin n&#8217;est pas requis pour travailler comme ses compagnons, son coeur et sa santé ne le permettent pas. <strong>Ce dont il souffrira le plus, c&#8217;est du manque d&#8217;isolement.</strong> Il évoquera deux fois, dans deux lettres différentes, <em>le vacarme perpétuel qui l&#8217;entoure</em>. Il propose de donner des cours de philosophie en échange de boutons de culottes ou bien de cigarettes. Il renonce à ce troc, se fixe pour objectif de s&#8217;arrêter de fumer. Il lie connaissance à Vernuches avec <strong>Hans Fittko, le compagnon de Lisa Fittko</strong>, qui l&#8217;année suivante, sera son passeur lors de son ultime tentative de franchissement de la frontière des Pyrénées. Sa grande lecture pendant ces semaines sera <em>Les Confessions</em> de Jean-Jacques Rousseau <em>qui me charment profondément</em>. <strong>Il imagine pouvoir créer sur place une revue <em>de très haut niveau</em> qui s&#8217;appellerait le <em>Bulletin de Vernuches</em> : cette revue servirait de <em>miroir de la vie du cantonnement</em> pour les internés et leur famille</strong>. Benjamin griffonne gravement, en français, un projet de sommaire. Des conseils de rédaction sont convoqués et se réuniront plusieurs fois, à seize heures précises dans l&#8217;après-midi : <strong>Hans Sahl raconte que tout en débattant, les apprentis revuistes dont le périodique ne sera jamais imprimé, <em>boivent de l&#8217;eau de vie dans un dé à coudre</strong></em>.<br />
Les internés ont le droit d&#8217;écrire et d&#8217;envoyer seulement deux lettres par semaine. Le plus urgent, ce sont les démarches qui permettront d&#8217;obtenir une éventuelle libération. Benjamin s&#8217;y emploie, Adrienne Monnier est mise au courant de la situation, elle se montrera &#8211; lettre à Max Horkheimer du 30 novembre &#8211; <em>inlassable et d&#8217;une détermination absolue</em>. <strong>Jules Romains, Paul Valéry, le Pen-Club, Jean Ballard et Alexis Léger</strong> (Saint-John Perse fut autrefois traduit par Benjamin) rédigent des lettres de recommandation. Walter Benjamin est très ému par la missive de Paul Desjardins (1859-1940). Il a perçu lors de son passage à Pontigny que cet homme <em>est brisé</em>. Il redit à Jean Ballard, lettre du 23 octobre, qu&#8217;<em>Adrienne Monnier m&#8217;a donné maints signes d&#8217;une amitié indéfectible. Hier encore j&#8217;ai reçu la lettre touchante entre tous, que Paul Desjardins m&#8217;a écrit d&#8217;une main, hélas, défaillante</em>. De son côté, Jean Ballard qui fait lui aussi diligence et qui reverra Walter Benjamin à Marseille, en août 1940, joue son rôle, ne peut pas s&#8217;empêcher de redire incidemment à son correspondant combien sa collaboration fut précieuse lors de la publication de l&#8217;un des grands numéros spéciaux de sa revue : <em><strong>Votre texte sur l&#8217;angoisse mythique chez Goethe, l&#8217;un des plus beaux fleurons du romantisme allemand</strong></em>. »</p>
<h3>Libéré fin novembre</h3>
<p>« <strong>Adrienne Monnier et Jules Romains obtiennent l&#8217;avis positif d&#8217;une commission interministérielle au sein de laquelle l&#8217;aide du Directeur du département Europe du Quai d&#8217;Orsay, Henri Hoppenot fut décisive. La libération de Walter Benjamin est prononcée le 16 novembre.</strong> Il ne fera pas immédiatement retour à Paris. Sa lettre à Max Horkheimer, rédigée le 30 novembre, servira de première clôture à cet article : <em>Enfin, je puis donc vous donner signe de vie. Je ne sais ce que nous aurons encore à traverser, et si des choses à venir ne vont pas faire pâlir en moi le souvenir des semaines passées. N&#8217;empêche que, pour l&#8217;instant, je suis heureux de les savoir révolues. Vous imaginez facilement ce qu&#8217;il y avait en elles de plus pénible, c&#8217;était le désarroi moral dans lequel on se voyait plongé sinon soi-même, au moins les voisins et les camarades. Si moi-même, j&#8217;ai pu, dans la plupart des cas, échapper à un tel désarroi, c&#8217;est en premier lieu à vous que j&#8217;en suis redevable, et je parle non seulement de votre sollicitude pour ma personne, mais de votre solidarité pour mon travail. L&#8217;appui que m&#8217;a donné la façon dont vous avez accueilli le &#8216;Baudelaire&#8217; m&#8217;a été hors prix. Au cœur de ses malheurs sans nom, la lettre qu&#8217;il écrit le 11 janvier 1940 à Gershom Sholem retentit d&#8217;une manière analogue : <strong>&#8216;la moindre lettre que nous pouvons aujourd&#8217;hui publier est une victoire arrachée aux puissances des ténèbres&#8217;</strong></em>. »</p>
<p><a><img class="alignleft size-full wp-image-11902" title="walter-benjamin" src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/05/walter-benjamin.jpg" alt="Walter Benjamin, philosophe allemand (1892-19430)." width="300" height="290" /></a></p>
<p style="text-align: align;"><span style="font-size: x-small;">Walter Benjamin, <a href="http://laboratoireurbanismeinsurrectionnel.blogspot.fr/2011/12/w-benjamin-paris-capitale-du-19e-siecle.html" target="_blank">source</a></span> <br />
« Depuis Vernuches, Walter Benjamin avait envoyé à Gretel Adorno le singulier et lumineux récit d&#8217;un rêve <em>étrange et pénétrant</em>. Une ultime citation proviendra d&#8217;un courrier de janvier 1940, de nouveau rédigé pour Gretel envers qui l&#8217;on pressent moins que jamais, s&#8217;il entretient auprès d&#8217;elle un amour profond ou bien une très fine amitié : <em>Je me propose d&#8217;écrire une longue lettre &#8230; Quant à ma santé à moi j&#8217;en ai pas à dire beaucoup de bien non plus. Depuis qu&#8217;un froid intense s&#8217;est installé chez nous je ressens des difficultés extraordinaires pour la marche en plein air. Je suis obligé de m&#8217;arrêter tous les trois ou quatre minutes, en pleine rue. Naturellement j&#8217;ai été voir le médecin qui a constaté une myocardie</em>.</p>
<p><em><strong>Alain Paire</strong></em></p>
<h3>Le jour de la mort</h3>
<p><strong><em>« Dans une situation sans issue, je n’ai d’autre choix que d’en finir.</strong> C’est dans un petit village des Pyrénées où personne ne me connaît que ma vie va s’achever. Je vous prie de transmettre mes pensées à mon ami Adorno et de lui expliquer la situation où je me suis vu placé. Il ne me reste pas assez de temps pour écrire toutes ces lettres que j’eusse voulu écrire. »</em> (Carte postale envoyée à <strong>Juliane Favez</strong>, secrétaire de l’Ecole de Francfort dont le siège se trouvait alors à Genève, datée du 25 septembre 1940).</p>
<p>Arrivé le 24 septembre 1940 à Banyuls, en provenance de Marseille, Walter Benjamin rejoint <strong>Lisa Fittko</strong> qui doit lui assurer le passage clandestin vers l’Espagne, pensant de là rejoindre l’Amérique via le Portugal. En compagnie d’<strong>Henny Gurland</strong> et de son fils Joseph, sous la direction de Lisa, il part en reconnaissance le 24, après avoir écouté les indications données par le maire de Banyuls, <strong>Vincent Azéma</strong>. Il amène avec lui une serviette de cuir contenant son dernier manuscrit auquel il attache une grande importance : <strong><em>Vous savez, cette serviette est mon bien le plus précieux. Pas question de la perdre. Ce manuscrit doit être sauvé. Il est plus important que ma propre personne.</em></strong> (Lisa Fittko, <em>Le chemin des Pyrénées</em>, Paris, Maren Sell et Cie, 1985).</p>
<p>A la fin de la reconnaissance, épuisé, il laisse repartir à Banyuls ses compagnons de route, passant la nuit dans un casot situé sur un petit plateau. Ses compagnons le reprennent dès l’aube. Le groupe rejoint Port-Bou en fin de journée, dans des conditions difficiles pour Benjamin qui souffrait d’une affection cardiaque. Lisa les quitte, au sommet de la colline qui surplombe Port-Bou, pour revenir à Banyuls, en leur donnant les dernières consignes : <em>Allez directement au poste frontière, montrez vos papiers, passeport, visas de transit espagnol et portugais. Dès que vous aurez votre tampon d’entrée, prenez le prochain train pour Lisbonne.</em> (Ibid)</p>
<p><a></p>
<p><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/05/walter-benjamin.jpeg" alt="Walter Benjamin en 1926. Photographie de Germaine Krull." title="walter-benjamin" width="300" height="376" class="alignright size-full wp-image-11938" /></a></p>
<p>En dehors de la police officielle, deux membres de la Gestapo opéraient continuellement à Port-Bou ainsi que des membres du Service d’Information des Armées, police parallèle qui collaborait étroitement avec eux. Dès que Benjamin se présente à 8 heures du soir au poste frontière, il est amené sous la surveillance de trois policiers à la Fonda de Francia, où on lui notifie qu’il sera renvoyé en France le lendemain. Après une longue discussion avec la police, les autres membres du groupe le rejoignent à l’hôtel ce 25 septembre, à 21 heures. </p>
<p>Benjamin ne voulait pas retourner en France. Henny Gurland s’entretient avec lui le 26, à 7 heures du matin. Elle raconte : <em><strong>Benjamin m’a dit qu’hier au soir, à 10 heures, il avait absorbé une grande quantité de morphine, mais que je devais présenter son état comme une maladie… Puis il a perdu connaissance. J’ai appelé un médecin qui a diagnostiqué une congestion cérébrale…</strong></em> Walter Benjamin meurt le 26 septembre, à 22 heures. »</p>
<p style="text-align: left;"><span style="font-size: x-small;">Walter Benjamin en 1926. Photographie de Germaine Krull. <a href="http://2.bp.blogspot.com/-jLFV0Y8OCYE/Ty7ju-YOf4I/AAAAAAAAAEQ/zb5-1C_UedU/s1600/Walter+Benjamin.jpeg" target="_blank" rel='prettyPhoto[gallery1]'>Lien</a></span></p>
<h3>Des questions restées sans réponses…</h3>
<p>« De nombreuses questions restent sans réponse au sujet de cette mort :<strong> Pourquoi Benjamin a-t-il voulu faire passer son suicide pour une maladie ? Pourquoi la tombe louée par Henny Gurland au cimetière de Port-Bou n’a jamais porté le nom de Benjamin ? L’enterrement a-t-il vraiment eu lieu ? Que sont devenus les papiers contenus dans sa serviette auxquels il tenait tant ?</strong></p>
<p>Dans une lettre adressée à Max Horkheimer, à New York, le 30 octobre 1940, le commissaire Antonio Sols énumère les objets personnels de Benjamin : <em>Une serviette en cuir comme celles qu’utilisent les hommes d’affaires ; une montre d’homme ; une pipe ; 6 photographies ; une radiographie ; une paire de lunettes ; plusieurs lettres ; des journaux et quelques papiers dont on ignore le contenu, ainsi qu’une somme d’argent dont il reste, tous frais déduits, 273 pesetas. Tous ces objets ci-dessus énumérés ont été déposés au tribunal d’instruction de Figueras où ils sont à la disposition des héritiers du défunt.</em> Cette lettre a-t-elle eu une suite ? »</p>
<p>(Narciso Alba, <em>Walter Benjamin et le sentier du petit bossu</em>, Cahiers de l’Université de Perpignan n°14/1993). <a href="http://frontierescatalogne.chez.com/le_chemin_de_l'exil.htm" target="_blank">Lien</a></p>
<p><strong>D&#8217;autres hypothèses ont été émises au sujet de sa mort :</strong> <strong><em>Who killed Walter Benjamin&#8230;</em></strong> (73 min. Espagne, Allemagne, Pays-Bas), un film documentaire de <strong>David Mauas</strong> sur les circonstances de la mort de Walter Benjamin à Port Bou soutient la thèse qu&#8217;<strong>il aurait pu être assassiné par des fascistes</strong>. Selon <strong>Stephen Schwartz</strong>, il aurait été <strong>exécuté par des agents à la solde de Staline</strong>.</p>
<p>–––––</p>
<p>Repères chronologiques de la vie de Walter Benjamin : <a href="http://actuphilo.com/2011/10/16/" target="_blank">lien</a></p>
<p>Le 16 mai 2011, <strong><em>l&#8217;Esplanade Walter Benjamin</em></strong> a été inaugurée à Nevers</strong> par <strong>Florent Sainte Fare-Garnot</strong>, maire de la ville, et par <strong>Bruno Tackels</strong>, philosophe et journaliste à France Culture. <a href="http://www.lejdc.fr/nievre/actualite/departement/nievre-local/2011/05/16/walter-benjamin-de-retour-a-nevers-1100460.html#" target="_blank">Lien</a></p>
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		<title>Courageuse intervention de l&#8217;abbé Lopez en faveur du rabbin Ansbacher, interné à Gurs</title>
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		<pubDate>Sun, 06 May 2012 18:52:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jacky Tronel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dernières parutions]]></category>
		<category><![CDATA[RECHERCHES]]></category>
		<category><![CDATA[Abbé Jacques Lopez]]></category>
		<category><![CDATA[chef du Camp de Gurs]]></category>
		<category><![CDATA[École Beau-Frêne à Billère]]></category>
		<category><![CDATA[J-M Grémaux]]></category>
		<category><![CDATA[Pau]]></category>
		<category><![CDATA[préfet Paul Grimaud]]></category>
		<category><![CDATA[rabbin Leo Ansbacher]]></category>
		<category><![CDATA[René Gruel]]></category>

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		<description><![CDATA[Le 24 septembre 1942, au départ d&#8217;un convoi de Juifs du camp de Gurs, un homme manque à l&#8217;appel, il s&#8217;agit de l&#8217;Allemand Manfred BAUER. En dépit des recherches, il demeure introuvable. À la suite d&#8217;une dénonciation, il est finalement découvert, le 20 octobre 1942, caché dans un réduit du [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel='prettyPhoto[gallery1]'><a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/05/abbe-lopez-billere-pau-vers-1950.jpg" rel='prettyPhoto[gallery1]'><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/05/abbe-lopez-billere-pau-vers-1950.jpg" alt="Abbé Jacques Lopez, qui intervint en faveur du rabbin Ansbacher, interné au camp de Gurs" title="abbe-lopez-billere-pau-vers-1950" width="350" height="350" class="alignright size-full wp-image-11816" /></a></p>
<blockquote><p><strong>Le 24 septembre 1942, au départ d&#8217;un convoi de Juifs du camp de Gurs, un homme manque à l&#8217;appel, il s&#8217;agit de l&#8217;Allemand Manfred BAUER.</strong> En dépit des recherches, il demeure introuvable. À la suite d&#8217;une dénonciation, il est finalement découvert, le 20 octobre 1942, caché dans un réduit du dortoir occupé par <strong>le rabbin Leo ANSBACHER, qui est aussitôt accusé de complicité d&#8217;évasion</strong>. Son transfert vers un camp répressif est alors envisagé. <strong>L&#8217;abbé Jacques Lopez</strong> a connaissance de l&#8217;affaire. Avec courage, il <strong>plaide la cause du rabbin Ansbacher auprès du préfet des Basses-Pyérénées</strong>&#8230;<br />
Résumé chronologique d&#8217;une affaire qui comporte encore quelques zones d&#8217;ombres… et <strong>appel à documents et témoignages</strong>.</p>
</blockquote>
<p>Par lettre du 20 octobre 1942 adressée au cabinet du préfet, <strong>René Gruel</strong>, chef du camp de Gurs, <strong>expose ainsi l&#8217;affaire ayant pour objet : &laquo;&nbsp;Attitude du Rabbin Léo Ansbacher&nbsp;&raquo;</strong>…</p>
<p><a><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/05/tampon-directeur-cmap-de-gurs-1942.jpg" alt="Tampon du directeur du camp de Gurs, René Gruel." title="tampon-directeur-cmap-de-gurs-1942" width="250" height="119" class="alignleft size-full wp-image-11823" /></p>
<p></a></p>
<h3>Rapport du chef du camp de Gurs</h3>
<p>« <strong>Lors du convoi du 24 septembre 1942, l&#8217;hébergé Bauer Manfred s&#8217;étant évadé n&#8217;a pas pu prendre le départ.</strong> Il avait été cherché en vain à ce moment.<br />
Or ce matin, au cours de perquisitions effectuées dans divers secteurs du Camp, un brigadier a procédé à une vérification des locaux du Rabbinat et a découvert l&#8217;hébergé Bauer dissimulé dans un réduit constitué par des caisses d&#8217;emballage. L&#8217;intéressé a déclaré être là depuis le 24 septembre. Il était caché et nourri par le rabbin Ansbacher.<br />
<strong>J&#8217;estime que le Rabbin Ansbacher a commis là une faute et une incorrection grave, car d&#8217;une part il a manœuvré pour soustraire un hébergé à un convoi et cela à mon sens peut être assimilé à une complicité d&#8217;évasion. La gravité du fait réside encore davantage dans l&#8217;abus de confiance dont Ansbacher a fait preuve.</strong> En effet, lors de chaque convoi, quelques instants avant l&#8217;appel de ceux qui devaient y participer, je convoquais à mon bureau les représentants de toutes les œuvres pour leur donner des instructions précises concernant la limitation de l&#8217;action que je désirais leur voir entreprendre auprès des hébergés au moment du départ. La liste des partants ne leur était toutefois pas communiquée. Ansbacher participait à ces réunions en qualité de dirigeant du comité social du Camp.<br />
<strong>Il ressort donc que Ansbacher a, à titre préventif, dissimulé Bauer qui n&#8217;a pas été trouvé à son îlot au moment de l&#8217;appel.</strong> Nous avons su quelques instants après que le nommé Bauer avait été vu peu avant en compagnie du rabbin. Celui-ci interrogé à ce moment-là nous a déclaré avoir en effet quitté Bauer depuis quelques instants, mais ignorer ce qu&#8217;il était devenu. Une visite des locaux du rabbinat n&#8217;a rien révélé à ce moment et Ansbacher a manifesté sa surprise de constater qu&#8217;il pouvait être soupçonné.<br />
<strong>En conséquence j&#8217;ai donc fait conduire Ansbacher aux locaux disciplinaires</strong> en attendant la décision que vous voudrez bien prendre à son égard.<br />
Son état de rabbin l&#8217;a, seul, exempté jusqu&#8217;à maintenant des convois sur la zone occupée ou Rivesaltes. <strong>J&#8217;estime d&#8217;un autre côté que son envoi sur Rivesaltes risquerait d&#8217;être sans effet, car je sais que son frère Max Ansbacher, ainsi que son ancien adjoint le rabbin Rothschild,</strong> qui ont été conduits à Rivesaltes après avoir tenté de franchir la frontière Suisse, <strong>ont été jusqu&#8217;à maintenant extraits des convois sur intervention des Quakers</strong>, et qu&#8217;il serait peut-être l&#8217;objet de la même mesure de faveur.<br />
<strong>La mutation sur un camp répressif serait peut-être à envisager.</strong> »</p>
<p><a><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/05/rabbin-leon-ansbachergurs-1941.jpg" alt="Rabbin Léon Ansbacher, au Camp de Gurs (1941-1942)." title="rabbin-leon-ansbachergurs-1941" width="400" height="275" class="alignleft size-full wp-image-11826" /></a></p>
<h3>L&#8217;Abbé Lopez adresse une requête au préfet des Basses-Pyrénées</h3>
<p><strong>Le 31 octobre 1942, <strong>l&#8217;Abbé Jacques Lopez adresse une requête au Préfet lui demandant de faire preuve d&#8217;indulgence à l&#8217;égard du rabbin Ansbacher</strong>, précisant qu&#8217;il aurait agi comme lui s&#8217;il avait été à sa place&#8230;</strong> La lettre est à l&#8217;en-tête de l&#8217;<em>École supérieure libre pour le Commerce et l&#8217;Industrie, Villa Beau-Frêne, Billère près Pau…</em></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: x-small;"><strong>Leo Ansbacher</strong> (photo) est transféré du camp de Saint-Cyprien vers Gurs fin 1940. Dès 1941, il organise avec son frère Max un comité chargé de collecter de la nourriture et des médicaments redistribués aux prisonniers, le C.C.A. (Comité central d’assistance). <br />
Source : <a href="http://collections.yadvashem.org/photosarchive/en-us/12383.html" target="_blank">Yad Vashem Photo Archive</a>.</span></p>
<p>« Monsieur le Préfet,<br />
Je prends la liberté de vous écrire et de vous présenter par l&#8217;intermédiaire de Jean-Louis une requête, car je ne voulais pas abuser de vos instants en vous demandant une audience.<br />
<strong>Il s&#8217;agit d&#8217;un pauvre Rabbin du camp de Gurs sur qui on a envoyé un rapport à la Préfecture et qui pour un acte de charité et d&#8217;humanité va se voir déférer devant les tribunaux à moins que vous n&#8217;ayez la bonté d&#8217;arrêter l&#8217;affaire.</strong><br />
Le Rabbin Ansbacher est interné au camp de Gurs et s&#8217;occupe des intérêts spirituels de ses coreligionnaires. Au moment d&#8217;un départ de Juifs, un jeune homme s&#8217;est échappé du camp et a disparu… Quelques jours après, ce jeune homme, traqué sans doute, est revenu au camp et est allé se cacher dans la cellule du Rabbin à son insu ; ce dernier l&#8217;a trouvé chez lui et ne l&#8217;a pas livré ; pendant une quinzaine de jours, il a partagé avec lui sa chambre et sa maigre nourriture.<br />
Un autre interné, italien, a dénoncé le Rabbin. Le jeune homme a été saisi et envoyé en Allemagne maintenant sans doute, puisqu&#8217;on a commencé par l&#8217;expédier à Rivesaltes. Le Rabbin a été mis aux travaux forcés du camp et un rapport a été transmis à la Préfecture pour suite à donner.<br />
Le Rabbin Ansbacher purge actuellement sa peine sans se plaindre et sans demander une faveur quelconque, pourtant il est dans un état physique lamentable. Il serait malheureux de le voir traîner devant la justice pour cela ; <strong>je puis vous dire que j&#8217;aurais agi comme lui si j&#8217;avais été à sa place.</strong> Je fais cette confidence au père de Jean-Louis s&#8217;il est téméraire de la faire au Préfet des Basses-Pyrénées.<br />
Je vous demande, Monsieur le Préfet, de vouloir bien ne pas donner suite à ce rapport, <strong>qu&#8217;on laisse tranquille ce pauvre Rabbin et qu&#8217;on lui permette, après sa peine, de reprendre son ministère&#8230; Ne croyez-vous pas que tous les Juifs qui sont au camp ont besoin de quelques consolations spirituelles pour les aider à supporter toutes les misères dont ils sont accablés ?</strong><br />
Je sais que vous ferez le possible, Monsieur le Préfet, et dès à présent je vous en suis reconnaissant ; je vous prie de vouloir bien recevoir l&#8217;hommage de mon profond respect et de ma déférence.<br />
Abbé Lopez, Aumônier de la 4e Pau, professeur à Beau-Frêne. »</p>
<p>Le <em>Jean-Louis</em> cité dans le courrier de l&#8217;Abbé Lopez semble être le fils du Préfet dont il est probable que l&#8217;abbé soit le professeur…</p>
<p><a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/05/lettre-abbe-lopez-recto1.jpg" target="_blank" rel='prettyPhoto[gallery1]'>Lettre recto</a> &#8211; <a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/05/lettre-abbe-lopez-verso.jpg" target="_blank" rel='prettyPhoto[gallery1]'>Lettre verso</a></p>
<p><a></p>
<p><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/05/affaire-ansbacher-abbe-lopez-gurs-1942.jpg" alt="Synthèse de l&#039;affaire du rabbin Ansbacher, accusé de complicité d&#039;évasion de Manfred Bauer du camp de Gurs" title="affaire-ansbacher-abbe-lopez-gurs-1942" width="615" height="386" class="aligncenter size-full wp-image-11827" /></a></p>
<p>Dans le résumé de l&#8217;affaire, signé <em>Abbé J. Lopez</em> (photo ci-dessus), on ne peut qu&#8217;être admiratif devant la force de persuasion et le courage de l&#8217;écclésiastique, exprimées en ces termes : <strong><em>il eût été odieux qu&#8217;il le livrât et il n&#8217;est pas de loi divine ou humaine, écrite ou non écrite, qui fasse une obligation de livrer une personne n&#8217;ayant pas commis un délit de droit commun</em></strong> […] <strong><em>Il est demandé 1°) que le Rabbin, après avoir purgé sa peine, puisse reprendre son ministère spirituel, 2°) qu&#8217;il ne soit pas déféré devant les tribunaux.</em></strong></span></p>
<h3>Réaction du chef de Cabinet de la Préfecture</h3>
<p><strong>Note n° 1670 du secrétaire général du Cabinet du préfet des Basses-Pyrénées, datée du 21 octobre 1942 :</strong></p>
<p>« Ci-joint un rapport du chef du centre de Gurs concernant l&#8217;attitude du Rabbin Ansbacher.<br />
<strong>Ce qui importe, à mon avis, c&#8217;est que le sus-nommé ne demeure pas au camp de Gurs. Il conviendrait de l&#8217;envoyer, non pas au Vernet, mais au camp de Rivesaltes</strong>, en ayant soin de spécifier qu&#8217;au cas où l&#8217;intéressé bénéficiant de la même faveur que plusieurs autres rabbins étrangers ne serait pas dirigé sur la zone occupée, il devrait être conservé au camp de Rivesaltes <strong>et en aucun cas être autorisé à retourner au camp de Gurs ni dans les Basses-Pyrénées et les Landes non occupées</strong>. »</p>
<h3>Décision du préfet des Basses-Pyrénées</h3>
<p><strong>Réponse du Préfet adressée au chef du camp de Gurs le 26 novembre 1942 :</strong></p>
<p>« D&#8217;après des renseignements qui m&#8217;ont été fournis, le nommé Bauer n&#8217;aurait pas été soustrait au départ par le rabbin Ansbacher. Bauer se serait réfugié chez le Rabbin à l&#8217;insu de ce dernier.<br />
<strong>Si les faits sont exacts, la faute commise par le Rabbin Ansbacher aurait un caractère de gravité beaucoup moindre, surtout s&#8217;il n&#8217;y a pas eu de départ pour Rivesaltes depuis le 24 septembre 1942. L&#8217;intéressé pourrait alors être rendu à son Ministère après un sérieux avertissement.</strong> »</p>
<h3>Zones d&#8217;ombre restant à éclaircir</h3>
<p><strong>Un certain nombre de points mériteraient d&#8217;être éclaircis et plusieurs questions attendent des réponses :</strong></p>
<p><strong>Qu&#8217;est devenu Manfred Bauer ?</strong> Déporté en Allemagne ? Survivant de la Shoah ?<br />
<strong>Qu&#8217;est devenu le rabbin Leo Ansbacher ?</strong> Il paraîtrait qu&#8217;il se serait évadé du camp de Gurs, aidé en cela par le rabbin René Kapel, puis qu&#8217;il aurait gagné Israël via l&#8217;Espagne. À confirmer&#8230;<br />
<strong>Qui est le préfet</strong> du département des Basses-Pyrénées qui a rendu sa décision : <strong>Émile Ducommun ou Paul Grimaud ?</strong> Le remplacement du premier par le second étant survenu vers le 25 octobre 1942.<br />
<strong>De quel poids l&#8217;action de l&#8217;abbé Lopez a-t-elle pesé</strong> dans la décision du préfet des Basses-Pyrénées ?<br />
<strong>L&#8217;abbé Lopez a-t-il été soutenu par sa hiérarchie ?</strong></p>
<h3>Jacques, André-Jean Lopez, abbé défenseur du rabbin Ansbacher</h3>
<p>Né le 6 août 1905 à Oloron Sainte-Marie (64), ordonné prêtre le 16 juillet 1933 à Bayonne (64)<br />
<strong>Ministère :</strong><br />
09/08/1933 : Professeur à l&#8217;Institution Saint-Joseph, à Oloron (64)<br />
14/08/1937 : Curé d&#8217;Aubertin (64)<br />
25/08/1939 : Professeur d&#8217;Espagnol, Histoire-Géographie et Surveillant Général à Beau-Frêne &#8211; Billère (64)<br />
1945 : Aumônier militaire dans l&#8217;Armée française d&#8217;occupation à Baden-Baden<br />
1955 : Aumônier principal en Tunisie<br />
1958 : Aumônier en Algérie<br />
Novembre 1963 : Rentré en France<br />
1965 : Retiré à Saint-Même-les-Carrières (16)<br />
Décédé le 23 mai 1984</p>
<p><a><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/05/ecole-beau-frene-billere-pau-1950.jpg" alt="Photo d&#039;une classe de l&#039;École Beau-Frêne vers 1950. L&#039;Abbé Lopez est le 4e en partant de la gauche, au 1er rang." title="ecole-beau-frene-billere-pau-1950" width="615" height="366" class="aligncenter size-full wp-image-11843" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: x-small;">Photo de groupe prise à Beau-Frêne. <strong>L&#8217;Abbé LOPEZ est au premier rang, le 4e assis en partant de la gauche</strong> (coiffé en brosse, avec des lunettes). Entre 1949, date à laquelle Robert GRÉMAUX (1er rang, assis, 4e en partant de la droite) est nommé enseignant et 1952, date du décès de l&#8217;Abbé François BOULIN, Supérieur (au premier rang, les bras croisés, entre les deux Pères Blancs).<br />
À cette date, l&#8217;Abbé LOPEZ n&#8217;exerçait plus dans l&#8217;établissement, mais il y revenait souvent. <strong>Collection J.M. Grémaux</strong>, <br />président de l&#8217;Association des Anciens élèves et Amis de l&#8217;École supérieure libre pour le Commerce et l&#8217;Industrie Beau-Frêne à Pau.</span></p>
<p>Je sollicite les réactions de ceux qui possèdent des informations sur ce dossier, espérant l&#8217;émergence de documents et de témoignages qui viendront, je l&#8217;espère, apporter un <strong>éclairage nouveau sur le sauvetage d&#8217;un rabbin Juif par un ecclésiastique, une &laquo;&nbsp;affaire&nbsp;&raquo; aujourd&#8217;hui encore trop peu connue</strong>.</p>
<p>Sources : <em>Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques</em>, Pau, cote 77 W 31.</p>
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		<title>Frau Blumelein, matonne à la prison allemande du Cherche-Midi</title>
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		<pubDate>Sun, 29 Apr 2012 07:20:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jacky Tronel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dernières parutions]]></category>
		<category><![CDATA[DES HOMMES…]]></category>
		<category><![CDATA["Notre Guerre"]]></category>
		<category><![CDATA[Agnès Humbert]]></category>
		<category><![CDATA[Frau Blumelein]]></category>
		<category><![CDATA[Jane Jeunet Darboy]]></category>
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		<category><![CDATA[Souvenirs de Résistance]]></category>
		<category><![CDATA[surveillante en chef à la prison allemande du Cherche-Midi]]></category>

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		<description><![CDATA[En raison de l&#8217;offensive allemande sur Paris, Georges Mandel ordonne, le 10 juin 1940, le repli de la prison militaire de Paris au sud de la Loire. Entièrement vidée de ses occupants, la prison militaire du Cherche-Midi est abandonnée aux Allemands le 12 juin. Ils vont en prendre possession le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a><img class="alignright size-full wp-image-11767" title="prison-du-cherche-midi" src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/prison-du-cherche-midi.jpg" alt="Prison militaire de Paris, angle de la rue du Cherche-Midi et du boulevard Raspail." width="350" height="350" /></p>
<blockquote><p>En raison de l&#8217;offensive allemande sur Paris, Georges Mandel ordonne, le 10 juin 1940, le repli de la prison militaire de Paris au sud de la Loire. Entièrement vidée de ses occupants, <strong>la prison militaire du Cherche-Midi est abandonnée aux Allemands le 12 juin</strong>. Ils vont en prendre possession le 20 et en assurer le contrôle, seuls, jusqu&#8217;au 23 août 1944. Des milliers d&#8217;hommes et de femmes, résistants pour la plupart, vont connaître la rigueur de la détention sous commandement allemand. <strong>Les femmes détenues sont placées sous l&#8217;autorité d&#8217;une surveillante en chef connue sous le nom de Blumelein, ou Blümlein, à qui Agnès Humbert donne le titre de <em>directrice</em>.</strong> Elle fait l&#8217;objet des critiques les plus vives de la part des détenues. Le 6 septembre 1941, <strong>Jane Jeunet Darboy adresse une lettre de protestation au commandant de la prison&#8230;</strong></p>
</blockquote>
<h3>Lettre de protestation d&#8217;une des détenues du Cherche-Midi</h3>
<p><em>Paris, le 6/9/1941</p>
<p>Monsieur le Commandant,<br />
J&#8217;ai fait plusieurs lettres à votre adresse lors de mon séjour à Cherche-Midi et j&#8217;ai tout lieu de croire que ces lettres ne vous sont pas parvenues, c&#8217;est pourquoi je vous ai fait passer une lettre et vous remettrai celle-ci directement, ce dont je m&#8217;excuse.<br />
Je ne suis qu&#8217;une prisonnière au même titre que mes compagnes mais <strong>je ne crains pas les suites de représailles que pourra exercer contre moi la personne que j&#8217;accuse</strong>.<br />
Monsieur le Commandant, <strong>j&#8217;accuse Madame Blümlein de se comporter de telle sorte que je puis donner des précisions sur le sadisme tortionnaire avec lequel elle amène les prisonnières aux actes extrêmes ou aux crises de dépression nerveuse dont vous devez avoir les échos</strong>.<br />
Alors que tous les services, médicaux, officiels, nos instructeurs mêmes se comportent avec nous de façon courtoise et correcte, il semble anormal qu&#8217;une simple surveillante de prison puisse impunément torturer moralement les femmes sous sa coupe.<br />
<strong>Les suicides et crises d&#8217;amnésies seront nombreuses Monsieur le Commandant si vous n&#8217;intervenez pas rapidement.</strong><br />
Faites une enquête sévère, je vous en prie au nom de toutes mes camarades. Il vous sera facile de constater que <strong>je n&#8217;assouvis pas une vengeance personnelle mais que, révoltée, je prends la responsabilité du réquisitoire verbal que je suis prête à vous exposer devant Madame Blümlein elle-même</strong> si vous le désirez.<br />
Je vous prie de croire que je ne doute pas de votre équité et vous assure de mes sentiments respectueux.</p>
<p style="text-align: right;">Jane Jeunet Darboy</em></p>
<h3>Le témoignage d&#8217;Agnès Humbert&#8230;</h3>
<p><a></p>
<p><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/agnes-humbert-cherche-midi.jpg" alt="Agnès Humbert, membre du réseau du Musée de l&#039;Homme, internée au Cherche-Midi en 1941." title="agnes-humbert-cherche-midi" width="270" height="320" class="alignleft size-full wp-image-11778" /></a></p>
<p>Agnès Humbert est la fille du sénateur Charles Humbert et de l&#8217;écrivaine anglaise Mabel Wells Annie Rooke.  Elle est l&#8217;épouse du peintre Georges Hanna Sabbagh et la mère du sous-marinier contre-amiral Jean Sabbagh et de l&#8217;homme de télévision Pierre Sabbagh. Après 1929, elle fait des études d&#8217;histoire de l&#8217;art à la Sorbonne et à l&#8217;École du Louvre. Elle est attachée au Musée des arts et traditions populaires et fait partie, avec Boris Vildé, Anatole Lewitsky, Jean Cassou et Yvonne Oddon, des fondateurs du tout premier mouvement de résistance en zone occupée, le groupe du Musée de l&#8217;Homme, qui édite un journal clandestin, <em>Résistance</em>. Les principaux responsables du réseau sont arrêtés sur dénonciation au début 1941. Elle est incarcérée au Cherche-Midi du 15 avril au 20 décembre. Condamnée à mort, sa peine est commuée en cinq ans de déportation en Allemagne. Elle connaît alors le bagne et le travail forcé, jusqu&#8217;à sa libération, le 11 juin 1945, suite à l&#8217;avancée américaine.</p>
<h3>Extraits des <em>Souvenirs de Résistance</em> d&#8217;Agnès Humbert au Cherche-Midi</h3>
<p>« Voici la prison du Cherche-Midi. […] Il est vingt heures, je n&#8217;ai pas mangé depuis hier au soir. Les sept heures et demie de l&#8217;interrogatoire m&#8217;ont creusé l&#8217;estomac. Au greffe, je fais remarquer, d&#8217;une façon trop hautaine, sans doute, que j&#8217;ai faim. On me répond sans grâce, que je suis en prison et non à l&#8217;hôtel. On m&#8217;apprend que le dernier repas se sert à seize heures. Cependant, la porte de ma cellule est à peine fermée, que je la vois s&#8217;entrebâiller à nouveau et qu&#8217;une main émergeant d&#8217;une manche verte me tend une demi-boule de pain. […] Je mange mon pain bis avec délices et bois l&#8217;eau de mon broc, un affreux broc en émail qui est posé auprès d&#8217;un seau de toilette. Par terre, dans un coin, une cuvette en émail brun-rouge, une petite table de bois blanc, un tabouret, un lit dont le sommier est remplacé par trois planches sur lesquelles est posée une paillasse très mince. Deux couvertures de cheval complètent le confort de la cellule. Les murs blanchis à la chaux sont maculés et couverts d&#8217;inscriptions. La cellule semble d&#8217;autant plus haute qu&#8217;elle est exigüe ; un vrai placard. En face de la porte, tout en haut du mur, un vasistas doit laisser tomber un jour parcimonieux. »</p>
<p>« Pour le moment, une ampoule électrique au bout d&#8217;un fil éclaire la scène. […] Je regarde le plafond. Cette cellule doit avoir la taille d&#8217;un caveau. Là-haut, sur le toit, il y a une dalle, une dalle avec cette inscription : <em>Ici repose Agnès Humbert, décédée le 15 avril 1941</em>. Il y a aussi des fleurs, oui, il y a des fleurs&#8230; <em>Ici repose</em>… Non, c&#8217;est idiot, il ne faut pas penser à des imbécilités pareilles. […] On éteint ma lumière. Je me couche et de nouveau : <em>Ici repose Agnès…</em> Non, plus de ça, il faut dormir, je suis exténuée. Je m&#8217;endors, mais toutes les heures, on allume la lumière, et la sentinelle m&#8217;observe par le judas&#8230; on craint sans doute pour moi les idées noires. Le pas scandé de la garde, le cliquetis du trousseau de clés, le bruit de ferraille des armes entrechoquées ne m&#8217;empêchent pas de me rendormir. »</p>
<p><a></p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-11769" title="Prison militaire. Paris, rue du Cherche-Midi, 1938.     RV-82144" src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/prison-cherche-midiroger-viollet1.jpg" alt="La prison militaire de Paris, 38 rue du Cherche-Midi." width="615" height="459" /> <span style="font-size: x-small;">Façade de la prison militaire de Paris donnant sur le n° 38 de la rue du Cherche-Midi (VIe arrondissement), 1938. Cliché Roger-Viollet.</span></p>
<h3>Quand Agnès Humbert fait référence à Frau Blumelein :</h3>
<p>« <em><strong>Cherche-Midi, 16 avril 1941 –</strong></em><br />
Une Allemande en blouse noire sur laquelle est piquée l&#8217;insigne du Parti national-socialiste entre dans ma cellule. Je suppose qu&#8217;elle est la directrice de l&#8217;établissement. Elle est aimable, trop aimable, mielleuse. Je lui fait remarquer que je n&#8217;ai ni peigne, ni savon ni linge ; elle me répond n&#8217;y rien pouvoir, que sans doute ma famille pourvoira sous peu à mes besoins. Elle me propose d&#8217;écrire chez moi, puis revient me dire que je suis au secret et que je n&#8217;ai pas le droit de donner ou de recevoir de nouvelles&#8230; »</p>
<p>« <em><strong>Cherche-Midi, 24 avril 1941 –</strong></em><br />
La porte s&#8217;ouvre en coup de vent, Mme Blumelein – c&#8217;est ainsi que se nomme, paraît-il, notre directrice – lance pêle-mêle sur mon lit : objets de toilette, linge et couvertures. Elle s&#8217;en va sans un mot. Je ne pensais pas ressentir une si grande émotion à voir mes vêtements, à voir des objets qui viennent de la maison. On sait donc enfin où je suis. Je m&#8217;interdis de penser aux miens. Il faut anesthésier sa sensibilité, mais toutes ces choses familières me radoucissent, c&#8217;est un sentiment dangereux qu&#8217;il est nécessaire d&#8217;écarter. Il faut être dure. »</p>
<p><a><a href="http://www.ina.fr/art-et-culture/litterature/video/2726081001/agnes-humbert-notre-guerre.fr.html"><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/notre-guerre-agnes-humbert.jpg" alt="&quot;Notre guerre – Souvenirs de Résistance, Paris 1940-41&quot; Agnès Humbert" title="notre-guerre-agnes-humbert" width="200" height="306" class="alignright size-full wp-image-11787" /></a></p>
<p>« <em><strong>Cherche-Midi, 15 mai 1941 –</strong></em><br />
J&#8217;ai aussi inventé des jeux. […] Le papier du citron de cette semaine m&#8217;a servi à faire une balle. Le papier est maintenu par des fils de laine prélevés sur ma couverture. Cette balle est une intarissable source de plaisir. Je joue au ping-pong. Mon assiette sert de raquette, le partenaire imaginaire, bien sûr, puisque c&#8217;est le mur qui revoie la balle ! […] L&#8217;autre jour, mon jeu de balle devenait sans doute trop bruyant. Mme Blumelein ouvre brusquement ma porte. Elle trouve indécent qu&#8217;à mon âge, on puisse encore jouer. Elle examine la balle, m&#8217;interroge sur sa provenance, puis me fait déshabiller, me fouille de haut en bas ; elle passe ses doigts dans mes cheveux, sans doute pour s&#8217;assurer que je n&#8217;y ai pas caché d&#8217;autres jeux&#8230; J&#8217;en conclus que cela doit être très dangereux de jouer à la balle, en Allemagne. Pour me punir de cette coupable activité, elle me change de cellule, séance tenante. Elle me met brutalement dans une cellule dégoûtante. Les carreaux sont cassés et remplacés par du carton. Par terre, il y a des restes de mangeaille qui, à leur aspect, doivent avoir des semaines&#8230; et les punaises se promènent en toute quiétude ; il y fait noir comme dans un four. »</p>
<p style="text-align: right;"><span style="font-size: x-small;">Les <em>Souvenirs</em> d&#8217;Agnès Humbert ont été publiés une première fois aux <em>Éditions Émile-Paul Frères</em>, en 1946, <br />
puis réédités chez <em>Tallandier Éditions</em>, Paris, en 2004, avec une préface de Julien Blanc.</span></p>
<p>« <em><strong>Cherche-Midi, juin 1941 –</strong></em><br />
Avec la chaleur intense, les punaises deviennent insupportables. Blumelein, que Dèxia vient de baptiser <em>Florida</em>, dit qu&#8217;il y a 45° dans nos cellules. Elle se demande comment nous n&#8217;étouffons pas. L&#8217;odeur fétide que dégagent nos seaux est abominable. Comment nous éloigner de ces récipients qui contiennent nos eaux de toilette, nos petites ordures journalières ? Pour comble de bonheur, la plupart de ces seaux ferment mal. Hedwige, la Polonaise, a crise de nerfs sur crise de nerfs. Elle hurle comme un chien, et l&#8217;on entend son corps rouler de-ci de-là sur le plancher, se heurter à la table ou au tabouret. La nuit, dans le silence, ce bruit est sinistre. Marie, une autre Polonaise qui habite tout près de moi, s&#8217;est pendue, à l&#8217;aide d&#8217;un écheveau de laine à tricoter solidement fixé au crochet de sa fenêtre&#8230; »</p>
<p>–––––––</p>
<p>La lettre de protestation citée en introduction est conservée aux Archives nationales, sous la cote <strong>F9/5575</strong>. </p>
<p>Je remercie à l&#8217;avance celle ou celui qui pourra m&#8217;en dire plus sur la signataire de ce courrier, <strong>Jane Jeunet Darboy</strong>.</p>
<p>Lire sur ce blog l&#8217;article consacré à Thérèse Lemoine, autre résistante détenue au Cherche-Midi : <br />
<em><strong><a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/des-hommes/therese-lemoine-une-resistante-internee-a-la-prison-du-cherche-midi-617" target="_blank">« Thérèse Lemoine, une résistante internée à la Prison du Cherche-Midi en 1941 »</a></strong></em></p>
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		</item>
		<item>
		<title>&#171;&#160;Les enfants maudits de la Petite Roquette&#160;&#187; un reportage d&#8217;Henri Danjou (1929)</title>
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		<pubDate>Sat, 21 Apr 2012 12:42:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jacky Tronel</dc:creator>
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		<category><![CDATA[DES PRISONS…]]></category>
		<category><![CDATA[Albert Harlingue]]></category>
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		<category><![CDATA[Les enfants maudits]]></category>
		<category><![CDATA[prison pour enfants]]></category>

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		<description><![CDATA[Journaliste issu de l&#8217;école d&#8217;Albert Londres, Henri Danjou s&#8217;est lui aussi spécialisé dans la marginalité et sa répression : Place Maubert – Dans les bas-fonds de Paris chez Albin Michel en 1928 et surtout Enfants du malheur ! réédité à La Manufacture de livres en mars dernier. Cet ouvrage raconte la tournée [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/gardien-petite-roquette-1929.jpg" alt="Gardien de prison à la Petite Roquette, 1939, photo Albert Harlingue" title="gardien-petite-roquette-1929" width="350" height="350" class="alignright size-full wp-image-11711" /></a></p>
<blockquote><p>Journaliste issu de l&#8217;école d&#8217;<strong>Albert Londres</strong>, <strong>Henri Danjou</strong> s&#8217;est lui aussi spécialisé dans la marginalité et sa répression : <strong><em>Place Maubert – Dans les bas-fonds de Paris</em></strong> chez <em>Albin Michel</em> en 1928 et surtout <strong><em>Enfants du malheur !</em></strong> réédité à <em>La Manufacture de livres</em> en mars dernier. Cet ouvrage raconte la tournée du journaliste dans les divers bagnes d&#8217;enfants en France… <br />
Le 4 avril 1929, Henri Danjou (photo ci-dessous) publie dans le magazine <em>Détective</em> : <strong><em>Un jour à la Petite Roquette</em></strong>, reportage sur une prison que l&#8217;auteur qualifie de <strong><em>« purgatoire des enfants maudits »</em></strong>&#8230;</p>
</blockquote>
<h3><em>« Un jour à la Petite Roquette »</em></h3>
<p>La Petite Roquette était une prison située dans le 11e arrondissement de Paris, non loin du cimetière du Père-Lachaise. <strong>Conçue par l’architecte Louis-Hippolyte Lebas suivant le modèle panoptique, elle fut construite en 1836. D&#8217;abord prison pour enfants, elle devint par la suite une prison de femmes.</strong></p>
<p><a><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/henri-danjou.jpg" alt="Henri Danjou, journaliste grand reporter, photo Carl Mydans." title="henri-danjou" width="200" height="225" class="alignleft size-full wp-image-11718" /></a></p>
<p>Texte de l&#8217;article d&#8217;<strong>Henri Danjou</strong> publié par <em>Détective</em>, le 4 avril 1939 :</p>
<p>« […] Vue d&#8217;un peu haut, la Petite Roquette fait penser à un château fort : pierres noires, murailles épaisses. On y adossa, il y a un demi-siècle, les soldats vaincus de la Commune. Les balles du peloton d&#8217;exécution ont fait des trous dans le mur d&#8217;enceinte. L&#8217;herbe a envahi les fossés, autrefois remplis de cadavres. Çà et là, des gardiens se sont fait un jardin, où des fleurs font des taches claires, au printemps.<br />
<strong>Un lourd silence pèse sur la bastille des enfants maudits</strong>, si bien qu&#8217;on est étonné, quand on en a franchi la porte à triple verrou, d&#8217;y apercevoir des êtres vivants et d&#8217;y voir luire le soleil. On est dans la cour du greffe. Dix prisonniers sous le regard indifférent d&#8217;un gardien, chargent une charrette. Deux voitures cellulaires viennent d&#8217;amener quinze moutards, qui tête nue attendent, devant le greffe, l&#8217;heure de troquer leur nom contre un matricule et d&#8217;échanger leurs vêtements fripés contre un uniforme impersonnel. <strong>On voudrait trouver sur leur visage la marque infamante de la destinée qui poursuit depuis la création les enfants de Caïn. Vagabonds, chenapans ou criminels, ils ont le même air penaud de gosses pris en faute.</strong> L&#8217;un haut comme trois pommes et qui rejette constamment en arrière de son front une mèche blonde importune, pleure et ses larmes laissent une trace sur le registre d&#8217;écrou, où il a mis un <em>blaze</em> (une signature). Il est à la Petite Roquette pour de petits larcins, qui, s&#8217;il eût appartenu à une classe plus aisée, eussent peut-être été considérés comme péchés véniels. Un autre, chétif et exalté, a quitté pour la troisième fois Lille pour venir se griser de la vision d&#8217;un Paris, dont il n&#8217;a vu que la gare, la salle d&#8217;attente d&#8217;un commissariat et un <em>panier à salade</em>. […]<br />
On a vidé leurs poches. Ils ont mis sous leur bras <strong>leur uniforme de prisonnier : une chemise, un caleçon en grosse toile, un vêtement de bure, un bourgeron, un pantalon de treillis et des sabots</strong>. Les gosses de quatorze à dix-huit ans ont été groupés et mis en route. Ils n&#8217;ont plus de nom ! […] »</p>
<p><a></p>
<p><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/tour-ronde-petite-roquette-1929.jpg" alt="Tour ronde de la prison de la Petite Roquette, 1929." title="tour-ronde-petite-roquette-1929" width="350" height="350" class="alignleft size-full wp-image-11722" /></a></p>
<h3>Le monastère des enfants maudits</h3>
<p>« Il y a près d&#8217;un demi-siècle que les jeunes détenus – jeunes et détenus, ces mots ne jurent-ils pas ensemble? – sont répartis, moines sans foi, dans les cellules de la Petite Roquette.<br />
La prison ne date que de 1830. Elle fut construite en vue de la destination qu&#8217;elle recevra bientôt pour être utilisée comme une succursale de la prison de Saint-Lazare. Ce fut, à l&#8217;époque de Charles X une prison modèle.<br />
<strong>Jusque-là, les enfants de Caïn erraient de prison en prison, sans que leur statut eût été défini</strong> ; ils étaient confondus, avant la Révolution, avec les malfaiteurs et les criminels et par conséquent livrés à une promiscuité dangereuse. <strong>On eut enfin la sagesse, sous le Directoire, de les répartir, dans des quartiers spéciaux, aux Madelonnettes et à Sainte-Pélagie.</strong> On se proposait alors, les considérant moins comme des coupables que comme des irresponsables, de <em>corriger leurs mauvais penchants et de refaire leur éducation</em>. <strong>En réalité, ils furent employés dans les deux prisons comme domestiques au service des condamnés de droit commun, au contact desquels ils ne pouvaient que se pervertir.</strong><br />
Sous l&#8217;Empire, on se proposa de faire construire un établissement pour les recevoir, mais ils furent sans domicile réel jusqu&#8217;au jour où, un enfant ayant été victime d&#8217;odieuses violences de la part d&#8217;un prisonnier, on décida de les enfermer à la Petite Roquette. […]</p>
<p><strong>Voyons la prison où devait être appliqué un programme si généreux.</strong><br />
Six bâtiments répartis sur les côtés d&#8217;un hexagone régulier en forment le corps principal. Ils sont ponctués aux angles chacun par une tour ronde d&#8217;un bel effet moyenâgeux. Au centre, s&#8217;élève une tour romantique, séparée des bâtiments par un fossé, mais qui communique avec eux par de légères passerelles. On a voulu qu&#8217;elle dominât l&#8217;édifice. C&#8217;est la chapelle du monastère fortifié, l&#8217;endroit où les enfants condamnés au silence, engagent, le dimanche, la conversation avec Dieu. »</p>
<p><a><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/cellule-petite-roquette-1929-detective.jpg" alt="Cellule de la prison de la Petite Roquette, photo Albert Harlingue, 1929" title="cellule-petite-roquette-1929-detective" width="615" height="399" class="aligncenter size-full wp-image-11721" /></a></p>
<p>« <strong>Les détenus ne doivent jamais communiquer entre eux ni se voir.</strong> Les bâtiments, de trois étages, ont donc été aménagés en cellules. Ils comprennent dix-huit divisions. Les enfants de quatorze à dix-huit ans, répartis dans les sept premières divisions, occupent le premier étage, et les adultes, les étages supérieurs. <strong>Il y a trente-quatre cellules par division, donc de la place pour cinq cents détenus.</strong> Heureusement, ce chiffre n&#8217;est que très rarement atteint.<br />
Ah ! la pénible impression que l&#8217;on emporte du passage dans les divisions de la Petite Roquette ! Les cellules sont groupées, dans chaque division, de chaque côté de deux couloirs qui se coupent à angle droit. Des verrous à levier, impressionnants comme des instruments de torture, en assurent la fermeture. Leurs portes sont percées de deux trous pour que les gardiens puissent y exercer une surveillance continuelle.</p>
<p><a></p>
<p><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/petite-roquette-1929-couloir.jpg" alt="Alignement des cellules de la Petite Roquette, 1929" title="petite-roquette-1929-couloir" width="350" height="244" class="alignright size-full wp-image-11728" /></a></p>
<p><strong>Les cellules sont des cages infectes, à peine convenables pour un animal.</strong> Longueur, 3 mètres, largeur 2 m. 50. Le jour n&#8217;y arrive que par les vitres dépolies d&#8217;une fenêtre, dont l&#8217;espagnolette est cadenassée. Elles ne sont pas éclairées la nuit. <strong>Elles ne sont pas chauffées, quelle que soit la rigueur de la température.</strong> L&#8217;air doit y pénétrer par un vasistas placé à la partie supérieure de la fenêtre ; mais en réalité, le vasistas ne s&#8217;ouvre jamais et, le plus souvent brisé, il est remplacé par un rectangle de bois ou de carton. L&#8217;ameublement de chaque cellule, des plus rudimentaires, est constitué par un lit de fer, une table, un tabouret retenu au mur par une chaîne, une planche à bagages, une cuvette, un broc et un vase de nuit.<br />
<strong>On m&#8217;a fait pénétrer dans quelques-uns de ces tombeaux. J&#8217;y ai vu des enfants qui n&#8217;avaient plus visages humains, hirsutes, sales, couverts de poils, jetant sur moi un regard égaré.</strong><br />
Avaient-ils tous une âme de criminels ? J&#8217;appelle sur ce point le témoignage du protestant M. Matter, du catholique aumônier Brunet, aussi bien que celui du directeur de l&#8217;administration pénitentiaire, M. Cazeaux.<br />
Sont détenus à la Petite Roquette les condamnés âgés de dix-huit à vingt ans dont la peine de prison ne dépasse pas une année ; les prévenus de crimes et délits qui n&#8217;ont pas atteint l&#8217;âge de la majorité ; les vagabonds mineurs en état de prévention et les enfants emprisonnés à la demande de leurs parents, par voie de correction paternelle. Ces trois dernières catégories sont appelées, après avoir comparu devant le tribunal pour enfants, à fournir des recrues soit aux maisons de correction, soit aux patronages, ou à être rendus à leur famille. […]<br />
<strong>À quel régime d&#8217;aussi grands coupables sont-ils soumis ? Au même régime que les assassins de vieilles femmes ou les voleurs de portefeuilles !</strong> »</p>
<p><a></p>
<p>
<img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/petite-roquette-1929-ateliers.jpg" alt="L&#039;atelier des jeunes détenus de la Petite Roquette." title="petite-roquette-1929-ateliers" width="615" height="447" class="aligncenter size-full wp-image-11730" /></a></p>
<p>« <strong>Lever à 6 heures en été, à 6 heures et demie en hiver.</strong> Les gardiens ouvrent toutes grandes les cellules. Au nettoyage ! Le plancher est balayé, le lit défait. Au travail ! La tâche est distribuée par le contremaître, un détenu adulte, généralement malfaiteur endurci, qui connaît assez bien les habitudes de la prison pour se concilier la bonne grâce des gardiens. Les verrous grincent dans les glissières fermant la porte des cellules. De nouveau, les enfermés sont isolés du monde. Ils confectionneront des pistolets <em>Eurêka</em>, ils colleront des bandes de catalogues, ils assembleront des <em>chutes</em> de ficelle ramassées dans les grands magasins. <strong>On fait de tout à la Petite Roquette, ou du moins on y fait toutes les besognes qui ne nécessitent aucun apprentissage :</strong> confection de filets à provisions, ébarbage de métaux, cannage de chaises, tressage de perles pour couronnes, fabrication de chaînes en acier ou en doublé, de bourses métalliques, de cottes de mailles, collage de fleurs artificielles, de drapeaux-réclame, et même de la tapisserie !<br />
À 7 heures et demie un employé, choisi parmi les détenus et connu sous le nom d&#8217;<em>auxi</em>, ouvre de nouveau la cellule et distribue aux enfants maudits <strong>une demi-boule de pain et une ration d&#8217;eau</strong>.<br />
Le même manège recommence à 10 heures pour la soupe, à 17 heures pour la distribution d&#8217;<strong>une gamelle de haricots ou de pois cassés</strong>. Et il faut manger vite, car on attend pas pour le ramassage des gamelles ! Entre temps, on peut voir un spectacle, qui serait du plus haut comique s&#8217;il n&#8217;était aussi affligeant et que le savant docteur Bizard a décrit de la façon suivante : <em>Comme il n&#8217;y a pas de commodités à la Petite Roquette, les vases de nuit restent dans les cellules jusqu&#8217;à la fin de la matinée. À l&#8217;appel d&#8217;une sonnerie, tous les petits bonshommes, tenant en main le récipient, s&#8217;en vont en file indienne le vider dans la fosse de la cour.</em><br />
L&#8217;heure de la récréation varie suivant les divisions. Récréation ! Autrefois, on avait inventé un jeu cruel, qui consistait à répartir les condamnés dans des préaux disposés comme les rails d&#8217;une roue. Le moyeu de cette roue était une guérite circulaire, d&#8217;où le surveillant regardait à la fois tous les prisonniers séparés les uns des autres par de hautes murailles. On leur permettait cependant de regarder le ciel au-dessus de leur tête !<br />
<strong>Aujourd&#8217;hui, les enfants maudits prennent leur récréation, division par division, dans des préaux intérieurs, où ils sont autorisés à jouer, sans bruits et sans cris, sinon sans paroles. Des enfants !</strong><br />
Le soir vient, et la nuit. L&#8217;hiver, les cellules sont obscures à partir de 15 heures. Le travail cesse. Que va faire l&#8217;enfant ? Lire, jouer ? Non pas. Quoi ? Rien. Il attendra l&#8217;heure fixée par le règlement pour se mettre au lit, debout, silencieusement, devant la fenêtre qui tamise un jour incertain, n&#8217;abandonnant son immobilité que pour arpenter sa cage comme une bête prisonnière. <strong>Malheur à lui si, pour activer des rêveries provoquées par le vide d&#8217;une existence sans idéal, il s&#8217;étend sur le lit !</strong> Il risque le pain sec. Malheur à lui si le gardien perçoit les mots hâtifs qu&#8217;il jette, à travers le guichet ou à travers la cloison, à son voisin d&#8217;infortune ! <strong>Il risque le cachot noir.</strong> »</p>
<h3>Joies et tristesses de la vie du prisonnier</h3>
<p>« <strong>Les cachots ! Il y en a dix, disposés à côté du guichet central des gardiens. Je n&#8217;en ai vu qu&#8217;un. J&#8217;ai reculé d&#8217;effroi.</strong> J&#8217;ai lu le rapport d&#8217;un directeur sur ces cercles de l&#8217;enfer. <em>Les cellules de punition</em>, disait-il, <em>sont très impressionnantes et les enfants en général en éprouvent un certaine frayeur. Il convient de n&#8217;en user qu&#8217;avec une certaine circonspection.</em><br />
Avec circonspection ! Les cellules sont peintes en noir, et meublées d&#8217;un seul matelas de varech posé à même le carreau. Si l&#8217;enfant gronde on ferme le vasistas qui y laisse entrer un peu de lumière et c&#8217;est la nuit complète. En vain le reclus épouvanté appelle, se lamente. Personne ne répond à ses appels, ses sanglots s&#8217;étouffent. Il se tait et s&#8217;endort.<br />
Et le savant docteur Bizard écrivait encore : <em>Jamais vraiment à Saint-Lazare, qui est loin d&#8217;être le paradis des douceurs on oserait enfermer dans un semblable réduit la femme la plus récalcitrante et la plus intraitable.</em><br />
Cachot, pain sec, privation de parloir, de correspondance, de cantine, ce sont les peines infligées par le tribunal qui juge les délits commis dans la prison : le prétoire. Le prétoire tient ses séances le matin dans le cabinet du directeur. Le <em>maugrée</em> (directeur) est le président de ce tribunal d&#8217;exception où deux <em>gaffes</em> (le gardien chef et un autre gardien) font office de greffier et d&#8217;assesseur. Les prévenus attendent dans le couloir, les mains croisées sur la poitrine, le visage tourné contre le mur, qu&#8217;un surveillant ait crié leur matricule. <strong>Défense de parler, de se voir et de sourire.</strong><br />
La privation de cantine, c&#8217;est la privation de <em>choco</em> (chocolat), de supplément de vivres et de pain, la privation de vin pour les adultes. L&#8217;<em>auxi</em> jettera vainement, pour le puni, son cri joyeux de colporteur : <em>La fantoche !</em> <strong>On n&#8217;a pas le droit d&#8217;avoir faim, à quatorze, à seize, dix-huit ans quand on fait la forte tête !</strong><br />
Privation de correspondance : les <em>vieux</em> peuvent écrire. Ils ne recevront pas de réponse. Privation de parloir : ils peuvent venir, ils repartiront comme ils seront venus.<br />
<strong>Il est terriblement impressionnant le parloir de la Petite Roquette.</strong> Il est situé au-dessous de la chapelle, dans la tour centrale de la prison. C&#8217;est une sorte de cave circulaire partagée en onze cases. Au milieu de la pièce un gardien juché sur un kiosque surveille l&#8217;échange des confidences.<br />
Les condamnés sont séparés de leur famille par une balustrade de bois, derrière laquelle s&#8217;étend encore une grille à mailles serrées, si bien qu&#8217;il est impossible de se toucher, de s&#8217;embrasser ou à plus forte raison de se passer un objet quelconque. Chaque détenu à droit à deux deux demi-heures de tendresse par semaine. Parfois, la femme d&#8217;un de ces petits hommes, entrée en fraude, modestement vêtue, lui apporte des nouvelles des <em>aminches</em> parvenant à lui faire glisser – malgré la grille – des lettres, du tabac et de l&#8217;argent. D&#8217;autres fois un père adresse des reproches à son fils. D&#8217;autres fois encore une mère qui est venue trouver dans cette antichambre de la centrale et du bagne son fils disparu, s&#8217;évanouit en le voyant vêtu de bure et tanguant dans ses lourds sabots. Et l&#8217;enfant pousse des cris d&#8217;angoisse : <em>Maman ! Maman !</em><br />
<strong>Jours de parloir, jours de correspondance, jours de bonheur !</strong> Il y a aussi de beaux jours pour les malades, quand ils sont <em>reconnus</em> à la visite médicale qui a lieu chaque jour dans une infirmerie extrarudimentaire. Mais on n&#8217;est pas souvent reconnu. Il faut avoir sérieusement la <em>crève</em>, comme on dit à la Petite Roquette, pour faire partie de la <em>viande qu&#8217;on soigne</em> à l&#8217;infirmerie de Fesnes et les gardiens, peu disposés à se déranger <em>pour rien</em> n&#8217;épargnent pas les <em>tireurs au flanc</em>.<br />
<em>J&#8217;ai emporté un souvenir de la Petite Roquette</em> m&#8217;écrivait l&#8217;autre jour un ancien : <em>c&#8217;est une lésion au poumon. Cela vient des cachots de la Roquette. Tuberculeux ! Ce n&#8217;est pas drôle. Enfin, c&#8217;est bien fait pour moi, puisque j&#8217;ai fait la forte tête ! »</em></p>
<p><a></p>
<p><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/petite-roquette-1929-ecole.jpg" alt="L&#039;école des illettrés de la Petite Roquette en 1929." title="petite-roquette-1929-ecole" width="615" height="452" class="aligncenter size-full wp-image-11731" /></a></p>
<p>« Il devrait y avoir des jours de bonheur pour les illettrés : les jours d&#8217;école. Ils sont rares, dans l&#8217;enfer des enfants maudits. <strong>Va-t-on se soucier encore de leur éducation ? Comme s&#8217;il était possible d&#8217;avoir de semblables prévenances pour du gibier de bagne !</strong><br />
Les enfants maudits s&#8217;en consolent en attendant les jours où le <em>panier à salade</em> les prend dans la cour pour les transporter au Palais, où le <em>figé</em> (le juge), les interroge en présence du <em>blanchisseur</em> (l&#8217;avocat). Ils s&#8217;en consolent en attendant la visite de l&#8217;excellent M. Matter, pour qui les cellules s&#8217;ouvrent et qui sait prononcer les mots de confiance qui raniment. Ils s&#8217;en consolent en attendant la messe du dimanche et le sermon de l&#8217;abbé Brunet – un <em>pote</em>, celui-là, qui n&#8217;ignore rien de l&#8217;argot et qui obéit plus volontiers à la loi de Dieu qu&#8217;à la loi des hommes&#8230;<br />
Il y avait longtemps que je désirais connaître l&#8217;abbé Brunet. C&#8217;est fait. Ah ! le bon curé ! Mais loyal, cœur généreux. La main se serre et frappe parfois, sans ménagement les insolents. Le cœur s&#8217;ouvre toujours&#8230;<br />
L&#8217;abbé Brunet est le maître après Dieu de la salle cellulaire installé dans la tour centrale. »<br />
<a></p>
<p><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/chapelle-cellulaire-petite-roquette-mini.jpg" alt="La chapelle de la prison de la Petite Roquette, 1929." title="chapelle-cellulaire-petite-roquette-mini" width="350" height="354" class="alignleft size-full wp-image-11732" /></a></p>
<p>Son royaume est constitué par un amphithéâtre où deux cent soixante-seize détenus sont enfermés dans des boîtes carrées disposées de telle manière qu&#8217;ils peuvent apercevoir le prêtre et l&#8217;autel, mais sans pouvoir se voir entre eux. <strong>On éprouve une impression douloureuse devant le spectacle de ces êtres captifs, comme des abeilles dans leurs alvéoles, dont les têtes émergent et tournent, sans rencontrer le visage du voisin, qui n&#8217;est séparé d&#8217;eux que par une mince cloison.</strong><br />
Les détenus se rendent l&#8217;un derrière l&#8217;autre à l&#8217;amphithéâtre, les bras croisés. En pénétrant dans leur stalle et en s&#8217;y enfermant, ils ouvrent du même coup la case que doit occuper le suivant. En trois minutes, la chapelle est entièrement occupée.<br />
Il n&#8217;y a pas que la distraction de la messe : il y a celle du catéchisme et de la communion. L&#8217;abbé Brunet se hâte d&#8217;instruire les catéchumènes, n&#8217;étant pas sûr de les garder longtemps ! La communion appelle la confirmation. La cérémonie n&#8217;en est que plus belle, car l&#8217;archevêque entouré de ses vicaires, vient éclairer cette atmosphère de tristesse de la somptuosité de ses vêtements brodés d&#8217;or.<br />
<strong>Les enfants détenus pendant la guerre à la Petite Roquette connurent des distractions d&#8217;un autre goût, lorsqu&#8217;une partie de la prison fut concédée aux Américains</strong>, qui y placèrent leurs déserteurs et leurs mauvais garçons.<br />
L&#8217;électricité (qu&#8217;il n&#8217;a jamais été possible d&#8217;installer dans la prison) surgie comme par miracle, répandit la lumière à flots dans le quartier américain. Parfois on entendait un bruit de bataille dans un couloir : des gardiens (américains) armés de gourdins assommaient un récalcitrant ! Des sentinelles étaient d&#8217;ailleurs postées sur de hautes plates-formes , revolver ou carabine au poing. Un fait raconté par le docteur Bizard garde encore toute sa saveur : <em>Dès qu&#8217;un prisonnier se montrait aux fenêtres, un coup de sifflet retentissait. La sentinelle épaulait et tirait. Toutes les consignes étaient données par un coup de mousqueton. Ça valait mieux que de tirer la cloche !</em> Évidemment quelque animation en fut apportée à la prison. De la gaieté ? Mais peut-on parler de gaieté à la Petite Roquette ?… »</p>
<h3>Lettres de prisonniers</h3>
<p>« Mentionnons que les prévenus retenus pour de menus délits ou pour vagabondage y restent généralement enfermés pendant cinq à six semaines, même s&#8217;ils sont l&#8217;objet d&#8217;un non-lieu. C&#8217;est plus qu&#8217;il n&#8217;en faut pour corrompre un homme, à plus forte raison un enfant.<br />
La prison étant placée sous régime cellulaire, les condamnés à plus de trois mois de prison y bénéficient automatiquement de la réduction d&#8217;un quart de la peine. <strong>À la Petite Roquette un an égale neuf mois. Mais quels mois !</strong><br />
<strong>Utilise-t-on le temps de séjour de ces malheureux pour leur apprendre un métier qui leur permettra de se comporter honorablement dans la société ? Se préoccupe-t-on de leur donner une aide morale, de modifier leurs tendances, de réveiller leurs bons sentiments oubliés ?</strong> Hélas ! non et <strong> c&#8217;est là le vice principal de cette institution qui n&#8217;a jamais répondu à l&#8217;objet de sa fondation.</strong> Les travaux qu&#8217;on fait faire aux détenus ne sont que des tâches de manœuvres, desquelles ils ne peuvent retirer aucun enseignement. Elles sont mal rémunérées, si bien qu&#8217;après six semaines de détention le condamné ne part qu&#8217;avec une dizaine de francs : son gain de 45 jours ! Il existe bien un atelier où quelques détenus sont employés à des travaux de tronçonnage ou de perçage. Il est insuffisant et ne peut recevoir qu&#8217;une dizaine de condamnés. <strong>Quant à l&#8217;éducation morale des enfants maudits, c&#8217;est la dernière chose de quoi on se préoccupe.</strong><br />
Cependant il n&#8217;y a pas que des mauvais garçons à la Petite Roquette. J&#8217;en ai eu la preuve l&#8217;autre jour en consultant la copieuse correspondance de l&#8217;abbé Brunet.<br />
L&#8217;un apprenant l&#8217;arrestation d&#8217;un certain L…, <em>ex-contremaître aux ficelles</em> prie l&#8217;abbé d&#8217;aller serrer la main à son <em>pote</em>. <em>Et je voudrais, si toutefois cela est possible lui envoyer quelques douceurs par votre intermédiaire</em>. […]<br />
Lettre de forçat : <em>Je ne souhaite à aucun pote de la Petite Roquette de venir ici au bagne, et pourtant, si cela arrivait, c&#8217;est avec le plus grand plaisir qu&#8217;en ma qualité d&#8217;ancien (j&#8217;ai 22 ans !) je ferais mon possible pour lui faire paraître moins pénibles les premiers instants de l&#8217;exil.</em> […]»</p>
<h3>Un purgatoire des enfants maudits</h3>
<p>« J&#8217;aurai sans doute visité une dernière fois les enfants maudits à la Petite Roquette, car ils ne doivent plus y rester longtemps. Enfin, des décisions ont été prises. La prison réaménagée, est devenue une prison de femmes, où seront détenues les prévenues de crimes et délits qui actuellement vivent dans la promiscuité des filles publiques à Saint-Lazare. Les jeunes condamnés dont elles prendront la place iront à Fresnes, où des pavillons sont spécialement construits pour eux.<br />
Reste à loger les enfants maudits que la Petite Roquette réservait jusqu&#8217;ici aux maisons de correction, aux patronages. Vont-ils aller eux aussi à Fresnes prenant définitivement cette fois la route qui, conduit aux centrales et des centrales aux bagnes ?<br />
Eh bien, non, et c&#8217;est le directeur de l&#8217;administration pénitentiaire, M. Cazeaux, qui m&#8217;a laissé entrevoir cette bonne nouvelle – <strong>les chapardeurs, les vagabonds, les fortes têtes, qui ont l&#8217;excuse de n&#8217;avoir pas vingt ans, n&#8217;iraient plus dans les prisons, où une loi inhumaine veut qu&#8217;ils soient traités plus durement que les hommes</strong>.<br />
À ces dégénérés, fils d&#8217;alcooliques, de voleurs, de criminels, on offrirait enfin la sauvegarde d&#8217;un purgatoire : une maison où il n&#8217;y aurait plus de gardiens en uniforme, plus de cellules, plus de barreaux, plus de cachot noir ; où les enfants maudits disposeraient de l&#8217;espace ; où ils croiraient jouir de la liberté ; où ils deviendraient peut-être d&#8217;excellents garçons.<br />
Il faut 25 millions pour que ce rêve devienne une réalité prochaine… <br />
Est-il trop beau pour être vrai ? <strong>Henri DANJOU</strong>. »</p>
<p>——————</p>
<p>Les photos qui illustrent le reportage sont d&#8217;<strong>Albert Harlingue</strong>. <br />
La photo d&#8217;Henri Danjou est de <strong>Carl Mydans</strong> (<a href="http://www.allposters.fr/-sp/Henri-Danjou-Buttoning-His-Jacket-Affiches_i7131692_.htm" target="_blank">source</a>).</p>
<p>Pour en savoir plus : « <a href="http://storage.canalblog.com/98/23/534743/32360113.pdf" target="_blank">Faut-il détruire la Petite-Roquette ?</a> », dossier réalisé par Philippe Poisson.</p>
<p>Lire sur ce blog : « <a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/des-prisons/lexode-de-36-detenues-de-la-petite-roquette-transferees-a-libourne-en-juin-1940-1438" target="_blank">L&#8217;exode de 36 détenues de la Petite Roquette transférées à Libourne en juin 1940</a> ».</p>
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		<item>
		<title>&#171;&#160;Les responsables de la défaite écroués au Fort du Portalet&#160;&#187; sur ordre de Pétain, le 16 octobre 1941</title>
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		<pubDate>Fri, 13 Apr 2012 20:23:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jacky Tronel</dc:creator>
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		<category><![CDATA[détention dans une enceinte fortifiée]]></category>
		<category><![CDATA[Fort du Portalet]]></category>
		<category><![CDATA[L'Illustration du 25 octobre 1941]]></category>
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		<category><![CDATA[prison d'État]]></category>
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		<description><![CDATA[Investi des pleins pouvoirs par la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940, Pétain s&#8217;octroie, dès le lendemain, le titre de Chef de l&#8217;État français. L&#8217;acte constitutionnel n° 5 du 30 juillet 1940, article 2, prévoit la création d&#8217;une Cour suprême de justice. Le 8 août 1940, il est décidé que [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a></p>
<p><a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/carte-fort-du-portalet.jpg" rel='prettyPhoto[gallery1]'><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/detail-carte-fort-du-portalet.jpg" alt="Carte situant le Fort du Portalet, prison d&#039;État" title="detail-carte-fort-du-portalet" width="353" height="350" class="alignright size-full wp-image-11662" /></a></p>
<blockquote><p>Investi des pleins pouvoirs par la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940, <strong>Pétain s&#8217;octroie,</strong> dès le lendemain, <strong>le titre de Chef de l&#8217;État français.</strong> </p>
<p>L&#8217;acte constitutionnel n° 5 du 30 juillet 1940, article 2, prévoit la <strong>création d&#8217;une Cour suprême de justice</strong>. Le 8 août 1940, il est décidé que cette cour siégera <strong>à Riom</strong> (Puy-de-Dôme). </p>
<p>L&#8217;acte constitutionnel n° 7 du 27 janvier 1941 stipule, dans son article 3, que <em>« dans le cas où l&#8217;un</em> [des hauts fonctionnaires de l'État] <em>viendrait à trahir les devoirs de sa charge, <strong>le chef de l&#8217;État, après enquête dont il arrêtera la procédure, peut prononcer toute réparation civile, toutes amendes et appliquer les peines suivantes à titre temporaire ou définitif </strong>: privation des droits politiques, mise en résidence surveillée en France ou aux colonies, internement administratif, <strong>détention dans une enceinte fortifiée</strong>. »</em></p>
</blockquote>
<h3>Le couple Pétain-Laval en juillet 1940</h3>
<p><a><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/petain-laval-juillet-1940.jpg" alt="Le maréchal Pétain et le vice-président du conseil, Pierre Laval, en grande discussion" title="petain-laval-juillet-1940" width="350" height="298" class="alignleft size-full wp-image-11685" /></a></p>
<p>Alors que l&#8217;instruction piétine, <strong>Philippe Pétain</strong> s&#8217;impatiente et, <em>« motu proprio »</em>, <strong>ordonne la détention au fort du Portalet</strong>, enceinte fortifiée convertie en prison d&#8217;État, <strong>de Léon Blum, Édouard Daladier et du général Maurice Gamelin. Georges Mandel et Paul Reynaud les y rejoindront</strong>.</p>
<p><strong>Laval est le principal acteur de la manœuvre qui va aboutir au vote des pleins pouvoirs à Philippe Pétain le 10 juillet 1940</strong> par le biais de la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940. Deux jours plus tard, <strong>le 12 juillet 1940, Laval est appelé par Pétain et nommé vice-président du Conseil</strong>. Le maréchal Pétain demeure à la fois chef de l’État et du gouvernement.
</p>
<p style="text-align: left;"><span style="font-size: x-small;">Le maréchal Pétain et Pierre Laval, en grande discussion. Vichy, juillet 1940. <a href="http://la-guerre-au-jour-le-jour.over-blog.com/1120-categorie-720012.html" target="_blank">Source</a></p>
<h3>Lu dans <em>L&#8217;Illustration</em> du 25 octobre 1941 :</h3>
<p><em>Dans son message du 12 août dernier au peuple français, le maréchal Pétain avait dit : « <strong>J&#8217;ai décidé d&#8217;user des pouvoirs que me donne l&#8217;acte constitutionnel n° 7 pour juger les responsables de notre désastre.</strong> Un conseil de justice politique est créé à cet effet. Il me soumettra ses propositions avant le 15 octobre. »</p>
<p><a><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/fort-du-portalet-urdos.jpg" alt="Le Fort du Portalet, prison d&#039;État." title="fort-du-portalet-urdos" width="350" height="549" class="alignright size-full wp-image-11676" /></a></p>
<p>Le Maréchal a tenu parole. Dans un nouveau message en date du 16 octobre, il a fait connaître en ces termes sa sentence : « Le conseil de justice politique m&#8217;a remis ses conclusions à la date précise que j&#8217;avais fixée dans mon discours du 12 août. Ces conclusions sont claires, complètes, fortement motivées. Composé d&#8217;anciens combattants d&#8217;élite et de grands serviteurs du bien public, <strong>le conseil de justice a estimé, à l&#8217;unanimité, que la détention dans une enceinte fortifiée, la peine la plus forte prévue par l&#8217;acte constitutionnel n° 7, devait être appliquée à MM. Édouard Daladier et Léon Blum, ainsi qu&#8217;au général Gamelin. J&#8217;ordonne en conséquence la détention de ces trois personnes au fort du Portalet.</strong></p>
<p>En ce qui concerne M. Guy la Chambre et le contrôleur général Jacomet, dont les responsabilités apparaissent moins graves, l&#8217;avis du conseil a été différent. <strong>MM. Guy la Chambre et Jacomet resteront internés à Bourrassol</strong></em> [sur la commune de Ménétrol, dans le Puy-de-Dôme].</p>
<p><em>Mais le conseil de justice politique m&#8217;a demandé de préserver le pouvoir judiciaire des empiétements du pouvoir politique. Ce respect de la séparation des pouvoirs fait partie de notre droit coutumier. C&#8217;est donc très volontiers que j&#8217;ai répondu à cet appel qui correspond à mes sentiments intimes. En conséquence, <strong>la cour de Riom reste saisie</strong>. Je vais même plus loin. J&#8217;estime que non seulement la cour de Riom ne pouvait être dessaisie, mais que l&#8217;intérêt national exige qu&#8217;elle puisse juger dans les délais les plus brefs. <strong>La gravité des faits reprochés aux principaux responsables de notre désastre apparaît telle, en effet, qu&#8217;elle ne saurait être masquée ou aveuglée par de simples sanctions politiques. »</strong></p>
<p><strong>Le fort du Portalet</strong>, où seront désormais détenus MM. Léon Blum, Édouard Daladier et le général Gamelin, porte aussi le nom d&#8217;<strong>Urdos</strong>. Il est situé dans les Pyrénées, à 794 mètres d&#8217;altitude, sur un roc surplombant de quelque 150 mètres le gave d&#8217;Oléron ; il se trouve à une douzaine de kilomètres du col du Somport, qui marque la frontière entre la France et l&#8217;Espagne. L&#8217;unique route, qui relie Pau à Jaca par la vallée d&#8217;Aspe, a été en maints endroits taillée dans le roc. Le fort communique avec cette route par le pont d&#8217;Enfer, sur le gave, et un escalier de cinq cent six marches.</em></p>
<h3>« L&#8217;arroseur arrosé »</h3>
<p><strong>Jugé à la Libération par la Haute Cour de justice, pour intelligence avec l&#8217;ennemi et haute trahison, le maréchal Pétain est, par arrêt du 15 août 1945, frappé d&#8217;indignité nationale, condamné à la confiscation de ses biens et à la peine de mort</strong>. La cour recommande la non-application de cette dernière en raison de son grand âge. <strong>Sa peine est commuée en emprisonnement à perpétuité par le général de Gaulle</strong>, chef du Gouvernement provisoire de la République. </p>
<p><strong>Philippe Pétain est interné au fort du Portalet du 15 août au 16 novembre 1945, puis transféré au Fort de la Citadelle, sur l&#8217;île d&#8217;Yeu</strong> (Vendée).</p>
<p>Sa santé décline à partir du début de l&#8217;année 1951. Eu égard à cette situation et en vue d&#8217;adoucir une fin prévisible, le Conseil supérieur de la Magistrature présidé par <strong>Vincent Auriol</strong>, président de la République, autorise le 8 juin 1951 l&#8217;« élargissement » du prisonnier et son assignation à résidence « dans un établissement hospitalier ou tout autre lieu pouvant avoir ce caractère ». <strong>Le transfert dans une maison privée de Port-Joinville a lieu le 29 juin 1951, où il meurt le 23 juillet 1951, à l&#8217;âge de 95 ans.</strong> Pétain est inhumé le surlendemain dans le cimetière marin de l&#8217;île d&#8217;Yeu.</p>
<p>———————</p>
<p>Pour accéder à l&#8217;article de <em>L&#8217;Illustration</em>, suivre ce <a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/fort-portalet-1941.jpg" target="_blank" rel='prettyPhoto[gallery1]'>lien…</a><br />
Lire sur ce blog : <em><a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/actualites/focus-sur-les-rencontres-historiques-du-fort-du-portalet-5507" target="_blank">Focus sur les Rencontres Historiques du Fort du Portalet</a></em></p>
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		<title>Qui étaient les &#171;&#160;tondues de Bordeaux&#160;&#187; du 29 août 1944 ?</title>
		<link>http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/recherches/11627-11627</link>
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		<pubDate>Mon, 09 Apr 2012 14:57:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jacky Tronel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dernières parutions]]></category>
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		<category><![CDATA[29 août 1944]]></category>
		<category><![CDATA[l'épuration sauvage]]></category>
		<category><![CDATA[la tondue de Chartres]]></category>
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		<category><![CDATA[Robert Capa]]></category>

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		<description><![CDATA[Il y a quelques années de cela, alors que je travaillais sur « L&#8217;Épuration et les femmes en Dordogne » (article publié dans la revue d&#8217;Histoire Arkheia n° 17-18, 2006), je découvrais dans un lot de photographies de femmes tondues à Bergerac la photo de deux femmes tondues et dénudées, conduites je [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel='prettyPhoto[gallery1]'><a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/epuration-bordeaux-femmes-nues-tondues-29-08-1944.jpg" rel='prettyPhoto[gallery1]'><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/epuration-bordeaux-femmes-nues-tondues-29-08-1944.jpg" alt="Les tondues de Bordeaux, 29 août 1944." title="epuration-bordeaux-femmes-nues-tondues-29-08-1944" width="350" height="350" class="alignright size-full wp-image-11628" /></a></p>
<blockquote><p>Il y a quelques années de cela, alors que je travaillais sur <strong><em>« L&#8217;Épuration et les femmes en Dordogne »</em></strong> (article publié dans la revue d&#8217;Histoire <em><a href="http://www.arkheia-revue.org/-Arkheia-no17-18-.html" target="_blank">Arkheia</a></em> n° 17-18, 2006),  je découvrais dans un lot de photographies de femmes tondues à Bergerac <strong>la photo de deux femmes tondues et dénudées, conduites je ne sais où par une foule excitée</strong>. <br />Impossible de connaître l&#8217;identité de ces femmes, le lieu de la prise de vue et le sort qui leur a été réservé.</p>
</blockquote>
<p>Quand il s’agit d’évoquer la Libération, curieusement, ce sont toujours les mêmes images qui viennent à l’esprit : les scènes de liesse populaire, les défilés de résistants paradant dans les rues des villes et des villages libérés, les cérémonies patriotiques, les bals et les flonflons sur les places publiques… les tontes des « collaboratrices » !</p>
<p><strong>Ces images sont choquantes, il est vrai. Mais elles participent au nécessaire travail de mémoire&#8230;</strong></p>
<h3>La « tondue de Chartres »</h3>
<p><a></p>
<p><a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/la-tondue-de-chartres-robert-capa.jpeg" rel='prettyPhoto[gallery1]'><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/la-tondue-de-chartres-robert-capa.jpg" alt="La « tondue de Chartres », photographiée par Robert Capa" title="la-tondue-de-chartres-robert-capa" width="400" height="276" class="alignleft size-full wp-image-11633" /></a></p>
<p>Cette photographie dite de <strong>la « Tondue de Chartres »</strong>, prise par <strong>Robert Capa</strong> le 16 août 1944, est sans doute le document le plus représentatif du phénomène de l’épuration sauvage de l’été 1944. Deux historiens Chartrains, <strong>Gérard Leray et Philippe Frétigné</strong>, se sont livrés à une étude minutieuse de micro-histoire pour chercher à en savoir plus sur les protagonistes de la scène. Ils sont parvenus à en reconstituer le fil… et en ont fait un livre, <strong><em><a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/livre-la-tondue-de-chartres.jpg" target="_blank" rel='prettyPhoto[gallery1]'>La tondue, 1944-1946</a></em></strong>, 224 p, <em>Éditions Vendemiaire</em>, Paris, septembre 2011.</p>
<h3>Les « tondues de Bordeaux »</h3>
<p><a></p>
<p><a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/epuration-bordeaux-femmes-nues-tondues.jpg" rel='prettyPhoto[gallery1]'><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/epuration-bordeaux-femmes-nues-tondues-1944.jpg" alt="&quot;Les tondues de Bordeaux du 29 août 1944." title="epuration-bordeaux-femmes-nues-tondues-1944" width="615" height="374" class="aligncenter size-full wp-image-11637" /></a></p>
<p>Plusieurs mois après la publication de cette étude sur « l&#8217;Épuration et les femmes en Dordogne », un document me parvenait, non sourcé, ainsi légendé : <strong><em>« Scène survenue à Bordeaux (France), le 29 août 1944 : la mère et la fille furent promenées nues dans les rues avant d&#8217;être abattues à la mitraillette et jetées dans la Gironde. »</em></strong></p>
<p><a><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/epuration-brx.0.jpg" alt="Cette photo de femmes tondues à Bordeaux, le 29 août 1944, aurait été publiée dans le journal Sud-Ouest" title="epuration brx.0" width="300" height="212" class="alignright size-full wp-image-11641" /></a></p>
<p>Il est probable que cette photo ait été publiée dans le journal <em>Sud-Ouest</em>… mais je n&#8217;en ai pas la preuve. <strong>Je souhaiterais en savoir plus sur l&#8217;identité de ces deux femmes, une mère et sa fille (?), sur ce qui leur était reproché, sur le contexte de cette scène publique, et enfin, sur ce qu&#8217;elles sont réellement devenues</strong>&#8230;</p>
<p>Merci à celle ou celui qui pourra m&#8217;en dire plus sur ces deux malheureuses « victimes » de l&#8217;Épuration sauvage de l&#8217;été 44. Quoi qu&#8217;elles aient pu faire, elles méritaient, au pire, un jugement en bonne et due forme, rien de plus&#8230; Autre temps, autres mœurs !</p>
<p>À lire sur ce blog : <strong><em><a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/recherches/regard-sur-lepuration-et-les-femmes%C2%A0tondues-en-dordogne-4191" target="_blank">« Regard sur l’Épuration et les femmes tondues en Dordogne »</a></em></strong></p>
<p>Contact : <strong>Jacky Tronel</strong> &#8211; 06 75 22 98 46 &#8211; tronel.jacky@wanadoo.fr<br />
ou bien laissez un commentaire ci-dessous, merci.</p>
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		<title>L&#8217;île d&#8217;Oléron : lieu de détention provisoire des individus frappés de déportation</title>
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		<pubDate>Fri, 06 Apr 2012 18:47:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jacky Tronel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dernières parutions]]></category>
		<category><![CDATA[VARIA]]></category>
		<category><![CDATA[Bertrand Barère]]></category>
		<category><![CDATA[citadelle du château d'Oléron]]></category>
		<category><![CDATA[loi du 28 nivôse an VII]]></category>
		<category><![CDATA[loi qui désigne l'île d'Oléron comme lieu de détention provisoire]]></category>
		<category><![CDATA[prison d'Oléron]]></category>

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		<description><![CDATA[Le Bulletin des Lois de la République N° 253, prescrit : « Le Directoire exécutif, considérant que les circonstances et le mauvais état de la santé […] ne permettent pas d&#8217;effectuer en ce moment leur translation au lieu précédemment assigné aux déportés, arrête ce qui suit : Art. Ier – Les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a></p>
<p><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/citadelle-chateau-oleron-jean-claude-perez.jpg" alt="Entrée ouest par la porte fortifiée du Chateau d&#039;Oleron, photo Jean-Claude Perez." title="citadelle-chateau-oleron-jean-claude-perez" width="350" height="350" class="alignright size-full wp-image-11561" /></a></p>
<blockquote><p>Le<strong> <em>Bulletin des Lois de la République</em></strong> N° 253, prescrit : <em>« Le Directoire exécutif, considérant que les circonstances et le mauvais état de la santé </em> […] <em>ne permettent pas d&#8217;effectuer en ce moment leur translation au lieu précédemment assigné aux déportés, arrête ce qui suit : Art. Ier – <strong>Les individus frappés de déportation</strong> par les lois des 19 et 22 fructidor an V</em> […] <strong><em>se rendront</em> </strong>[…] <em><strong>à l&#8217;île d&#8217;Oléron, et y resteront provisoirement&#8230;</em> ».</strong> Le 28 nivôse an VII (17/01/1799).
</p>
</blockquote>
<p style="text-align: right;"><span style="font-size: x-small;"><em>Citadelle du château d&#8217;Oléron, entrée ouest par la porte fortifiée, photo Jean-Claude Perez.</em></p>
<p><a></p>
<p><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/bulletin-des-lois-n-253.jpg" alt="Bulletin des Lois de la République n° 253, nivôse an VII (janvier 1799)" title="bulletin-des-lois-n-253" width="615" height="214" class="aligncenter size-full wp-image-11572" /></p>
<p><a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/bulletin-lois-253-p-6-7.jpg" rel='prettyPhoto[gallery1]'><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/loi-detention-ile-oleron-17-janvier-1799.jpg" alt="Loi qui désigne l&#039;île d&#039;Oléron comme lieu de détention provisoire." title="loi-detention-ile-oleron-17-janvier-1799" width="615" height="155" class="aligncenter size-full wp-image-11575" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: x-small;"><em>Accédez au texte de loi en cliquant sur la photo ci-dessus pour l&#8217;agrandir.</em></p>
<h3>Texte de la loi du 28 Nivôse an VII :</h3>
<p><em>« LE DIRECTOIRE EXÉCUTIF, considérant que les circonstances, et le mauvais état de la santé de plusieurs des individus qui ont fait, en exécution de la loi du 19 brumaire dernier, la déclaration de se soumettre, en ce qui les concerne, aux dispositions des lois des 19 et 22 fructidor an V, ne permettent pas d&#8217;effectuer en ce moment leur translation au lieu précédemment assigné aux déportés,<br/><br />
ARRÊTE ce qui suit :</p>
<p><strong>ART. I.er</strong> – <strong>« Les individus frappés de déportation par les lois des 19 et 22 fructidor an V, et qui auront fait, dans le terme fixé par la loi du 19 brumaire an VII, la déclaration qu&#8217;elle prescrit, se rendront dans le délai de vingt jours, à compter de l&#8217;expiration du délai de deux mois qui leur a été accordé par cette loi, à l&#8217;île d&#8217;Oléron, et y resteront provisoirement jusqu&#8217;à ce qu&#8217;il soit autrement ordonné.</strong><br />
Les administrations qui ont reçu les déclarations ci-dessus mentionnées, leur fourniront les passe-ports nécessaires, et en préviendront le ministre de la police générale.<br />
<strong>II.</strong> A leur arrivée, lesdits individus seront placés sous la surveillance de l&#8217;administration municipale de ce canton.<br />
<strong>III.</strong> En exécution de l&#8217;article précédent, ils se présenteront les 5e et 10e jours de chaque décade, au lieu des séances de cette administration ; et il leur sera donné acte de leur présence.<br />
<strong>IV.</strong> Le même jour, l&#8217;administration transmettra au commandant de l&#8217;île, le procès-verbal de leur comparution, lequel devra contenir la signature de chacun d&#8217;eux.<br />
<strong>V.</strong> En cas de non-comparution, le commandant de l&#8217;île est chargé d&#8217;en vérifier les causes sans aucun délai.<br />
<strong>VI.</strong> Ce commandant est chargé en outre, de s&#8217;assurer par tous les moyens de surveillance qui sont en son pouvoir, de la conduite et des relations des déportés ; il en rendra compte, chaque décade, au ministre de la police générale.<br />
<strong>VII.</strong> Le ministre de la police générale est chargé de l&#8217;exécution du présent arrêté, qui sera imprimé au Bulletin des lois.</p>
<p>Pour expédition conforme, <strong>signé L. M. RÉVEILLÈRE-LÉPEAUX</strong>, président ; par le Directoire exécutif, le secrétaire général, <strong>LAGARDE</strong>. »</em></p>
<h3>Barère, Billaud-Varenne et Collot d&#8217;Herbois, prisonniers sur l&#8217;île d&#8217;Oléron, en 1795</h3>
<p>Dans ses <a href="http://books.google.fr/books?id=tVwiUIiRpHUC&#038;pg=PA31&#038;dq=prison+de+l'%C3%AEle+d'Ol%C3%A9ron&#038;hl=fr&#038;sa=X&#038;ei=kb1-T9HqKIOp8QPk87S-Bg&#038;ved=0CE8Q6AEwAA#v=onepage&#038;q=prison%20de%20l'%C3%AEle%20d'Ol%C3%A9ron&#038;f=false" target="_blank">mémoires</a>, <strong>Bertrand Barère de Vieuzac</strong>, rapporteur attitré du Comité de Salut public, relate son transfert mouvementé de Paris jusqu&#8217;au château d&#8217;Oléron, lieu de détention provisoire avant la déportation en Guyanne. En compagnie de <strong>Jacques-Nicolas Varenne et Collot d&#8217;Herbois</strong>, tous trois anciens membres du Comité de Salut public et partisans de la Terreur, il fait l&#8217;expérience de la détention sur l&#8217;île d&#8217;Oléron&#8230; avant qu&#8217;elle ne devienne officiellement <em>« lieu de détention provisoire des individus frappés de déportation</em> ».</p>
<h3>La citadelle du Château d&#8217;Oléron</h3>
<p><a><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/citadelle-oleron-claude-masse-1712.jpg" alt="La citadelle du Château d&#039;Oléron d&#039;après l&#039;ingénieur-géographe Claude Masse, 1712." title="citadelle-oleron-claude-masse-1712" width="615" height="375" class="aligncenter size-full wp-image-11579" /></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: x-small;">La citadelle du Château d&#8217;Oléron d&#8217;après l&#8217;ingénieur-géographe Claude Masse, 1712 [<a href="http://www.google.fr/imgres?q=Plan+citadelle+Ol%C3%A9ron&#038;hl=fr&#038;client=safari&#038;sa=X&#038;rls=en&#038;biw=1128&#038;bih=1029&#038;tbm=isch&#038;prmd=imvns&#038;tbnid=Xd2_wOUbnU6bSM:&#038;imgrefurl=http://www.archaero.com/archeo243.htm&#038;docid=F5iwI_64UnQKdM&#038;imgurl=http://www.archaero.com/oleronmasse.jpg&#038;w=1024&#038;h=631&#038;ei=00l_T-DrBcnT0QX2tNjsBg&#038;zoom=1&#038;iact=rc&#038;dur=595&#038;sig=118101753216130014250&#038;page=1&#038;tbnh=150&#038;tbnw=227&#038;start=0&#038;ndsp=22&#038;ved=1t:429,r:1,s:0,i:68&#038;tx=109&#038;ty=21" target="_blank">source</a>].</p>
<p><strong>La citadelle du Château-d&#8217;Oléron est un ouvrage militaire édifié de 1630 à 1704</strong> afin de protéger la partie méridionale de l&#8217;île d&#8217;Oléron. Elle est l&#8217;un des principaux monuments historiques de la ville du Château-d&#8217;Oléron, dans le département de la Charente-Maritime, dans le sud-ouest de la France. La citadelle succède à un ancien château fort tombé en désuétude au début du xviie siècle. <strong>Édifiée sur l&#8217;ordre du cardinal de Richelieu à partir de 1630, elle est modernisée ultérieurement par le maréchal Vauban</strong> et devient l&#8217;un des éléments-clef du dispositif de défense du littoral atlantique. Elle demeure longtemps l&#8217;un des lieux d&#8217;entraînement et d&#8217;embarquement pour les soldats en partance vers la Nouvelle-France.</p>
<p><strong>Transformée en prison durant la Terreur, puis une nouvelle fois en 1870</strong>, la citadelle du Château d&#8217;Oléron est classée monument historique en 1929. Occupée par les Allemands en 1940, elle est endommagée à la suite d&#8217;un bombardement, le 17 avril 1945 [<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Citadelle_du_Château-d'Oléron" target="_blank">source</a>].</p>
</p>
<p><strong>Pour en savoir plus</strong> : Se reporter à l&#8217;article de <strong>Louis-José Barbançon</strong> : <strong><em>Aux origines de la guillotine sèche. La déportation dans les Assemblées révolutionnaires</em></strong>, publié sur le site <em>Criminocorpus</em> [<a href="http://criminocorpus.revues.org/147" target="_blank">Lien</a>].</p>
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		<title>&#171;&#160;La France terre de refuge et de désobéissance civile, exemple du sauvetage des juifs&#160;&#187;</title>
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		<pubDate>Sun, 01 Apr 2012 19:47:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jacky Tronel</dc:creator>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉS]]></category>
		<category><![CDATA[Dernières parutions]]></category>
		<category><![CDATA[Arkheia 2012]]></category>
		<category><![CDATA[Exemple du sauvetage des juifs]]></category>
		<category><![CDATA[La France terre de refuge et de désobéissance civile (1936-1944)]]></category>
		<category><![CDATA[Limore Yagil]]></category>

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		<description><![CDATA[En prolongement de mon CR sur « Vichy et la Shoah » d&#8217;Alain Michel, je ne pouvais omettre plus longtemps de rappeler la trilogie récemment publiée aux Éditions du Cerf : « La France terre de refuge et de désobéissance civile (1936-1944), Exemple du sauvetage des juifs », de Limore Yagil, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a></p>
<p><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/limore-yagil-france-sauvetage-juifs.jpg" alt="&quot;La France terre de refuge et de désobéissance civile (1936-1944), exemple du sauvetage des juifs&quot; : trilogie de Limore Yagil" title="limore-yagil-france-sauvetage-juifs" width="350" height="350" class="alignright size-full wp-image-11527" /></a></p>
<blockquote><p>En prolongement de mon CR sur <em>« Vichy et la Shoah »</em> d&#8217;<strong>Alain Michel</strong>, je ne pouvais omettre plus longtemps de rappeler la trilogie récemment publiée aux Éditions du Cerf : <em><strong>« La France terre de refuge et de désobéissance civile (1936-1944), Exemple du sauvetage des juifs »</strong></em>, de <strong>Limore Yagil</strong>, historienne franco-israélienne.</p>
<p>Trois tomes consacrés à la désobéissance civile et au sauvetage des Juifs durant les années noires de la France forment une unité. L&#8217;étude de Limore Yagil (août 2010 à novembre 2011) ne revient pas sur les lois antisémites ou sur la politique d&#8217;exclusion du régime de Vichy, mais révèle que durant cette période, <strong>pour bon nombre de réfugiés et de Juifs, la France a été une véritable terre d&#8217;asile</strong>. Après avoir retracé l&#8217;histoire de la désobéissance civile depuis l&#8217;Antiquité et analysé ses racines philosophiques et politiques, <strong>l&#8217;auteur rappelle que, si 80 000 Juifs français et étrangers ont péri, plus de 250 000 survécurent à la Shoah, ce qui représente un nombre assez élevé, dans l&#8217;absolu et en proportion</strong>.</p>
</blockquote>
<h3>Tome I : « Implication des corps de métiers »</h3>
<p><a></p>
<p><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/la-france-terre-de-refuge-limore-yagil.jpg" alt="&quot;La France terre de refuge et de désobéissance civile (1936-1944), Exemple du sauvetage des juifs&quot;, tome 1" title="la-france-terre-de-refuge-limore-yagil" width="300" height="485" class="alignleft size-full wp-image-11528" /></a></p>
<p>Exceptionnelle, loin d&#8217;être banale, <strong>la désobéissance civile débuta comme une attitude individuelle dès 1940, puis se généralisa au fil des mois, prenant la forme de réseaux d&#8217;entraide, composés souvent de personnes ayant un lien antérieur entre elles</strong>. Trois tomes dont les couvertures sont bleu, blanc, rouge&#8230;</p>
<p>Dans ce premier volume, Limore Yagil nous montre que ce sont les mêmes personnes et les mêmes localités qui s&#8217;étaient engagées en faveur des réfugiés en France dans les années 1930 qui se chargeront de secourir les Juifs dix ans plus tard. <strong>La contribution des médecins, des assistantes sociales, des infirmières, des enseignants, des scientifiques et des artistes</strong> est ensuite étudiée. Celle, plus complexe et ambiguë, <strong>des préfets et des <em>serviteurs de l&#8217;État</em></strong>, <strong>maires, gendarmes et policiers, celle des prêtres, des pasteurs, des religieuses et celles des résistants</strong> seront analysées dans les volumes suivants. Tout au long de cette étude, l&#8217;auteur décrit le profil sociologique, la mentalité et les modalités des sauvetages. Fondée sur des archives de différentes sources, son enquête brosse les tableaux d&#8217;histoires locales, de pratiques culturelles, soulignant l&#8217;alliance de la géographie humaine et de l&#8217;histoire. Foisonnant d&#8217;informations, ce livre est à la mesure de ce sujet si singulier, qui mérite une nouvelle réflexion plus de soixante-dix ans après les événements.</p>
<h3>Tome II : « Implication des fonctionnaires &#8211; Le sauvetage aux frontières et dans les villages-refuges »</h3>
<p><a></p>
<p><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/la-france-sauvetage-des-juifs-limore-yagil.jpg" alt="&quot;La France terre de refuge et de désobéissance civile (1936-1944), Exemple du sauvetage des juifs&quot; - Tome 2" title="la-france-sauvetage-des-juifs-limore-yagil" width="300" height="489" class="alignright size-full wp-image-11529" /></a></p>
<p>Dans ce deuxième volume, Limore Yagil montre comment, <strong>en zones libre et occupée, certains préfets, gendarmes et policiers ont choisi de désobéir et de ne pas arrêter, ni signaler la présence de Juifs, mais de les cacher ou de leur fournir de faux papiers</strong>. Si quelques rares fonctionnaires sauvèrent l&#8217;honneur en s&#8217;engageant dans la Résistance, nombreux étaient cependant ceux qui décidèrent d&#8217;agir discrètement pour sauver des Juifs. Le long des frontières et de la ligne de démarcation, ainsi que dans de nombreuses localités-refuges, on constate l&#8217;activité courageuse des uns et des autres pour secourir des juifs, enfants ou adultes.</p>
<p><strong>On connaît le rôle du Chambon-sur-Lignon</strong> en faveur des juifs pendant la période de l&#8217;Occupation, ou celui des habitants des Cévennes et de la Drôme. <strong>On connaît moins l&#8217;histoire des villages-refuges dans la Sarthe, le Gers, l&#8217;Isère, le Vaucluse, le Lot-et-Garonne, la Creuse, la Vendée, le Loir-et-Cher, etc.</strong></p>
<p>Fondée sur des archives de différentes sources, son enquête brosse des tableaux d&#8217;histoires locales, de pratiques culturelles, soulignant l&#8217;alliance de la géographie humaine et de l&#8217;histoire. Foisonnant d&#8217;informations, ce livre est à la mesure de ce sujet si singulier, qui mérite une nouvelle réflexion plus de soixante-dix ans après les événements.</p>
<h3>Tome III : « Implication des milieux catholiques et protestants &#8211; L&#8217;aide des résistants »</h3>
<p><a><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/france-terre-refuge-desobeissance-31.jpg" alt="&quot;La France terre de refuge et de désobéissance civile (1936-1944) - Exemple du sauvetage des Juifs&quot; Tome 3, Limore Yagil" title="france-terre-refuge-desobeissance-3" width="300" height="494" class="alignleft size-full wp-image-11555" /></a></p>
<p>Limore Yagil présente ici l&#8217;histoire singulière de ceux qui ont désobéi pour secourir des Juifs. Pour ce faire, elle a reconstitué les réseaux d&#8217;entraide formés dès 1940 et allant en s&#8217;élargissant au fil des mois. <strong>La géographie du sauvetage des réfugiés espagnols est la même que celle du sauvetage des Juifs</strong> ; <strong>ce sont les militants des organisations d&#8217;entraide aux réfugiés polonais, russes, allemands, tchèques, qui furent parmi les premiers à désobéir sous Vichy pour secourir les Juifs.</strong> Cette histoire est ainsi composée de milliers d&#8217;actions individuelles sans lesquelles elle n&#8217;aurait pas eu lieu, et qui avaient comme trait commun une certaine capacité à la désobéissance.</p>
<p>L&#8217;importance de ce travail exceptionnel émane du fait qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;une <strong>étude globale</strong> qui ne se limite pas aux activités courageuses des personnes reconnues officiellement comme « Justes parmi les nations », ni à un département ou une localité. Ainsi peut-on constater que les localités-refuges ne se situent pas seulement dans les zones plutôt protestantes, que, si <strong>les évêques catholiques</strong> sont restés majoritairement silencieux, ils ont pour autant secouru des Juifs dans leurs diocèses, que <strong>des préfets, des fonctionnaires ou des gendarmes ont secouru des Juifs, tout en ayant fait le serment de fidélité au maréchal Pétain</strong>. <strong>Artistes, scientifiques, universitaires, médecins, assistantes sociales, pasteurs et résistants,</strong> en bon nombre, ont refusé de rester apathiques face au sort de nombreux Juifs, adultes ou enfants, et ont pris de vrais risques pour les secourir.</p>
<p><a><br />
<img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/Limore-yagil.jpg" alt="Limore Yagil, historienne franco-israélienne" title="Limore-yagil" width="150" height="143" class="alignleft size-full wp-image-11539" /></a></p>
<h3>Limore Yagil</h3>
<p>Née à Haïfa en Israël en 1961, Limore Yagil est docteur ès lettres de l&#8217;Institut d&#8217;études politiques de Paris (1992). Historienne, elle est <strong>spécialiste de l&#8217;histoire culturelle, politique et sociale de la France au XXe siècle</strong>. Elle a enseigné à l&#8217;université de Haifa et à l&#8217;université de Tel-Aviv pendant plusieurs années. Elle poursuit ses recherches, notamment sur les différentes modalités de sauvetage des juifs en France et en Europe au temps de la Shoah, à l&#8217;université de Paris-IV-Sorbonne et au collège des Bernardins.</p>
<p><strong>Limore Yagil</strong> participe au dossier du prochain numéro de la revue d&#8217;Histoire <strong><em>Arkheia</em></strong> avec l&#8217;article <em>« <a href="http://arkheia-revue.org/Enfants-juifs-caches-dans-le-Tarn.html" target="_blank">Enfants juifs cachés dans le Tarn et le Gers 1940-1944</a> »</em>, à paraître courant 2012.</p>
<h3>&laquo;&nbsp;Chrétiens et Juifs sous Vichy (1940-1944) : Sauvetage et désobéissance civile&nbsp;&raquo;</h3>
<p><a><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/04/chretiens-et-juifs-sous-vichy-limore-yagil.jpg" alt="&quot;Chrétiens et Juifs sous Vichy (1940-1944) - Sauvetage et désobéissance civile&quot; de Limore Yagil" title="chretiens-et-juifs-sous-vichy-limore-yagil" width="300" height="491" class="alignright size-full wp-image-11530" /></a></p>
<p>En mars 2005, Limore Yagil avait déjà publié le fruit de ses premières recherches sous le titre <strong><em>« Chrétiens et Juifs sous Vichy (1940-1944) : Sauvetage et désobéissance civile »</em></strong>, aux <em>Éditions du Cerf</em>.</p>
<p><em>Présentation de l&#8217;éditeur :</em><br />
La plus grande partie des communautés juives d&#8217;Europe a été totalement anéantie par ce que les Allemands ont appelé « la solution finale ». Le même projet a nourri l&#8217;occupation de la France, mais, contrairement à ce qui s&#8217;est passé ailleurs, un peu plus de la moitié de la communauté juive qui y était installée a survécu. <strong>L&#8217;étude historique de Limore Yagil, préfacée par Yehuda Bauer, se proposait d&#8217;analyser le sauvetage des juifs de France non seulement comme l&#8217;action héroïque de ceux qui sont entrés dans la Résistance, mais aussi comme le résultat d&#8217;une capacité diffuse et répandue de désobéissance civile chez les Français qui, en grand nombre, refusaient de rester passifs devant la souffrance des juifs.</strong> La diversité des actions de sauvetage, en zone libre comme en zone occupée, la propension des laïcs et des religieux à ne pas exécuter les lois du régime de Vichy et les exigences des autorités allemandes, la relativité de l&#8217;application des décisions gouvernementales sont révélatrices de cette attitude qui a débuté dès 1940, avant les rafles de l&#8217;été 1942. <strong>Désobéir, c&#8217;était, à certains moments, prendre des risques pour ne pas collaborer et pour tenter de sauver autrui ; c&#8217;était refuser d&#8217;aider à tuer. C&#8217;était agir seul, les mains nues, dans la clandestinité et la crainte d&#8217;être démasqué. Si plus de la moitié des juifs de France ont survécu, on le doit à cet engagement en leur faveur.</strong></p>
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		<title>Les &#171;&#160;nouvelles cellules&#160;&#187; de la prison de la Santé à la fin du XIXe</title>
		<link>http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/des-prisons/les-nouvelles-cellules-de-la-prison-de-la-sante-a-la-fin-du-xixe-siecle-11473</link>
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		<pubDate>Wed, 28 Mar 2012 07:05:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jacky Tronel</dc:creator>
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		<category><![CDATA[DES PRISONS…]]></category>
		<category><![CDATA[cellule de détenu de droit commun]]></category>
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		<category><![CDATA[Christian Carlier]]></category>
		<category><![CDATA[Émile Vaudremer]]></category>
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		<category><![CDATA[Guillaume Apollinaire]]></category>
		<category><![CDATA[prison de la Santé]]></category>
		<category><![CDATA[système auburnien]]></category>
		<category><![CDATA[système pennsylvanien]]></category>

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		<description><![CDATA[Inaugurée le 20 août 1867, la prison de la Santé a été conçue par l&#8217;architecte Émile Vaudremer, sur un terrain de 2,5 hectares situé dans le 14e arrondissement de Paris. Selon l&#8217;historien Christian Carlier, on « avait réalisé là une construction pénitentiaire éclectique, qui tînt compte à la fois de la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a><img class="alignright size-full wp-image-11474" title="cellule-sante-1898-criminocorpus" src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/cellule-sante-1898-criminocorpus.jpg" alt="Intérieur d'une cellule à la prison de la Santé, en 1898." width="350" height="350" /></a></p>
<blockquote><p><strong>Inaugurée le 20 août 1867</strong>, <strong>la prison de la Santé</strong> a été conçue par l&#8217;architecte <strong>Émile Vaudremer</strong>, sur un terrain de 2,5 hectares situé dans le 14e arrondissement de Paris. Selon l&#8217;historien <strong>Christian Carlier</strong>, on <em>« avait réalisé là une construction pénitentiaire éclectique, qui tînt compte à la fois de la réflexion raffinée de la monarchie parlementaire autour de la cellule et du pragmatisme de la circulaire Persigny du 17 août 1853 par laquelle le Second Empire avait signifié la mise entre parenthèses (qui devait s&#8217;avérer très provisoire) du rêve cellulaire. Le résultat est remarquable : des cellules individuelles dans les quatre divisions (1 à 4) à deux étages organisées en étoile du Quartier Bas proche de la rue de la Santé ; des dortoirs et, au rez-de-chaussée, des ateliers dans les huit divisions (5 et 7 à 13) à trois étages du Quartier Haut donnant sur la rue Messier. <strong>Avec le retour au pouvoir des Orléanistes et la loi du 5 juin 1875 sur l&#8217;emprisonnement individuel, les dortoirs du Quartier Haut avaient été remplacés par des cellules (un peu plus grandes que celles du Quartier Bas) entre 1896 et 1898</strong>&#8230; » </em><span style="font-size: x-small;">(<a href="http://www.criminocorpus.cnrs.fr/article734.html" target="_blank">Source de la citation</a>)</span></p>
<p>Dans son édition du 18 mars 1899, le journal <strong><em>L&#8217;Illustration</em></strong> consacrait une page entière à ces <strong><em>« nouvelles cellules de la Santé »</em></strong>.</p>
</blockquote>
<h3>Travaux de rénovation et de construction engagés à la fin du XIXe siècle</h3>
<p><em>« La prison de la Santé a subi l&#8217;an dernier </em>[1898] <em>d&#8217;importants changements. Elle comprenait jadis deux quartiers, l&#8217;un cellulaire, l&#8217;autre dit &#8216;auburnien&#8217; ; c&#8217;est ce dernier qui a été transformé en quartier cellulaire. Les travaux ont consisté dans la réfection de cloisons intérieures, dans la création de nouvelles cellules, et dans la surélévation d&#8217;un étage des anciens bâtiments. Ils ont coûté 2 millions de francs. »</em></p>
<p><strong>Dans le système auburnien</strong> les prisonniers vivent en commun mais en silence dans les réfectoires, les ateliers, à l’école, à la chapelle, puis passent la nuit dans des cellules individuelles. <strong>À l&#8217;opposé, le système pennsylvanien</strong> prévoit un encellulement permanent, de jour comme de nuit, dont l&#8217;objectif est d&#8217;éviter la corruption entre les détenus, encourager la réflexion sur soi-même et donner aux prisonniers de nouvelles habitudes de vie qui faciliteront leur réinsertion.</p>
<p><a></p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-11475" title="sante-cellule-detenu-droit-commun-1899" src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/sante-cellule-detenu-droit-commun-1899.jpg" alt="Cellule de détenu de droit commun à la prison de la Santé en 1899." width="400" height="456" /></a></p>
<p><em>« Le nouveau quartier, composé d&#8217;un quadrilatère et d&#8217;un bâtiment transversal, plus un bâtiment central reliant les nouvelles constructions aux anciennes, se compose maintenant de <strong>six cent quatre-vingt-trois cellules</strong> disposées sur quatre étages et desservies par des balcons à encorbellement. »</em></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: x-small;">Ci-contre :<br />
Cellule de détenu de droit commun,<br />
<em>L&#8217;Illustration</em> du 18 mars 1899, p. 169.</p>
<p><strong>« <em>Ces cellules nouvelles</strong>, qui sont formées par la réunion de deux des anciennes, <strong>constituent des chambres relativement spacieuses mesurant 4 mètres de longueur sur 3 m,60 de largeur et 3 mètres de hauteur</strong>. Elles sont <strong>parquetées et cirées</strong> ; les murs sont recouverts d&#8217;une <strong>peinture laquée</strong> qui permet de fréquents lavages. Un <strong>double système de canalisation</strong> y amène de l&#8217;eau de source pour les besoins du détenu et de l&#8217;eau de rivière pour le tout à l&#8217;égout. Des <strong>ventilateurs, mus par l&#8217;électricité</strong>, y assurent une ventilation parfaite ; <strong>l&#8217;éclairage</strong> est fourni par la lumière électrique à incandescence, et <strong>le chauffage</strong> se fait par un calorifère à vapeur d&#8217;eau. De larges fenêtres, descendant jusqu&#8217;à un mètre du sol, répandent de la lumière à profusion.</p>
<p><strong>Le mobilier</strong> se compose d&#8217;un lit de fer scellé dans le mur, avec matelas et traversin ; des charnières permettent de le relever pendant le jour où on le tient appliqué contre la muraille. Une tablette, fixée au mur, peut également se relever ou s&#8217;abaisser ; <strong>une chaise est retenue par une chaîne assez longue pour permettre son déplacement, mais retirant au prisonnier la possibilité de s&#8217;en servir pour frapper son gardien.</strong> Dans un coin, on voit le meuble indispensable à tout être humain. Enfin, près de la porte est placée le bouton électrique qui sert au prisonnier pour appeler le surveillant. C&#8217;est dans une de ces cellules (dans la septième division) qu&#8217;habite depuis lundi le lieutenant-colonel Picquart </em>[qui joua un rôle important dans l'affaire Dreyfus]<em>. »</em></p>
<h3>Les cellules de détenu politique : &laquo;&nbsp;quartier VIP&nbsp;&raquo; de la prison de la Santé</h3>
<p><em>« <strong>Le quartier réservé aux détenus politiques se compose de huit cellules que l&#8217;on s&#8217;est efforcé de rendre plus confortables encore.</strong> Les murs sont tapissés et ornés d&#8217;une boiserie à hauteur d&#8217;appui. Deux matelas garnissent le lit. Une large table en chêne sert de table de travail ; une autre table plus petite en bois blanc sert de table à manger ; on la recouvre d&#8217;une nappe. Une table de nuit-toilette avec séchoir pour les serviettes, trois chaises et les accessoires ordinaires de la cellule complètent l&#8217;ameublement. L&#8217;éclairage est fourni par deux lampes électriques à incandescence, l&#8217;une est suspendue au milieu du plafond, l&#8217;autre est placée sur la table de travail. »</em></p>
<p><a><br />
<img class="aligncenter size-full wp-image-11476" title="sante-cellule-detenu-politique-1899" src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/sante-cellule-detenu-politique-1899.jpg" alt="Cellule de détenu politique à la prison de la Santé, 1899" width="615" height="390" /></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: x-small;">Prison de la Santé : cellule de détenu politique (journal <em>L&#8217;Illustration</em> du 18 mars 1899, page 169).</span></p>
<p><a><br />
<img class="alignleft size-full wp-image-11500" title="guillaume-apollinaire" src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/guillaume-apollinaire.jpg" alt="Photo portrait du poète Guillaume Apollinaire" width="150" height="233" /></a></p>
<h3><em>&laquo;&nbsp;Séjour à la Santé&nbsp;&raquo;</em>, <br />
poème de Guillaume Apollinaire</h3>
<p><strong>Apollinaire est incarcéré à la prison de la Santé du 7 au 13 septembre 1911</strong>, impliqué dans une sombre histoire de statuettes volées au Louvre.</p>
<p>Dans un texte publié en 2010 sur le portail <em><a href="http://www.criminocorpus.cnrs.fr/article687.html" target="_blank">Criminocorpus</a></em>, <strong>Franck Balandier</strong>, directeur d’Insertion et de Probation à l’administration pénitentiaire, se livre à une intéressante analyse des textes rédigés par Apollinaire sur son incarcération. <strong>Il propose une lecture pénitentiaire de <em>&laquo;&nbsp;À la Santé&nbsp;&raquo;</em> et de <em>&laquo;&nbsp;Mes prisons&nbsp;&raquo;</em> et tente de faire la part entre les éléments de texte qui relèvent de l&#8217;univers poétique de ceux qui appartiennent à la réalité carcérale.</strong> <br />
<em>(L&#8217;aquarelle reproduite en haut de page est tirée de cet article.)</em></p>
<p>Dans le poème <em>&laquo;&nbsp;À la Santé&nbsp;&raquo;</em>, <strong>Apollinaire évoque <em>&laquo;&nbsp;le bruit de</em> [sa] <em>chaise enchaînée&nbsp;&raquo;</em></strong>.</p>
<p><em>« Jusqu’où le poète invente-t-il ?</em> écrit Franck Balandier. <em><strong>On sait qu’à cette époque les cellules n’étaient pas équipées d’une chaise mais d’un tabouret de bois.</strong> Mais on sait aussi que ce tabouret de bois est attaché au mur par une chaîne pour éviter qu’il ne devienne une arme improvisée entre les mains d’un détenu agressif. <strong>On peut donc en déduire que le poète, soit pour des raisons de rythme, soit pour des raisons d’embellissement, ou les deux à la fois, a travesti la réalité. Il ne ment pas. Il arrange.</strong> D’une certaine manière, on peut dire qu’Apollinaire compose avec le réel</em> […] <em>puisqu’il accorde à une partie du mobilier un confort qu’il ne possède en réalité pas. »</em></p>
<p><strong>Or, si l&#8217;on en croit la représentation d&#8217;une cellule de droit commun publiée dans <em>L&#8217;Illustration</em> du 18 mars 1899, parmi le mobilier dessiné se trouve bien une chaise enchaînée dont on peut imaginer le bruit qu&#8217;elle faisait quand le prisonnier la déplaçait sur le plancher en bois de sa cellule.</strong> Une dizaine d&#8217;années plus tard, en 1911, elle devait toujours s&#8217;y trouver…</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>&#171;&#160;Accident mortel au camp d&#8217;internement du Polo de Beyris&#160;&#187;</title>
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		<pubDate>Fri, 23 Mar 2012 20:33:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jacky Tronel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dernières parutions]]></category>
		<category><![CDATA[DES CAMPS…]]></category>
		<category><![CDATA[Arnaud Darricau]]></category>
		<category><![CDATA[Camp du Polo de Beyris]]></category>
		<category><![CDATA[collectif pour la mémoire du camp oublié du Polo Beyris]]></category>
		<category><![CDATA[dépôt de prisonniers de guerre allemands n° 189]]></category>
		<category><![CDATA[Frontstalag 222]]></category>

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		<description><![CDATA[La note n° 265 du Service des RG d&#8217;Hendaye du 30 novembre 1944, adressée au chef des Renseignements Généraux à Bordeaux, au directeur départemental de Police, au commissaire principal et au préfet à Pau, ainsi qu&#8217;au sous-préfet à Bayonne, a pour objet &#171;&#160;l&#8217;accident mortel&#160;&#187; qui, le 28 novembre 1944, a coûté [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel='prettyPhoto[gallery1]'><a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/AD-Pau-1031-W-181.jpg" rel='prettyPhoto[gallery1]'><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/accident-mortel-camp-polo-beyris-1944.jpg" alt="Accident mortel au camp d&#039;internement de Polo Beyris, le 28 novembre 1944, à Bayonne" title="accident-mortel-camp-polo-beyris-1944" width="350" height="350" class="alignright size-full wp-image-11428" /></a></p>
<blockquote><p><strong>La note n° 265 du Service des RG d&#8217;Hendaye du 30 novembre 1944</strong>, adressée au chef des Renseignements Généraux à Bordeaux, au directeur départemental de Police, au commissaire principal et au préfet à Pau, ainsi qu&#8217;au sous-préfet à Bayonne, <strong>a pour objet &laquo;&nbsp;l&#8217;accident mortel&nbsp;&raquo; qui, le 28 novembre 1944, a coûté la vie à Arnaud DARRICAU, marié, père de 3 enfants, détenu au camp du Polo de Beyris, à Bayonne</strong>&#8230; <br />
Retour sur l&#8217;histoire de ce camp d&#8217;internement.</p>
</blockquote>
<h3>Rapport des RG sur l&#8217;accident mortel du camp d&#8217;internement de Beyris</h3>
<p><em>&laquo;&nbsp;<strong>Le 28 novembre 1944, un détenu du Camp d&#8217;internement du Polo de BEYRIS, BAYONNE, a été mortellement blessé par un coup de feu tiré par une sentinelle de garde.</strong><br />
L&#8217;accident se serait produit dans les circonstances suivantes :<br />
Un détenu (homme) se serait approché du camp des détenues (femmes) pour essayer, croit-on, de faire passer une lettre à une d&#8217;elles. Ayant été aperçu par la sentinelle, celle-ci le somma d&#8217;avoir à s&#8217;éloigner.<br />
Un instant après, le même détenu serait revenu vers le camp des femmes, malgré les sommations de la sentinelle, il aurait essayé de s&#8217;approcher de la section des femmes à quatre reprises différentes.<br />
<strong>À la quatrième fois, ayant encore été sommé d&#8217;avoir à se retirer, le détenu aurait lancé une parole insultante à la sentinelle (en…).<br />
Sous l&#8217;insulte la sentinelle aurait fait feu sur le détenu le blessant grièvement à la poitrine.</strong><br />
Transporté d&#8217;urgence à l&#8217;Hôpital de Bayonne, il y succombait peu après.<br />
<strong>Il s&#8217;agit de DARRICAU, Arnaud,</strong> né à Mouguerre </em>[Basses-Pyrénées]<em>, le 29/11/1911, <strong>marié, père de 3 enfants.</strong> Il avait été arrêté à Villefranque </em>[Basses-Pyrénées]<em> le 28 septembre 1944. <strong>Sa femme est également internée au Camp du Polo de BEYRIS.</strong><br />
L&#8217;enquête concernant cette affaire a été effectuée par la section judiciaire de Bayonne.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p>Qui était Arnaud Darricau ? Que lui reprochait-on, ainsi qu&#8217;à sa femme ?… Méritait-il une mort aussi stupide ? Ces questions restent à ce jour sans réponses.</p>
<h3>Les 4 vies du camp de Polo-Beyris</h3>
<p><strong>Le Camp du Polo de Beyris a eu quatre vies.</strong> Cette &laquo;&nbsp;tragédie&nbsp;&raquo; appartient à la troisième période de son existence. En dépit du peu de documents disponibles, nous allons tenter de retracer l&#8217;histoire de ce camp d&#8217;internement qui fut : <strong>1.</strong> Centre d&#8217;hébergement des républicains espagnols ; <strong>2.</strong> Frontstalag 222, camp de prisonniers coloniaux français ; <strong>3.</strong> Camp de l&#8217;Épuration pour &laquo;&nbsp;collaborateurs&nbsp;&raquo; ou pseudo-collaborateurs ; <strong>4.</strong> Dépôt de prisonniers de guerre allemands.</p>
<h3>Création d&#8217;un centre d&#8217;hébergement pour réfugiés espagnols</h3>
<p><strong>Dans les années 30, la ville de Bayonne se dote d&#8217;un terrain de polo</strong>, lieu de rendez-vous de l&#8217;aristocratie française et étrangère en villégiature sur la Côte Basque. Le Polo de Beyris s&#8217;étend alors sur 8,5 hectares, en limite des communes de Bayonne et d&#8217;Anglet. </p>
<p><strong>Au début de l&#8217;année 1939, en raison de l&#8217;arrivée massive des réfugiés espagnols, le préfet réquisitionne les installations du Polo de Beyris.</strong> Des dizaines de familles de républicains sont alors entassées dans les écuries et les vestiaires du club de polo. Le 30 septembre 1939, 247 femmes et enfants de combattants républicains sont évacués et renvoyés de force en Espagne. Les hommes valides sont transférés dans divers camps d&#8217;internement puis sont regroupés en compagnies de travailleurs étrangers destinées à soutenir l&#8217;effort de guerre.</p>
<h3>Le Camp du Polo de Beyris : Frontstalag 222</h3>
<p><a><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/prisonniers-stalag-222-beyris.jpg" alt="Prisonniers coloniaux du Stalag 222 de Beyris (Bayonne)." title="prisonniers-stalag-222-beyris" width="450" height="388" class="alignleft size-full wp-image-11447" /></a></p>
<p>L&#8217;offensive allemande de mai-juin 1940 se solde par l&#8217;écrasante défaite que l&#8217;on sait. Apparaissent alors en zone occupée les <strong><em>Fronstalags</em></strong>, camps ouverts essentiellement en France et en Pologne, destinés aux soldats prisonniers issus des colonies françaises. En avril 1941, on en dénombre 22 en zone occupée qui concernent pas moins de 69 000 prisonniers &laquo;&nbsp;indigènes&nbsp;&raquo;, parmi lesquels 50 000 Nord-Africains, 16 000 Sénégalais (incluant des Soudanais, Togolais et Voltaïques) et 3 000 Malgaches et Indochinois.</p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: x-small;">Prisonniers coloniaux du Stalag 222 de Beyris (Bayonne), effectuant des travaux de terrassement pour l&#8217;armée allemande.</p>
<p>L&#8217;Allemagne nazie renvoyait les prisonniers de guerre noirs et maghrébins de l&#8217;Armée française dans la zone occupée française, le plus rapidement possible <strong>par peur de maladies tropicales ou d&#8217;atteinte à la « pureté du sang aryen »</strong>.</p>
<p><strong>Les prisonniers qui dépendent du Frontstalag 222</strong> (Camp du Polo de Beyris) <strong>sont soumis au travail forcé</strong> (Mur de l&#8217;Atlantique, dépôts de munitions, terrassements, travaux forestiers) et répartis en différents kommandos allant d&#8217;Hendaye jusque dans les Landes. Les conditions d&#8217;internement sont très dures : froid, nourriture insuffisante, manque de soins&#8230;</p>
<p>40 de ces prisonniers ont été enterrés au cimetière Louillot d&#8217;Anglet, 102 au cimetière Saint-Léon de Bayonne. <strong>Les causes de décès sont en majorité dues à la maladie</strong> (tuberculose surtout), <strong>mais aussi aux tentatives d&#8217;évasion ou accidents de travail.</strong> Dans le cimetière de quelques villages des Landes, des stèles ou plaques commémorent des prisonniers coloniaux qui dépendaient du Frontstalag 222. Mais <strong>à Bayonne, Anglet ou au quartier Beyris, rien ne rappelle les souffrances endurées par ces prisonniers « indigènes » oubliés.</strong></p>
<p><strong>Les gardiens de ces camps sont des sentinelles allemandes, souvent anciens combattants de 14-18, et relativement cléments à l&#8217;égard des prisonniers.</strong> A partir de janvier 1943, devant les besoins du front de l&#8217;Est, la <em>Wehrmacht</em> mobilise tous ses moyens et le gouvernement français répond favorablement à la demande allemande de faire assurer la garde dans certains <em>frontstalags</em> par des officiers français. <em>&laquo;&nbsp;Ce transfert crée une situation inédite et suscite des interrogations puisque les anciens officiers français des troupes indigènes deviennent subitement leurs geôliers. Ceci accroîtra la démoralisation des prisonniers ainsi que le sentiment d&#8217;avoir été trahis au nom d&#8217;une raison d&#8217;Etat&nbsp;&raquo;</em> selon l&#8217;historienne <a href="http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/page/affichepage.php?idLang=fr&#038;idPage=7106" target="_blank">Armelle Mabon</a>.</p>
<p><strong>Le 22 août 1944 le Frontstalag 222 de Beyris est libéré et vidé de tous ses occupants.</strong></p>
<h3>Camp de détenus politiques du Polo-Beyris</h3>
<p><strong>Le 18 septembre 1944, le camp est transformé en centre de détention des « politiques français », la plupart accusés de collaboration.</strong> Jusqu&#8217;au 20 avril 1945, 765 civils y sont enfermés. C&#8217;est à la fois un lieu d&#8217;internement et un centre de triage pour les détenus en instance de transfert devant les cours de justice de l&#8217;Épuration, ou en attente d&#8217;internement à Gurs (pour 259 d&#8217;entre eux).</p>
<p>Dans un courrier du 18 octobre 1946, le préfet des Basses-Pyrénées évoque la question de la liquidation des trois camps d&#8217;internement de son département : <strong>le Camp du Polo de Beyris</strong> (arrondissement de Bayonne), <strong>le Camp d&#8217;Idron</strong> (arrondissement de Pau) et <strong>le Camp de Gurs</strong> (arrondissement d&#8217;Oléron). Concernant le Camp du Polo de Beyris, le préfet rappelle au ministre de l&#8217;Intérieur que la Ville de Bayonne est propriétaire des terrains sur lesquels les baraquements ont été édifiés : <em><strong>« Ces bâtiments ont été construits pendant l&#8217;occupation par les Allemands et sont actuellement la propriété de l&#8217;Administration de la Guerre</strong>. C&#8217;est une simple location qui lie la Ville de Bayonne à l&#8217;Administration de la Guerre. » </em><strong>À dater du 23 août 1944 et jusqu&#8217;au mois de mai 1945, le Camp du Polo de Beyris <em>« a été utilisé comme camp de détenus politiques.</strong> Les détenus politiques ayant été transférés à ce moment-là au Camp de Gurs (B.P.), il est transformé depuis en camp de prisonniers de guerre allemands. »</em></p>
<h3>Camp de prisonniers de guerre allemands : Dépôt 189 du Polo-Beyris</h3>
<p><a><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/prisonniers-allemands-camp-beyris-bayonne-1944.jpg" alt="Prisonniers allemands détenus au camp de Beyris (Bayonne) à la fin de l&#039;année 1944." title="prisonniers-allemands-camp-beyris-bayonne-1944" width="615" height="417" class="aligncenter size-full wp-image-11451" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: x-small;">Prisonniers allemands détenus au camp de Beyris (Bayonne) à la fin de l&#8217;année 1944. <br />
On notera l&#8217;extrême jeunesse des derniers défenseurs du Mur de l&#8217;Atlantique, photo Aubert.</p>
<p><strong>À partir du 15 janvier 1945, la partie nord du camp, composée de 15 grands hangars, est réservée aux 310 prisonniers de guerre allemands en provenance de Gurs.</strong> Et à compter du 1er mai 1945, le camp entier du Polo est utilisé pour des prisonniers allemands (<strong>Dépôt 189</strong>), répartis sur différents chantiers (déminage de la Côte Basque et Landaise) et ce, <strong>jusqu&#8217;en 1947</strong>.</p>
<h3>Création d&#8217;un collectif pour la mémoire du camp oublié du Polo Beyris</h3>
<p><a><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/collectif_camp_polo_beyris.jpg" alt="Les membres du collectif du camp du Polo de Beyris" title="collectif_camp_polo_beyris" width="400" height="266" class="alignright size-full wp-image-11453" /></a></p>
<p>À l’initiative de Jean-Claude Malé, secrétaire du Musée de la Résistance et de la Déportation des Pyrénées-Atlantiques, une vingtaine d’associations se sont réunies fin octobre 2011 au sein du <strong><em>Collectif pour la mémoire du camp de prisonniers de Beyris 1939-1945</em></strong>. Parmi elles, la MVC Polo Beyris, le Souvenir français, la LDH, le CDDHPB, l’Amicale du camp de Gurs ou encore les anciens combattants de Bayonne.</p>
<p><strong>Un groupe de travail, de sept personnes, issu de ce collectif, tente aujourd’hui d’approfondir les recherches.</strong> Tout témoignage (écrit, oral, photo…) est le bienvenu. Pour contacter le collectif, trois possibilités : <strong>Par téléphone</strong> (05 59 23 10 23), <strong>courriel</strong> (c_campbeyris@orange.fr) <strong>ou courrier</strong> (Collectif mémoire camp Beyris &#8211; Maison de la vie citoyenne de Polo Beyris – 28, avenue de l’Ursuya – 64100 Bayonne). Vous pouvez également réagir à cet article en laissant un commentaire, et je transmettrai.</p>
<h3>Sources</h3>
<p><em>Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques</em>, cotes 1031 W 181 et 77 W 5.<br />
<em>Le camp de Polo Beyris</em>, dossier transmis par <strong>Claire Frossard</strong> du <em>Collectif Mémoire Camp Beyris.</em><br />
<em>Cahier n°1 de l&#8217;AMCB</em>, réalisé par <strong>André Plouzeau</strong>, consacré au Frontstalag 222 de Beyris, 1995.<br />
Le Frontstalag 222 du Polo-Beyris à Bayonne 1941-1944, <strong>André Pintat</strong> in <em>Revue d&#8217;Histoire de Bayonne, du Pays-Basque et du Bas-Adour Bayonne</em>, n° 154, pp 403-410, 1999.<br />
<em>Prisonniers de guerre indigènes, visages oubliés de la France occupée</em>, <strong>Armelle Mabon</strong>, <em>La Découverte</em>, 2010.</p>
<p><strong>Photos :</strong> Blog <em>Wehrmacht 64</em> et Site de Maxime Le Poulichet et Jean Paul Louvet (<a href="http://bastas.pagesperso-orange.fr/pga/temoins/fussholl-hourtin.htm#deb" target="_blank">lien</a>)<br />
Les membres du collectif du camp de Beyris : photo Jean-Daniel Chopin, journal <em>Sud-Ouest</em> (<a href="http://www.sudouest.fr/2012/03/07/prisonniers-a-polo-beyris-651803-3944.php" target="_blank">lien</a>).</p>
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		<title>Disparition de Ruth Danner, ancienne déportée, présidente du CETJAD</title>
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		<pubDate>Sat, 17 Mar 2012 18:27:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jacky Tronel</dc:creator>
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		<category><![CDATA[DES HOMMES…]]></category>
		<category><![CDATA[Cercle européen des Témoins de Jéhovah anciens déportés et internés]]></category>
		<category><![CDATA[présidente du CETJAD]]></category>
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		<description><![CDATA[Le Carnet du journal Le Monde du 9 mars 2012 annonçait ainsi le décès de Ruth Danner : « Le Cercle européen des Témoins de Jéhovah anciens déportés et internés (CETJAD) a la tristesse d’annoncer la mort de Ruth DANNER, membre fondateur et présidente du CETJAD, résistante déportée dans plusieurs camps annexes d’Auschwitz, notamment celui [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a><img class="alignright size-full wp-image-11393" title="ruth-danner-cetjad" src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/ruth-danner-cetjad.jpg" alt="Ruth Danner enfant deviendra présidente du CETJAD" width="343" height="350" /></a></p>
<blockquote><p>Le <em>Carnet</em> du journal <em><strong>Le Monde</strong></em> du 9 mars 2012 annonçait ainsi le décès de Ruth Danner : « <strong><em>Le Cercle européen des Témoins de Jéhovah anciens déportés et internés</strong> (CETJAD) <strong>a la tristesse d’annoncer la mort de Ruth DANNER</strong>, membre fondateur et présidente du CETJAD, résistante déportée dans plusieurs camps annexes d’<strong>Auschwitz</strong>, notamment celui de Gleiwitz, survenue le <strong>samedi 3 mars 2012</strong>, des suites d’une longue maladie »</em>. <strong>Qui était Ruth Danner ? Qu&#8217;est-ce que le CETJAD ?</strong></p>
</blockquote>
<h3>Témoignage de Ruth Danner (1933-2012)</h3>
<p><em>« L’œil pétillant de malice, <strong>maman disait que 1933 avait été l’année des catastrophes</strong> : Hitler était arrivé au pouvoir, le pape avait déclaré une “année sainte”&#8230; et moi j’étais née ! Notre famille est originaire de Lorraine, de Yutz exactement, à proximité de la frontière franco-allemande. C’est dans cette région qu’en 1921 se sont unis mon père, de culture protestante, et ma mère, catholique pratiquante. Un an plus tard naissait ma sœur Hélène. </em>[…]<em></p>
<p><a><img class="alignleft size-full wp-image-11375" title="Image" src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/ruth-danner-depeche-louviers.jpg" alt="Ruth Danner, présidente du CETJAD" width="200" height="200" /></a></p>
<p>En 1940, l’Allemagne a annexé l’Alsace-Lorraine, et le nouveau régime a exigé que chaque adulte adhère au parti nazi. Papa a refusé et la Gestapo a parlé de l’arrêter. De son côté, maman ne voulait pas confectionner des uniformes, et elle a aussi reçu des menaces. <strong>L’école est devenue un cauchemar. Chaque jour, la classe débutait par une prière pour le Führer, par un “Heil Hitler !” et par l’hymne national qu’il fallait écouter le bras tendu.</strong> </em>[…]<em> Un jour, j’ai été convoquée devant les 12 instituteurs de l’école. <strong>Ils voulaient forcer la petite fille de sept ans que j’étais à faire le salut hitlérien.</strong> </em>[…]<em> Une maîtresse a alors essayé la manière douce, en disant que j’étais une bonne élève, qu’elle m’aimait bien, qu’elle serait navrée si on me renvoyait de l’école. “Tu n’as pas besoin de tendre le bras complètement, m’a-t-elle susurré. Tu n’as qu’à le lever un tout petit peu. C’est pareil pour le ‘Heil Hitler !’ tu n’as qu’à faire semblant et remuer les lèvres.” Maintenant, c’est à toi de voir. Fais ce que tu penses être bien. »</em> Ruth n&#8217;a pas cédé…</p>
<p><em>« Cela m’a valu d’être renvoyée de l’école à plusieurs reprises. <strong>Mais le plus angoissant, c’était la menace d’être coupée de ma famille. Les descentes de la Gestapo se sont multipliées.</strong> On venait interroger mes parents et fouiller la maison à la recherche des publications des Témoins. Tantôt c’était maman que les policiers gardaient au poste pendant des heures ; tantôt papa ou Hélène qu’ils cueillaient au travail. Quand je rentrais de l’école, je ne savais jamais si maman serait là. <strong>“La police a embarqué ta mère”, me disait la voisine. Alors je me recroquevillais dans un coin, terrorisée à l’idée qu’on la torturait peut-être et que je ne la reverrais jamais.</strong></em></p>
<p><strong>Le 28 janvier 1943, à trois heures et demie du matin, on a tambouriné à la porte.</strong> C’était la Gestapo qui venait nous donner une dernière chance d’adhérer au parti nazi, sans quoi c’était la déportation. On nous laissait trois heures pour plier bagage. Maman avait envisagé cette situation et nos havresacs étaient prêts, chacun contenant un change de vêtements et une bible. </em>[…]<em></p>
<p><a></p>
<p><a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/camp-auschwitz-barbeles.jpg" rel='prettyPhoto[gallery1]'><img class="alignright size-medium wp-image-11373" title="camp-auschwitz-barbeles" src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/camp-auschwitz-barbeles-300x300.jpg" alt="Barbelés du camp d'Auschwitz" width="300" height="300" /></a></p>
<p>À l’heure dite, la police était là. Je revois encore les adieux embués de larmes de la petite sœur Anglade le jour où on nous emmenait à la gare de Metz. <strong>Au bout de trois jours, le train s’est arrêté à Kochlowitz, un camp du complexe d’Auschwitz, en Pologne</strong>. Nous y sommes restés deux mois. <strong>Puis destination Gleiwitz</strong>, où un couvent avait été aménagé en camp de travail. <strong>Les nazis nous disaient que nous n’avions qu’à signer un papier pour être libérés et retrouver notre vie d’avant.</strong> Quand ils ont refusé catégoriquement de renier leur foi, papa et maman se sont entendu dire qu’ils ne rentreraient jamais chez eux. En juin, nouveau transfert, cette fois pour le <strong>camp de Schwientochlowitz</strong>. C’est là que j’ai fait connaissance avec la migraine qui aujourd’hui encore m’empoisonne l’existence. J’ai aussi souffert d’une infection des doigts. <strong>Un médecin m’a alors enlevé plusieurs ongles, sans anesthésie.</strong> Dans mon malheur, j’avais la chance d’avoir été désignée pour faire les courses pour les gardes&#8230; et la gentille boulangère me donnait un petit pain.</p>
<p>Jusqu’alors, notre famille était restée à l’écart des autres prisonniers. <strong>Les choses ont changé en octobre 1943, avec notre transfert au camp de Frankenstein</strong></em> [camp 91, situé en Silésie, créé dans un ancien orphelinat]. <em>Là, dans un grenier aménagé en dortoir, une soixantaine d’hommes, de femmes et d’enfants étaient entassés. Et nous pouvions compter sur les SS pour nous servir une nourriture immonde. Le bruit courait que les troupes alliées gagnaient du terrain et que les nazis étaient en train de perdre la guerre. Au début 1945, les SS ont soudain décidé de vider le camp. Le 19 février, ils nous ont entraînés dans une marche forcée. <strong>Quatre semaines et 240 kilomètres plus loin, nous arrivions à Steinfels, en Allemagne.</strong> Les gardes ont alors dirigé leurs prisonniers vers une exploitation minière, et beaucoup d’entre nous ont cru leur dernière heure venue. Mais le jour même, les Alliés sont arrivés ; les SS ont déguerpi. C’était fini !</p>
<p><strong>Le 5 mai 1945, nous étions de retour à Yutz.</strong> Deux ans et demi s’étaient écoulés. Nous étions couverts de crasse et de vermine. On nous a prêté des vêtements, et nous avons brûlé les guenilles que nous portions depuis février. J’entends encore maman : “<strong>Dites-vous bien que c’est le plus beau jour de votre vie.</strong> On n’a plus rien, et même les vêtements qu’on a sur le dos ne sont pas à nous. Mais on est ensemble, tous les quatre, et on est restés fidèles, sans transiger avec notre foi.” Après trois mois de convalescence en Suisse, je suis retournée à l’école, où je n’aurais plus à craindre d’être renvoyée… »</em></p>
<p><a></p>
<p><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/logo-cetjad.jpg" alt="Logo du CETJAD" title="logo-cetjad" width="284" height="60" class="alignleft size-full wp-image-11420" /></a></p>
<h3>Le CETJAD : objectifs et activités</h3>
<p>Les objectifs du <em><strong>Cercle européen des témoins de Jéhovah anciens déportés et internés</strong></em> sont définis dans les <strong>statuts de l&#8217;association</strong> : <em>« Conserver la mémoire de l&#8217;histoire des Témoins de Jéhovah suppliciés, persécutés et internés sous le régime nazi en raison de leur idéal religieux et de leur fidélité à Dieu. Faire connaître par tous les moyens le témoignage de foi et de courage laissé au monde par les Bibelforsher »</em>, nom sous lequel sont le plus souvent désignés ceux que l&#8217;on appelle aussi <strong><em>étudiants de la Bible</em></strong> ou <em><strong>témoins de Jéhovah</strong></em>.</p>
<p>Le <strong><a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/triangle-violet-temoin-de-jehovah.jpg" title="Photo JW Armband" target="_blank" rel='prettyPhoto[gallery1]'>triangle violet</a></strong> qui apparaît dans le logo du CETJAD, écusson encore appelé chevron lilas ou marque mauve, désignait dans les camps nazis les témoins de Jéhovah.</p>
<p><a><img class="aligncenter size-full wp-image-11386" title="conference-cetjad-poitiers-janvier-2012" src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/conference-cetjad-poitiers-janvier-2012.jpg" alt="Conférence du CETJAD à Poitiers, en janvier 2012." width="615" height="337" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: x-small;">Conférence organisée par le CETJAD, le 29 janvier 2012, à <strong>Poitiers</strong> : <em><strong>&laquo;&nbsp;Peurs, rejets et internement dans les camps&nbsp;&raquo;</strong>.</em><br />
À la tribune, <strong>Danielle Spitzer-Cohen</strong>, dont tous les membres de la famille restés en Hongrie ont été déportés à Auschwitz.<br />
Photo Jean-Christophe Arcamone.</span></p>
<p><a></p>
<p><a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/conference-cetjad-tulle-janvier-2012.jpg" rel='prettyPhoto[gallery1]'><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/conference-cetjad-tulle-janvier-2012.jpg" alt="Journal La Montagne, Tulle, Corrèze. Conférence CETJAD du 28 janvier 2012." title="conference-cetjad-tulle-janvier-2012" width="615" height="217" class="aligncenter size-full wp-image-11402" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: x-small;">Conférence du Cercle européen des Témoins de Jéhovah du 28 janvier 2012, à <strong>Tulle</strong>. Journal <strong><em>La Montagne</em></strong> du 3/02/2012.<br />
De droite à gauche, <strong>Francis Laurent</strong> (professeur de philosophie), <strong>Louis Piéchota</strong> (secrétaire du CETJAD), <br />
<strong>Hervé Polutnik</strong> (modérateur), <strong>Danielle Spitzer-Cohen</strong> (témoin), <strong>Jacky Tronel</strong> (historien).</span></em></p>
<h3>Nécrologie de Ruth Danner parue dans <em>La Montagne</em><br />
édition de Louviers du 9 mars 2012</h3>
<p><a></p>
<p><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/ruth-danner-temoin-atypique.jpg" alt="Ruth Danne, un &quot;Témoin&quot; atypique" title="Image" width="615" height="417" class="aligncenter size-full wp-image-11405" /></a></p>
<p><strong>Sources</strong> : La biographie de <strong>Ruth Danner</strong> a été publiée dans <em><strong>La Tour de Garde</strong></em> du 15 juin 2009, p. 3-6, <em>éditions les Témoins de Jéhovah de France</em>, Boulogne-Billancourt. La photo de Ruth enfant provient des archives du <strong><em>CETJAD</em></strong>. La photo des barbelés a été téléchargée sur internet, <a title="Camp d'Auschwitz" href="http://corsoerica.blogspot.fr/2011/11/le-garcon-au-pyjama-raye_15.html" target="_blank">ici</a>.</p>
<p>À lire sur ce blog :<br />
<strong><em><a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/varia/les-triangles-violets-face-a-hitler-une-resistance-spirituelle-au-nazisme-5665" target="_blank">Les triangles violets face à Hitler : une résistance spirituelle au nazisme</a></em></strong></p>
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		</item>
		<item>
		<title>La 7e fresque de St-Sulpice la Pointe, enfin sortie de l&#8217;oubli</title>
		<link>http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/recherches/la-7e-fresque-de-st-sulpice-la-pointe-peinte-par-boris-taslitzky-enfin-sortie-de-loubli-11258</link>
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		<pubDate>Thu, 08 Mar 2012 20:26:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jacky Tronel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dernières parutions]]></category>
		<category><![CDATA[RECHERCHES]]></category>
		<category><![CDATA[Association pour la création d'un Musée de la Résistance à Toulouse]]></category>
		<category><![CDATA[Boris Taslitzky]]></category>
		<category><![CDATA[camp de Saint-Sulpice]]></category>
		<category><![CDATA[Centre de séjour surveillé de St-Sulpice la Pointe]]></category>
		<category><![CDATA[Edouard Julien]]></category>
		<category><![CDATA[Fresques patriotiques]]></category>
		<category><![CDATA[Louis Aragon]]></category>
		<category><![CDATA[M. Montariol]]></category>
		<category><![CDATA[Musée de Toulouse-Lautrec]]></category>

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		<description><![CDATA[Le 22 janvier dernier, François Bordes, directeur des Archives municipales de Toulouse, m&#8217;annonçait qu&#8217;une exposition rétrospective sur l’œuvre photographique de Germaine Chaumel était en préparation, pour l’automne 2012. Il ajoutait : « C’est dans ce cadre que nous avons eu accès à l’ensemble des négatifs et des tirages conservés par la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a></p>
<p><a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/aux-armes-citoyens-taslitzki-st-sulpice-2.jpg" rel='prettyPhoto[gallery1]'><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/7e-fresque-boris-taslitzky-st-sulpice1.jpg" alt="7e fresque de Boris Taslitzky au camp de St-Sulpice la Pointe dans le Tarn" title="7e-fresque-boris-taslitzky-st-sulpice" width="350" height="350" class="alignright size-full wp-image-11348" /></a></p>
<blockquote><p>Le 22 janvier dernier, <strong>François Bordes</strong>, directeur des Archives municipales de Toulouse, m&#8217;annonçait qu&#8217;une exposition rétrospective sur l’œuvre photographique de <strong>Germaine Chaumel</strong> était en préparation, pour l’automne 2012. Il ajoutait : <em>« C’est dans ce cadre que nous avons eu accès à l’ensemble des négatifs et des tirages conservés par la famille, d’abord avec la fille de Germaine, Paquerette, qui est malheureusement décédée en juillet 2010, puis avec sa petite fille, Pilar, depuis cette date, et <strong>j’ai le plaisir de vous annoncer que nous avons retrouvé la photo de la 6e fresque (chapelle) et surtout de la 7e qui vous manquait</strong>… »</em> Ce message faisait suite à un article publié sur ce blog le 18 juillet 2010, dans lequel <strong>je déplorais que nous ayons perdu la trace d&#8217;une des 7 fresques peintes par Boris Taslitzky au centre de séjour surveillé de Saint-Sulpice la Pointe</strong> (Tarn), au début de l&#8217;année 1944.</p>
</blockquote>
<h3>« Aux armes, citoyens »</h3>
<p><strong>À défaut de posséder une photo de cette fresque, nous disposions de deux descriptions de l&#8217;œuvre.</strong> Voici la première, elle nous vient d&#8217;<strong>Aragon</strong> : <em>« Il y a plus singulier : ces cinq hommes sans armes qui se tiennent par le bras, comme s’ils étaient devant des mitrailleuses et que surmonte une Marseillaise, avec les mots sacrés : ‘Aux armes, citoyens ! Formez vos bataillons !’ Cela a été peint dans le moment où le maquis mobilisait. Songez donc ! »</em> ainsi parlait Louis Aragon, ami de l&#8217;artiste, qui attribua à Boris le titre de <strong><em>Maître de Saint-Sulpice</em></strong>, tandis que ce dernier se trouvait encore prisonnier au camp de Buchenwald.</p>
<p>La seconde description a pour auteur <strong>Édouard Julien</strong>, conservateur du Musée Tououse-Lautrec, à Albi : <em>« Tous les personnages sont au moins grandeur nature. Ils paraissent peints à la colle en camaïeu brun, avec retouches bleues et rouges pour les drapeaux. Cinq personnages chantent ensemble l&#8217;hymne de la liberté. Au-dessus d&#8217;eux plane une allégorie rappelant la Marseillaise de Rude »</em>.</p>
<p><strong>Ci-dessous, la photo de la 7e fresque : <em>« Aux armes citoyens &#8211; Formez vos bataillons »</em>&#8230;</strong></p>
<p><a></p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-11266" title="fresque-boris-taslitzky-aux-armes" src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/fresque-boris-taslitzky-aux-armes.jpg" alt="Fresque peinte par Boris Taslitzky, interné politique au camp de St-Sulpice la Pointe (Tarn)" width="615" height="615" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: x-small;">Photo Archives photographiques Germaine Chaumel, aimablement communiquée par M. François Bordes,<br />
Conservateur en chef du Patrimoine, Directeur des Archives municipales de Toulouse.</span></p>
<h3>La question de la conservation des fresques de Boris Taslitzky à l&#8217;étude…</h3>
<p><strong>Le 15 décembre 1945, l&#8217;architecte départemental adresse un rapport au préfet du Tarn</strong> dont voici les termes : <em>« Conformément à vos instructions je me suis rendu, hier 14 décembre, au Camp de St-Sulpice, en compagnie de Monsieur <strong>Edouard JULIEN, conservateur du Musée de Toulouse-Lautrec</strong>, pour examiner la façon dont on pourrait enlever et transporter les fresques que le peintre Boris TASLITZKI </em>[sic] <em>a exécutées sur les panneaux de bois de certains baraquements, au cours de son internement.</p>
<p>Ces fresques à grands personnages, sont peintes à même les planches constituant les cloisons séparatives de l&#8217;intérieur des baraquements. Elles sont exécutées <strong>dans les baraquements portant les numéros 5, 6, 18 et 19 et dans la chapelle installée dans une partie du baraquement N° 3.</strong></p>
<p><strong>Toutes ces fresques sont à l&#8217;eau et peintes sur la paroi de bois préalablement badigeonnée à la chaux ou au blanc soi-disant fixe</strong> – si le badigeon à tendance à s&#8217;écailler, la fresque s&#8217;efface facilement au moindre frottement. C&#8217;est pourquoi, il serait nécessaire, même <strong>indispensable de fixer ces fresques, avant toute opération</strong>. Cette opération se fait à l&#8217;aide d&#8217;un produit spécial, que les peintres connaissent bien, et qui s&#8217;appelle “fixatif”. Ce fixatif à base d&#8217;alcool s&#8217;applique sur le dessin à conserver à l&#8217;aide d&#8217;un vaporisateur, ou mieux encore d&#8217;un “pistolet”.</p>
<p>La paroi de la cloison est constituée par des lames de parquets, clouées sur des poteaux verticaux et traverses horizontales allant du plancher du baraquement à la ferme de la toiture. Ces panneaux mesurent 2.20 de hauteur et 4.00 de large, y compris la partie haute, triangulaire, épousant la forme de la toiture. Mais la fresque ne commence qu&#8217;à partir de 0,80 centimètres du sol. Toute la partie haute est en carton gauffré.</p>
<p>Pour ne rien dissocier de l&#8217;ossature du baraquement, il semble que le moyen pratique aurait été d&#8217;enlever le panneau du parquet lame à lame, en ayant soin de numéroter chaque lame, de façon à les repérer pour le remontage. Mais ce travail risquerait d&#8217;abîmer la fresque à chaque joint des lames, et le badigeon de la fresque écaillé, de tomber par pellicules. À la réflexion, ce travail, qui n&#8217;aurait eu pour but que de préserver l&#8217;ossature d&#8217;une ferme, serait peut-être plus coûteux que la réparation ou la consolidation de la ferme, et risquerait certainement d&#8217;abîmer irrémédiablement la fresque.</p>
<p><strong>La solution que nous proposons serait donc la suivante :</strong> Faire au préalable un châssis en bois, avec croisillon, qui se visserait fortement sur les poteaux et traverses de la cloison. On découperait ensuite à l&#8217;égoïne la partie basse de la cloison, à hauteur de cymaise et après avoir scié les poteaux ou traverses au droit des panneaux verticaux des pans de bois du baraquement, on aurait ainsi un grand panneau de toute la fresque, d&#8217;un seul tenant et rien ne serait abîmé. Seulement il faudrait au préalable soutenir les pannes de la ferme par des étais verticaux, à droite et à gauche du panneau fresque, pour remplacer l&#8217;ossature de la ferme qui faisant corps avec le panneau de la fresque aurait été enlevé avec lui. »</em></p>
<p><a></p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-11275" title="fresque-taslitzky-chapelle-chaumel" src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/fresque-taslitzky-chapelle-chaumel.jpg" alt="Fresque de la chapelle du camp de St-Sulpice la Pointe, peinte par Boris Taslitzky en 1944" width="615" height="644" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: x-small;">Photo Archives photographiques Germaine Chaumel.<br />
<em>« Devant sa croix, un Christ qui porte agressivement les caractères raciaux des Juifs tend ses poignets ornés de menottes et, <br />de part et d’autre de lui, une vieille femme du peuple, un homme chauve et maigre en haillons regardent et touchent le martyr avec <br />une expression d’angoisse et de pitié. La colombe est au-dessus de la tête porteuse d’épines. Et le fond de la scène est tricolore. <br />Un ciel qui fait un drapeau bleu, blanc, rouge. » </em>On doit cette description au poète Louis Aragon.</span></em></p>
<p><em>« <strong>Le travail d&#8217;enlèvement de la fresque de la chapelle, fresque qui à notre avis est un morceau remarquable, sera plus important</strong> car si le panneau de bois est moins large, 2.00, il est de toute la hauteur, depuis le plancher jusqu&#8217;au faîte de la toiture, mais le détail de l&#8217;opération s&#8217;il est plus long que celui des autres baraquements, se fera par les mêmes procédés. Il s&#8217;agira ensuite d&#8217;enlever ces grands panneaux de l&#8217;intérieur des baraquements, de les charger et de les transporter. L&#8217;emballage et le transport devront être faits avec soin et confiés de préférence à des spécialistes.</em></p>
<p>Nous estimons que non compris les frais d&#8217;emballage et de transport, <strong>il faut prévoir une dépense de 8 à 10.000 francs par fresque.</strong> Cette dépense comprendra : 1°. Le fixage de la fresque par un peintre-spécialiste (Monsieur Sudre, à Albi, peintre-décorateur, pourrait se charger de ce travail. 2°. La confection d&#8217;un châssis ou cadre en bois et sa fixation au panneau de la fresque. 3°. Le découpage de ce panneau et son détachement des parois du baraquement. 4°. L&#8217;étaiement provisoire des pannes de la toiture. 5°. Le moisage de la ferme, la fourniture et la pose de poteaux et traverses, après l&#8217;enlèvement de la cloison portant la fresque, et le remplacement de la cloison en lames de parquet. 6°. Enfin la manutention de la sortie de la fresque de l&#8217;intérieur du baraquement. <strong>Puisqu&#8217;il y a 6 panneaux, la dépense globale, sans emballage et transport, serait pour l&#8217;enlèvement de ces fresques, de l&#8217;ordre de 50 à 60.000 francs. Il serait peut-être utile sinon prudent de photographier ces fresques avant tout travail.</strong> »</p>
<h3>Les fresques à jamais perdues du camp de St-Sulpice la Pointe</h3>
<p>Il semblerait qu&#8217;<strong>une subvention de 100.000 francs</strong> ait bel et bien été accordée par le ministre de l&#8217;Éducation nationale <strong>afin de procéder à l&#8217;enlèvement des fresques en vue d&#8217;organiser une exposition de ces peintures au Musée des Augustins, à Toulouse</strong>. Les initiateurs de ce projet sont l&#8217;écrivain et poète <strong>Tristan Tzara</strong>, président du Centre des Intellectuels, et <strong>Jean Cassou</strong>, directeur-fondateur du Musée national d&#8217;art moderne de Paris et premier président de l&#8217;Institut d&#8217;études occitanes, ami de Boris et ancien codétenu, à la prison militaire de Mauzac (Dordogne).</p>
<p><strong>En janvier 1946, une association pour la création d&#8217;un Musée de la Résistance à Toulouse est formée.</strong> Jean Cassou en est le président. <strong>M. Montariol</strong>, architecte en chef de la Ville de Toulouse est chargée des travaux de transfert des fresques.</p>
<p><strong>La dernière évocation de ce transfert remonte au 2 février 1946.</strong> Le préfet du Tarn, <strong>Edmond Cornu</strong>, adresse un courrier au secrétaire de l&#8217;association pour la création d&#8217;un Musée de la Résistance à Toulouse, autorisant MM. Tzara, Montariol et Debat, adjoint au Maire, à pénétrer dans le camp de Saint-Sulpice <em>« pour examiner les conditions dans lesquelles peuvent être démontés et transférés les panneaux peints par l&#8217;intéressé Taslitzki </em>[sic]. »</p>
<p><strong>Les archives départementales du Tarn</strong> que j&#8217;ai consultées sur ce dossier (cote 493 W 59), <strong>ne nous en apprennent pas davantage sur le devenir des 7 fresques peintes en 1944 par l&#8217;interné administratif Boris Taslitzky.</strong> L&#8217;enquête reste à mener…</p>
<h3>Les 7 fresques du « Maître de Saint-Sulpice » : Boris Taslitzky…</h3>
<p><strong>1.</strong> – <em>« <a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2010/07/fresque-taslitzky-chanson.jpg" target="_blank" rel='prettyPhoto[gallery1]'>Une autre chanson française à ses lèvres est montée, finissant la marseillaise pour toute l&#8217;humanité</a> »</em><br />
<strong>2.</strong> – <em>« <a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2010/07/fresque-taslitzky-honneur.jpg" target="_blank" rel='prettyPhoto[gallery1]'>Mes fils soyez contents, l&#8217;honneur est où vous êtes</a> »</em><br />
<strong>3.</strong> – <em>« <a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2010/07/fresque-taslitzky-fusillades.jpg" target="_blank" rel='prettyPhoto[gallery1]'>Par de là ces fusillades, la liberté nous attend</a> »</em><br />
<strong>4.</strong> – <em>« <a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2010/07/fresque-taslitzky-mariane.jpg" target="_blank" rel='prettyPhoto[gallery1]'>Marianne</a> »</em><br />
<strong>5.</strong> – <em>« <a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2010/07/fresque-taslitzky-marchons.jpg" target="_blank" rel='prettyPhoto[gallery1]'>Marchons tous unis devant la vie</a> »</em><br />
<strong>6.</strong> – <em>« <a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/fresque-taslitzky-chapelle.jpg" target="_blank" rel='prettyPhoto[gallery1]'>Chapelle</a> »</em><br />
<strong>7.</strong> – <em>« <a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/fresque-boris-taslitzky-aux-armes.jpg" target="_blank" rel='prettyPhoto[gallery1]'>Aux armes citoyens, formez vos bataillons</a> »</em></p>
<p><strong>Pour en savoir plus sur Boris Taslitzky, lire sur ce blog :</strong></p>
<p><strong><em><a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/des-camps/les-fresques-de-boris-taslitzky-au-camp-de-saint-sulpice-la-pointe-3272" target="_blank">Les fresques de Boris Taslitzky au camp de Saint-Sulpice la Pointe</a></em></strong><br />
<strong><em><a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/des-prisons/quand-boris-taslitzky-temoignait-des-conditions-de-survie-dans-les-prisons-de-vichy-8451" target="_blank">Quand Boris Taslitzky témoignait des conditions de survie dans les prisons de Vichy</a></em></strong><br />
<strong><em><a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/des-camps/cent-onze-dessins-de-boris-taslitzky-faits-a-buchenwald-10459" target="_blank">Cent-onze dessins de Boris Taslitzky faits à Buchenwald</a></em></strong></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/recherches/la-7e-fresque-de-st-sulpice-la-pointe-peinte-par-boris-taslitzky-enfin-sortie-de-loubli-11258/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>1</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>&#171;&#160;Vichy et la Shoah – Enquête sur le paradoxe français&#160;&#187; de l&#8217;historien Alain Michel</title>
		<link>http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/actualites/vichy-et-la-shoah-%e2%80%93-enquete-sur-le-paradoxe-francais-dalain-michel-11181</link>
		<comments>http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/actualites/vichy-et-la-shoah-%e2%80%93-enquete-sur-le-paradoxe-francais-dalain-michel-11181#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 03 Mar 2012 20:10:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jacky Tronel</dc:creator>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉS]]></category>
		<category><![CDATA[Dernières parutions]]></category>
		<category><![CDATA[Alain Michel]]></category>
		<category><![CDATA[dossier Arkheia enfants juifs]]></category>
		<category><![CDATA[enquête sur le paradoxe français]]></category>
		<category><![CDATA[Solution finale de la question juive]]></category>
		<category><![CDATA[Vichy et la Shoah]]></category>

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		<description><![CDATA[Un livre à paraître dans les tout prochains jours aborde le rôle controversé du régime de Vichy face à &#171;&#160;la question juive&#160;&#187; et montre que tout en collaborant, Vichy chercha à protéger les Juifs français au détriment des Juifs étrangers&#8230; Quel rôle joua le régime de Vichy dans l’application de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/vichy-shoah-paradoxe-francais.jpg" alt="Vichy et la Shoah - Le paradoxe français d&#039;Alain Michel" title="vichy-shoah-paradoxe-francais" width="350" height="350" class="alignright size-full wp-image-11239" /></a></p>
<blockquote><p>Un livre à paraître dans les tout prochains jours aborde le rôle controversé du régime de Vichy face à &laquo;&nbsp;la question juive&nbsp;&raquo; et montre que <strong>tout en collaborant, Vichy chercha à protéger les Juifs français au détriment des Juifs étrangers</strong>&#8230;<br />
<strong>Quel rôle joua le régime de Vichy dans l’application de « la Solution finale de la question juive » ? </strong>Depuis trente ans, en France, l’affaire semble entendue : le régime de Vichy a été un complice actif du génocide perpétré par les nazis.<br />
Pourtant, face à cette thèse officielle, des pierres d’achoppement subsistent : <strong>comment expliquer, en effet, que 75 % des Juifs vivant en France pendant la guerre aient pu échapper à la Shoah ? Et comment expliquer, aussi, que la France fut le pays d’Europe où les réseaux de sauvetage juifs furent les plus nombreux, les plus actifs et les plus efficaces ?</strong> Autant de « paradoxes français »&#8230;</p>
</blockquote>
<h3>À propos du livre… remarques inspirées par l&#8217;auteur :</h3>
<p><a><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/alain_michel_historien.jpg" alt="Alain Michel, historien, auteur de &quot;Vichy et la Shoah – Enquête sur le paradoxe français&quot;." title="alain_michel_historien" width="250" height="375" class="alignright size-full wp-image-11199" /></a></p>
<p>Fort d’une première étude sur les Éclaireurs israélites de France pendant la Seconde Guerre mondiale et fin connaisseur des recherches internationales sur la Shoah, <strong>Alain Michel reprend le dossier à sa source</strong>. Il présente des chiffres et pose des questions qui dérangent. <br />
Ainsi, l’antisémitisme de Vichy, qui distinguait juifs nationaux et juifs étrangers, a-t-il vraiment poursuivi les mêmes objectifs que les nazis ? <strong>L’existence même du gouvernement de Vichy a-t-elle permis, ou non, de ralentir la machine génocidaire ? </strong>Peut-on expliquer, comme le fit le président Jacques Chirac en juillet 1995, l’ampleur des sauvetages par la seule action courageuse des Français qui auraient pallié ainsi les errements de leur gouvernement ?</p>
<p><strong>« Le paradoxe français », désigne le fait que la France de Vichy fut l’un des pays les plus collaborateurs, et que pourtant le bilan de la Shoah y est l’un des plus bas d’Europe en ce qui concerne le nombre des victimes.</strong> Reprenant les analyses de Léon Poliakov et de Raul Hilberg, l&#8217;auteur prétend montrer que <strong>si Vichy fut antisémite, et qu’il fut complice du crime, c’est justement cette complicité qui lui permit de mener une politique consistant à protéger les Juifs français au détriment des Juifs étrangers</strong>. Cette politique volontaire influenca considérablement l&#8217;application de la solution finale en France, tout d&#8217;abord sur les Juifs français eux-mêmes, dont moins de 10% ont été victimes de la Shoah, mais également sur le sort des Juifs étrangers, au moins de manière indirecte. Les différents éléments apportés dans le livre, statistiques inédites, nouvelles analyses, archives nouvelles et comparaisons européennes, montrent que cette politique a été déterminante dans la protection partielle des Juifs en France contre la volonté exterminatrice des nazis. Certes, les conditions géographiques, les actions de la résistance juive et des Justes des Nations ont amplifié les résultats de cette politique de Vichy, mais sans elle, le bilan de la Shoah en France aurait été bien plus catastrophique.</p>
<p>Sur le plan historiographique, <strong>Alain Michel montre que depuis les travaux de Richard Paxton et Michaël Marrus</strong> (<em>Vichy et les Juifs, 1981</em>) <strong>et ceux de Serge Klarsfeld</strong> (<em>Vichy-Auschwitz, 1983-1985</em>) <strong>une véritable &laquo;&nbsp;doxa&nbsp;&raquo; s&#8217;est imposée sur la manière dont la Solution finale est abordée en France.</strong> Ce &laquo;&nbsp;cadre obligatoire&nbsp;&raquo; pose par principe la culpabilité totale des acteurs du gouvernement de Vichy, sans nuance et sans distinction. <strong>C&#8217;est une histoire en noir et blanc qui nous est racontée, alors qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;une période trouble, une &laquo;&nbsp;zone grise&nbsp;&raquo; pour reprendre l&#8217;expression de Primo Lévi.</strong> Il faut pour l&#8217;aborder mettre de côté nos idées reçues, ainsi que nos convictions idéologiques. Il faut aussi admettre les contraintes de la chronologie, comprendre qu&#8217;<strong>octobre 1940 n&#8217;est pas l&#8217;été 1942</strong> (la solution finale ne commençant qu&#8217;à partir de juin 1941 sur le front de l&#8217;Est de l&#8217;Europe), ou même que <strong>fin juin 1942 est différent de septembre 1942</strong> (notamment sur le plan de la connaissance et de la compréhension des intentions des nazis).</p>
<p><strong>Enfin, il faut aborder cette histoire comme historien, c&#8217;est à dire comme un professionnel qui n&#8217;est pas là pour distribuer les bons et les mauvais points, ni pour émettre des jugements moraux, mais dont le travail consiste à tenter de reconstituer le passé tel qu&#8217;il a été, et non tel que nous voudrions qu&#8217;il se soit passé.</strong></p>
<h3>Le blog « Vichy et la Shoah » par Alain Michel</h3>
<p><em>« Etant donné la sensibilité du sujet, et le fait qu&#8217;il remet en cause beaucoup d&#8217;idées reçues sur cette période, il m&#8217;a semblé important de donner la possibilité aux lecteurs de me poser des questions ou encore des demandes de précisions. Ce blog permettra également de publier certains documents liés au contenu du livre, soit qu&#8217;ils n&#8217;aient pas été mentionnés faute de place, soit qu&#8217;ils ne l&#8217;aient pas été dans leur totalité.</em></p>
<p><a></p>
<p><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/blog_vichy_et_la_shoah_alain_michel.jpg" alt="Visuel du blog d&#039;Alain Michel : &quot;Vichy et la Shoah&quot;" title="blog_vichy_et_la_shoah_alain_michel" width="615" height="130" class="aligncenter size-full wp-image-11205" /></a></p>
<p><strong><em>Le but n&#8217;est donc pas de faire de la polémique pour la polémique, ni de déraper vers le terrain idéologique-politique</strong>, qui est important mais n&#8217;a pas sa place dans ce qui reste une tentative d&#8217;approche scientifique et qui cherche à être le plus honnête possible. Mais il est bien évident que je ne suis pas à l&#8217;abri d&#8217;erreurs, de faits ou d&#8217;interprétations, et que je suis prêt à être à l&#8217;écoute de toute réaction, même si je suis en désaccord total avec elle, à condition que celle-ci reste courtoise et n&#8217;ait pour désir que de servir notre connaissance de cette époque. »</em></p>
<p>Adresse du blog : <a href="http://vichyetlashoah.blog.lemonde.fr/" target="_blank">Vichy et la Shoah</a></p>
<h3>Extrait de la conclusion du livre :</h3>
<p><em>« En participant à l’arrestation et à la déportation des Juifs apatrides et étrangers, Laval, Bousquet et leurs proches collaborateurs ont participé à un crime. Mais leur intention d’en “ profiter ” pour sauver des Juifs français a-t-elle valeur de circonstance atténuante ? On le voit, l’historien peut montrer les faits, l’engrenage des situations, les choix possibles, mais en tant qu’historien il n’a aucune capacité pour juger véritablement du bien et du mal, ni de la responsabilité des hommes au regard de lois éthiques comme la définition du crime contre l’humanité. Il faut qu’il redevienne un simple citoyen pour donner son jugement sur ce plan. Mais le mélange des deux points de vue, celui du professionnel de l’histoire et celui du jugement moral, entraîne une déformation de la vérité historique que l’on retrouve, finalement, à la base même de cette “ doxa ” que j’ai tenté de dénoncer dans cet ouvrage comme obstacle principal d’une véritable compréhension du comportement de Vichy face à l’application de la Solution finale en France. Puisse ce livre permettre qu’un vrai débat s’instaure enfin. »</em></p>
<h3>L&#8217;auteur : Alain Michel</h3>
<p><a></p>
<p><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/alain-michel-vichy-et-la-shoah.jpg" alt="Alain Michel, historien" title="alain-michel-vichy-et-la-shoah" width="170" height="145" class="alignleft size-full wp-image-11201" /></a></p>
<p>Alain Michel est né en 1954 à Nancy (Meurthe et Moselle). Il fait des études d&#8217;histoire à Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Doctorat soutenu en 1993 sur l&#8217;histoire du Mouvement des Éclaireuses et Éclaireurs Israélites de France (sous la direction d&#8217;Antoine Prost, président du jury : André Kaspi). Entre 1990 et 1994, il fait des études de Rabbinat à l&#8217;institut Shechter à Jérusalem. Marié, 4 enfants, il est installé en Israël depuis 1985 (à Jérusalem depuis 1986).</p>
<p><strong>Principales étapes professionnelles d&#8217;Alain Michel :</strong> A enseigné en lycée l&#8217;histoire et le Judaïsme. Dernier établissement : le lycée des surdoués (IASA) à Jérusalem de 1998 à 2006. A dirigé le centre Yaïr d&#8217;études du Judaïsme créé et animé par le Rabbin Léon Askenazi (Manitou) de 1986 à 1990.</p>
<p>Rabbin de plusieurs communautés dans les années 1990 et au début des années 2000. A créé et animé les séminaires en Français de Yad Vashem à partir de 1987, responsable du bureau pédagogique francophone de 2005 à 2009. Guide et formateur de guide pour les groupes de la Marche des Vivants en Pologne. <br />
Quelques-unes de ces publications : <em><strong>L&#8217;étoile et la francisque &#8211; des institutions juives sous Vichy</strong></em>, Le Cerf 1990. <em><strong>Racines d&#8217;Israël &#8211; 1948, plongée dans 3000 ans d&#8217;histoire</strong></em>, Autrement, 1998, réédition 2003. <em><strong>Bobrek, un sous-camp d&#8217;Auschwitz</strong></em>, Yad Vashem, 2010.</p>
<p><strong>L&#8217;historienne Annette Becker me signale que <em>« le paradoxe avait déjà été étudié par l&#8217;historien Asher Cohen</strong>, malheureusement décédé peu après, il n&#8217;a pu prolonger son travail »</em>&#8230;</p>
<p><a><img src="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/logo-revue-d-hitoire-arkheia.jpg" alt="Logo de la revue d&#039;histoire régionale Arkheia." title="logo-revue-d-histoire-arkheia" width="250" height="102" class="alignright size-full wp-image-11211" /></a></p>
<h3>… à paraître prochainement <br />
dans la revue &laquo;&nbsp;Arkheia&nbsp;&raquo;…</h3>
<p>Je profite de l&#8217;occasion pour signaler la sortie prochaine du n° 25-26-27 de la revue d&#8217;Histoire <strong><em>Arkheia</em></strong> qui consacre son dossier à cette thématique, sous le thème : <strong><em>Enfance brisée, enfance cachée : Le sort des enfants juifs dans le Sud-Ouest (1940-1944)</em></strong></p>
<p>Sommaire provisoire :<br />
– <strong><em>Le travail de la CIMADE auprès des enfants juifs internés dans les camps du Sud-Ouest</em></strong>, par Geneviève Dreyfus-Armand (historienne, directrice émérite de la BDIC, Paris X Nanterre)<br />
– <strong><em>Moissac : une ville « Juste parmi les Nations » qui s’ignore</em></strong>, par Max Lagarrigue (historien, journaliste à <em>La Dépêche du Midi</em>)<br />
– <strong><em>Une ville juste : le cas unique du Chambon-sur-Lignon</em></strong> (titre provisoire), par Patrick Cabanel (université Toulouse II &#8211; Le Mirail)<br />
– <strong><em>Adèle Kurzweil ou le destin brisé d’une famille juive entre Auvillar et Montauban</em></strong>, par Pascal Caïla (historien, directeur d’<em>Odyssud</em>, Blagnac).<br />
– <strong><em>Enfants juifs cachés dans le Tarn et le Gers 1940-1944</em></strong>, par Limore Yagil (université d’Haïfa)<br />
– <strong><em>Le sort des enfants juifs du Lot</em></strong>, Pascal Pallas (rédacteur en chef de <em>La Voix du Midi</em>, Toulouse)<br />
– <strong><em>Le sort des Juifs pendant la guerre dans le village de Lectoure (Gers)</em></strong>, par Geneviève Courtès (historienne, Lectoure)<br />
– <strong><em>Les réseaux de l’OSE dans la région préfectorale de Limoges (1941-1944)</em></strong>, par Simon Ostermann (université de Tours, CEHVI)<br />
– <strong><em>Refuge et sauvetage en terre corrézienne</em></strong>, par Gilbert Beaubatie (IUFM, Tulle)<br />
– <strong><em>Du camp d’Agde la Maison d’Izieu : sauvetage d’enfants juifs dans l’Hérault</em></strong>, par Hélène Chaubin (université Montpellier)<br />
– <strong><em>L’enfance juive dans le Grand Sud-Ouest : du noir de l’Occupation au petit écran</em></strong>, par Floriane Schneider (agrégée et docteur en Histoire)<br />
– <strong><em>Parcours croisés de deux enfants cachés dans le Sud-Ouest et la question du traumatisme</em></strong>, par Cédric Gruat (historien, conseiller historique pour la télévision)</p>
<p>Hors dossier :<br />
– <strong><em>Les auxiliaires français de la Gestapo cadurcienne</em></strong>, par Cécile Vaissié (université de Rennes)<br />
– <strong><em>Des français au camp de Gurs en 1940 : les &laquo;&nbsp;préventionnaires&nbsp;&raquo; et les &laquo;&nbsp;indésirables&nbsp;&raquo;</strong></em>, par Jacky Tronel (attaché de recherches EHESS, Paris)<br />
– <strong><em>L’accueil des républicains espagnols dans les Hautes-Pyrénées (1938-39)</em></strong>, José Cubéro, historien.</p>
<p>––––</p>
<p><strong><em>« Vichy et la Shoah, enquête sur le paradoxe français »</em></strong>, Alain Michel, préface de Richard Prasquier, <em>CLD éditions</em>, 2012. <a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/vichy-et-la-shoah-le-paradoxe-francais.jpg" target="_blank" rel='prettyPhoto[gallery1]'><a href="http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/vichy-et-la-shoah-le-paradoxe-francais.jpg" target="_blank" rel='prettyPhoto[gallery1]'>Visuel de la première de couverture</a></a>.</p>
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